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Alors
que l'idée d'universalité impliquait la volonté
de rendre le monde meilleur qu'il n'était, rien de tel
ne se retrouve dans le concept de "mondialisation"
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II La mondialisation
n'a pas périmé les nations.
1) La France est emportée
dans le mouvement de la mondialisation libérale avec toutes les
conséquences que cela implique : délocalisations, mise
en compétition des systèmes sociaux, etc.
Elle peine à réorienter
la construction européenne dans un sens plus social et plus indépendant
des Etats-Unis.
Alors que l'idée d'universalité
impliquait la volonté de rendre le monde meilleur qu'il n'était,
rien de tel ne se retrouve dans le concept de "mondialisation". Ce dernier
renvoie à l'idée d'interdépendances subies et d'effets
globaux involontaires et imprévus plutôt qu'à celle
d'initiatives et d'entreprises globales. La mondialisation pèse
sur nous du dehors : "Les marchés financiers mondiaux imposent
leurs lois et leurs règles à la planète. La mondialisation
n'est rien d'autre que l'extension totalitaire de leur logique appliquée
à tous les aspects de l'existence".
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est-ce
la vocation de la France que de confondre son destin avec le
triomphe des plus forts
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Ainsi, bien loin d'apporter
un progrès à l'humanité dans son ensemble, la mondialisation
divise-t-elle celle-ci en deux camps : l'élite mondialisée
qui voyage et qui tire à elle tous les bénéfices,
et la masse de plus en plus nombreuse des exclus, une majorité
échouée de laissés pour compte, assignés,
sinon à la glèbe, du moins au "local", abandonnée
à ses fantasmes et à ses replis. La mondialisation offre
certes des opportunités aux forts mais les entreprises françaises
sont-elles parmi les plus fortes ? et surtout est-ce la vocation de
la France que de confondre son destin avec le triomphe des plus forts
?
Z. Bauman a montré
comment les Etats-nations se trouvent de plus en plus exposés
à être instrumentés de l'extérieur par des
forces qu'ils ne contrôlent plus politiquement. Davantage, la
nouvelle extraterritorialité du Capital non seulement ne
s'oppose pas, mais s'accommode fort bien de la fragmentation politique
du monde en entités territoriales toujours plus faibles.
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Rien
ne permet de démontrer qu'un éventuel surplus
de richesses sera redistribué
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La mondialisation qui remet
tous les pouvoirs aux marchés, c'est-à-dire à la
finance mondiale, n'est pas évidemment un progrès en soi.
Le nouvel Evangile : déréglementation, libéralisation
des mouvements de capitaux, flexibilité, réduction des
coûts du travail et du montant des impôts, interdit à
ceux qui le professent, même s'ils s'appellent Tony Blair ou Gerhard
Schröder, de maintenir la question sociale comme horizon de l'action
politique.
L'idée, bien sûr,
est de libérer les forces productives mais par la destruction
du modèle et des conquêtes sociales réalisés
par les générations antérieures. Rien ne permet
de démontrer qu'un éventuel surplus de richesses sera
redistribué, sinon peut-être un raisonnement sur la réduction
du chômage induite par la croissance. Mais on voit bien davantage
le creusement des inégalités y compris celles de statuts
à quoi une telle libéralisation conduit.
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La
social démocratie, si elle ne s'arc-boute pas aux Etats
(...) ne fera que
cautionner ce nouveau partage du monde entre élites mondialisées
et masses paupérisées
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Un raisonnement plus sophistiqué
serait celui d'une nouvelle répartition des activités
à la surface du globe au profit des pays du Sud, mais outre que
rares sont les dragons pouvant servir de modèles, on voit bien
que la médecine, jadis conseillée par Ricardo au Portugal
assoyant la croissance des jeunes nations sur leur spécialisation
(dans le vin de Porto par exemple) et sur le seul commerce extérieur,
est pire que le mal : les besoins intérieurs inassouvis créeront
dans le système des tensions que les grands pays du Sud ne pourront
supporter éternellement.
La social démocratie,
si elle ne s'arc-boute pas aux Etats, aussi bien au centre du système
qu'à sa périphérie, comme seuls môles légitimes
d'une volonté de construction d'un monde viable pour tous, ne
fera que cautionner ce nouveau partage du monde entre élites
mondialisées inscrites dans les circuits de création de
la richesse et masses paupérisées, abandonnées
à leur sort.
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A
deux reprises déjà les Etats-Unis ont cédé
à la pulsion du cow-boy pour entreprendre des guerres
disproportionnées, et dont la nécessité
était rien moins qu'évidente
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S'agit-il d'une évolution
irréversible ? J'incline à penser que non. D'abord par
intuition personnelle : Ma déjà longue expérience
m'a enseigné que l'Histoire est sinusoïdale. Non seulement
elle découvre sans cesse de nouvelles perspectives, mais l'observation
économique aussi bien que politique la montre obéissant
à des cycles longs. La fin de la bipolarité -réelle
ou supposée- du monde en 1989-91, a mis les Etats-Unis face à
eux-mêmes et à l'infinie diversité des pays et des
civilisations. Suffit-il d'appliquer aux canards boîteux les normes
du FMI ? Apparemment pas. A deux reprises déjà les Etats-Unis
ont cédé à la pulsion du cow-boy pour entreprendre
des guerres disproportionnées, et dont la nécessité
était rien moins qu'évidente : dans le Golfe, où
elle se poursuit, et dans les Balkans où elle couvera longtemps.
Ces moments d'"ubris" laissent des traces profondes : désordres,
intégrismes, terrorismes, rébellions se nourrissent de
la démesure et de l'humiliation. Rien de tout cela ne débouche
sur un ordre stable.
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Depuis
cinq siècles que le système capitaliste a pris
naissance, il n'a pas cessé de connaître d'importantes
fluctuations. Il n'est pas à l'abri d'une crise
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La deuxième cause
du doute que j'éprouve quant à la pérennité
de cette assomption du Capital me vient d'un raisonnement plus ancien
: Depuis cinq siècles que le système capitaliste a pris
naissance, ce qui est un bail déjà impressionnant à
l'échelle de l'Histoire, il n'a pas cessé de connaître
d'importantes fluctuations. Il n'est pas à l'abri d'une crise
touchant non plus seulement sa périphérie mais son centre
même.
La nécessité
de maîtriser la mondialisation est évoquée de plusieurs
côtés : Laurent Fabius dans un récent article du
Monde ; Jacques Chirac même dans son discours aux Ambassadeurs
il y a trois jours.
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Le
nucléaire : il est évidemment conforme à
l'intérêt national de remplacer le moment venu
les centrales qui seront venues à obsolescence
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2) Il est loin d'être
évident que la mondialisation ait périmé les nations.
Le Japon, la Suisse, Israël, Singapour ont montré ce que
valaient, même et surtout pour de petits pays, la matière
grise et la ténacité.
Pour toute nation, il y a
des marges de liberté. La France a su développer des industries
de haute technologie mais aussi des activités de services qui
la mettent au premier rang mondial. Saura-t-elle s'y maintenir ?
Le nucléaire : il
est évidemment conforme à l'intérêt national
de remplacer le moment venu les centrales qui seront venues à
obsolescence. La France en a besoin pour sa sécurité énergétique
(nous ne sommes pas à l'abri de nouveaux chocs pétroliers).
C'est une énergie peu chère. Elle sera nécessaire
pour couvrir les besoins énergétiques d'une humanité
de 10 Milliards d'hommes et aussi pour des raisons écologiques
: maîtriser l'effet de serre. Il est souhaitable de maintenir
le haut niveau de compétence technologique acquis par la France
dans ce domaine stratégique.
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Le
seul problème du nucléaire est celui du maintien
de la compétence technique nécessaire à
sa maîtrise. On ne peut spéculer sur la régression
de l'Humanité pour nourrir des peurs millénaristes.
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La construction de l'EPR
s'impose mais pas forcément avec Siemens, les choix allemands
en matière nucléaire étant ce qu'ils sont. Mieux
vaudrait une coopération avec les Etats-Unis ou avec le Japon
ou même avec la Chine. Ce n'est pas seulement l'intérêt
national qui est en cause, c'est aussi le bon sens. Nous devons résister
à l'obscurantisme qui par exemple utilise le problème
des déchets nucléaires pour essayer de naufrager une industrie
qui est un pôle d'excellence de la France. L'uranium existe dans
la nature : on l'extrait, donc on peut l'enfouir; La radioactivité
existe à l'état naturel : le soleil est une gigantesque
réaction de fusion nucléaire. Le seul problème
du nucléaire est celui du maintien de la compétence technique
nécessaire à sa maîtrise. On ne peut spéculer
sur la régression de l'Humanité pour nourrir des peurs
millénaristes.
La France, en Europe, demeure
avec l'Allemagne l'un des deux premiers pays.
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la
volonté politique d'autonomie quand elle est partagée
par tout un peuple -cela s'appelle alors patriotisme- peut encore
modeler le cours de l'Histoire
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Peut-elle donner à
cet espace une cohérence qui lui permettrait de s'autonomiser
vis-à-vis des Etats-Unis? Le fédéralisme est un
pari pascalien sur l'au-delà des nations. Tout montre que la
volonté politique manque et manquera encore longtemps.
L'erreur serait de jeter
le bébé c'est-à-dire le patriotisme français-
avec l'eau du bain, à supposer que cette lente maturation produise
un jour ses effets. Même dans cette hypothèse, l'Europe
se faisant, comme Lionel Jospin l'a heureusement formulé, "dans
le prolongement des nations", le patriotisme français n'aurait
d'ailleurs pas à être mis en congé pour autant.
Dans la mondialisation, il
y a place pour les nations. Encore faut-il qu'elles le veuillent. La
mondialisation comme l'Europe servent souvent d'alibi au renoncement
chez des gouvernants pressés d'abdiquer leurs responsabilités
pour trouver le confort d'une sorte de "pilotage automatique". Or la
volonté politique d'autonomie quand elle est partagée
par tout un peuple cela s'appelle alors patriotisme- peut encore modeler
le cours de l'Histoire.
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