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La
souveraineté populaire reste à la base de nos
institutions et de la légitimité démocratique
mais elle n'a plus bonne presse aujourd'hui
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III Affirmer
la souveraineté populaire.
La souveraineté populaire
reste à la base de nos institutions et de la légitimité
démocratique mais elle n'a plus bonne presse aujourd'hui à
l'ère de la mondialisation libérale et des "réseaux",
bref à l'ère des oligarchies. Les classes dirigeantes
considèrent la souveraineté populaire comme démodée,
voire dangereuse, source potentielle de totalitarisme selon les idéologues,
en fait menace pour les privilèges des nantis.
1) La souveraineté
n'est pas soluble dans l'Union européenne.
Le fin du fin pour nos libéraux
qui se veulent des "démocrates modernes" est de diviser la souveraineté
en tranches :
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Du
Parlement européen on ne peut rien dire sinon qu'en l'absence
d'un peuple européen, il juxtapose quinze photographies
de l'opinion publique dans les Etats membres
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Certes, ils sont obligés
de concéder que la nation a quelque chose à voir avec
la démocratie. Ils doivent reconnaître qu'il existe encore
un peuple français, un peuple britannique, un peuple allemand,
etc. Mais l'idée d'une souveraineté partagée entre
les nations et "l'Union européenne" est aujourd'hui "dans le
vent" encore qu'on ne voie pas très bien de quoi procéderait
une telle souveraineté de l'Union en l'absence d'un "peuple européen".
S'enracinerait-elle dans
les traités ? Dans les organes qu'ils créent, Commission,
Conseil, Parlement, Cour de Justice ?
Par quel tour de passe-passe
magique la souveraineté aurait-elle été transférée
des peuples à un éther supérieur ?
On peut soutenir que les
décisions du Conseil, représentatif des Etats, ont la
légitimité que confère à ces derniers la
volonté exprimée par chaque peuple pris séparément.
Du Parlement européen on ne peut rien dire sinon qu'en l'absence
d'un peuple européen, il juxtapose quinze photographies de l'opinion
publique dans les Etats membres, à un moment donné qui
signifie des choses différentes dans la vie de chacun d'eux.
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Quant
à la Commission ou à la Cour de Justice ce sont
des organes délégués dans des fonctions
prévues par les traités. Quelle que soit leur
propension à excéder leurs compétences,
au nom d'une subsidiarité dont ils sont seuls juges,
ou de théories qu'ils ont eux-mêmes élaborées
et imposées
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Quant à la Commission
ou à la Cour de Justice ce sont des organes délégués
dans des fonctions prévues par les traités. Quelle que
soit leur propension à excéder leurs compétences,
au nom d'une subsidiarité dont ils sont seuls juges, ou de théories
qu'ils ont eux-mêmes élaborées et imposées
: application directe aux citoyens de la législation européenne,
supériorité de la norme européenne sur la loi nationale,
ils ne peuvent reculer les bornes de celles-ci que dans la mesure où
les nations sont consentantes. Bref, le système de la division
de la souveraineté (qui n'a rien à voir avec la division
des pouvoirs ou avec la répartition des compétences que
tout Etat de droit prévoit et respecte) ne peut marcher que par
beau temps ou au prix d'un effacement toujours plus complet des nations
au sein de l'Empire.
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Il
n'est d'ailleurs pas dit que l'Union européenne s'étant
enlisée dans le bourbier balkanique, sa cohésion
n'en sortira pas ébranlée
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Mais dans l'hypothèse
de la fin du beau temps et de la survenance de tempêtes ou de
crises graves, on voit mal comment la nécessité de trancher
en dernier ressort n'entraînerait pas un conflit de pouvoir majeur.
Prenons l'exemple du conflit des Balkans : La cohésion de l'Union
n'a résisté que parce que les opérations ont été
limitées à la dimension aérienne et à une
durée de soixante-quatorze jours.
Il n'est d'ailleurs pas dit
que l'Union européenne s'étant enlisée dans le
bourbier balkanique, sa cohésion n'en sortira pas ébranlée.
En effet la logique de l'intervention au Kosovo pour l'Union européenne
signifie son investissement prolongé dans la zone et potentiellement
son élargissement vers le Sud-Est européen à une
bonne dizaine de nouveaux pays. A vrai dire dans la crise du Kosovo,
il n'est rien dans les résultats d'aujourd'hui qui ne figurât
déjà dans l'énoncé initial. Croyez-moi :
le texte d'Hans Magnus Enzensberger supporte aujourd'hui la relecture
!
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que
se passera-t-il quand viendra l'orage? Comment réagiront
les nations, à commencer par les plus importantes d'entre
elles en cas de conflit ou de crise majeurs?
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Cet élargissement
ou cette dilatation- pourrait bien sonner le glas des ambitions politiques
de l'Union européenne.
Deux écueils menacent
en effet celle-ci:
- la complexification croissante
de son fonctionnement : majorité qualifiée ou non, règle
de la codécision, etc. ;
- et par ailleurs son élargissement
lui-même source d'inextricables difficultés (repondération
des organes dirigeants, conflits d'intérêts croissant avec
l'hétérogénéité de l'Union,
limitation des transferts budgétaires vers les nouveaux adhérents,
etc.).
Plus l'Union européenne
s'élargira vers l'Est et moins elle sera capable de politiques
communes. Elle sera tout au plus une zone de libre échange avec
des normes juridiques on peut l'espérer- relativement convergentes.
Mais que se passera-t-il
quand viendra l'orage ? Comment réagiront les nations, à
commencer par les plus importantes d'entre elles en cas de conflit ou
de crise majeurs ?
C'est alors qu'on verra où
se situe la légitimité et donc la souveraineté
: dans les peuples et nulle part ailleurs.
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L'Union
européenne est un système qui fonctionne par beau
temps. Elle pose cependant un problème de fond : sa tendance
bureaucratique irrépressible.
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2) Instaurer le référendum
d'initiative populaire.
L'Union européenne
est un système qui fonctionne par beau temps. Elle pose cependant
un problème de fond : sa tendance bureaucratique irrépressible.
Pour mettre un frein à cette propension il n'y a qu'un moyen
: c'est de redonner au souverain, c'est-à-dire au peuple le dernier
mot.
C'est le sens de la proposition
faite par M. Bernard Tricot au sein d'un groupe de travail de "République
Moderne" présidé par Didier Motchane, proposition d'instituer
un référendum d'initiative populaire qui, dans plusieurs
domaines tendant aujourd'hui à échapper à la prise
de décision démocratique (règlements ou normes
européennes jurisprudence du Conseil Constitutionnel) permettrait
de la rendre aux citoyens.
Bernard Tricot propose que
les textes soumis à de tels référendum d'initiative
populaire ne puissent être adoptés que s'ils réunissent
une majorité d'électeurs inscrits.
Je n'ai pas toujours été
partisan d'un tel référendum d'initiative populaire mais
à cette condition, je m'y rallie comme au seul moyen de marquer
une limite à un envahissement bureaucratique déconnecté
de toute légitimité populaire. Ce sera aussi le moyen
de refaire des citoyens, de saisir directement l'opinion publique des
grands choix qui la concernent.
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Quant
à la responsabilité du gouvernement devant l'Assemblée,
son caractère assez formel devrait conduire à
renforcer plutôt les modalités du contrôle
de l'action gouvernementale
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3) Pour le quinquennat
et un régime présidentiel de fait.
A l'ère de la mondialisation
il est nécessaire que la France puisse continuer à faire
entendre sa voix. C'est pourquoi, et qu'Anicet Le Pors me le pardonne,
il n'est pas à mes yeux souhaitable, à supposer que cela
soit possible, de revenir sur l'élection du Président
de la République au suffrage universel.
J'incline pour ma part vers
le quinquennat. La logique de celui-ci conduit vers un régime
présidentiel de fait. On peut en effet maintenir pour les cas
de crises exceptionnelles la soupape de la dissolution. Quant à
la responsabilité du gouvernement devant l'Assemblée,
son caractère assez formel devrait conduire à renforcer
plutôt les modalités du contrôle de l'action gouvernementale.
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L'intuition
de Jean Monnet a été de comprendre que pour les
nations d'Europe le moment était venu de s'associer.
Son erreur a été de croire qu'elles pouvaient
se fondre dans un système qui ne prospérerait
qu'en les vidant de leur substance politique, et en niant leur
identité
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4) Sortir de Maastricht
par le haut.
Le peuple français
en corps, communauté de citoyens en mouvement, mais aussi puissant
legs de souvenirs, histoire non pas révolue mais toujours devant
nous, n'a pas disparu de la scène. Cela signifie la permanence
de la République comme structure organisatrice de notre destin.
Ce que l'Europe ne peut réaliser -l'intégration
des immigrés dans la citoyenneté- la nation le peut, par
cette croyance qui la définit, en l'égalité fondamentale
des citoyens, en la capacité des hommes de mobiliser en eux des
talents jusque là insoupçonnés. La République
reste ce grand acte de confiance en l'homme que rien n'a remplacé.
L'intuition de Jean Monnet a été de comprendre que pour
les nations d'Europe le moment était venu de s'associer. Son
erreur a été de croire qu'elles pouvaient se fondre dans
un système qui ne prospérerait qu'en les vidant de leur
substance politique, et en niant leur identité.
Le problème de l'Europe
est aujourd'hui celui d'une volonté consciente et commune aux
principales nations et d'abord à l'Allemagne et à la France,
bref celui d'une refondation républicaine de l'Europe par des
nations libres.
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Sortir
de Maastricht par le haut, c'est-à-dire par une alliance
politique de progrès liant explicitement plusieurs pays
importants de l'Europe |
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Le choix d'un
partenariat étroit avec la Russie dans une configuration qui
ne plairait pas forcément à Washington pourrait être
un tel moment fondateur, comme aurait pu l'être le refus d'emboîter
le pas aux Américains dans la guerre du Golfe qui entre parenthèses
se poursuit en dehors de toute légalité internationale.
On aimerait que le PS prenne une position claire sur ce sujet et n'attende
pas la visite du Pape à Ur en décembre prochain ! Mais
il faut un intérêt vital assez puissant pour dissoudre
les liens de dépendance. Sortir de Maastricht par le haut,
c'est-à-dire par une alliance politique de progrès liant
explicitement plusieurs pays importants de l'Europe. Opérer
un acte fondateur commun par rapport à la puissance tutélaire,
cela ne peut s'envisager qu'au plus fort d'une crise dont évidemment
on ne peut rien dire aujourd'hui parce que vous l'avez compris- je
ne fais qu'avancer une hypothèse théorique.
Mais il y
a aujourd'hui du pain sur la planche pour imposer un nouvel ordre
économique mondial et en particulier taxer les mouvements de
capitaux, réformer le FMI, lutter contre le blanchiment de
l'argent sale, bref restaurer un contrôle politique à
l'échelle du monde. Le problème n'est pas technique.
Il est évidemment politique. Il passe par la volonté
des Etats que seuls les peuples peuvent mettre en mouvement.

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