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I La décentralisation ne soppose pas à la République.
1. La République sest construite contre la féodalité.
La France davant 1789 nétait, selon Mirabeau, quun « agrégat inconstitué de peuples désunis » et Voltaire disait plaisamment quen la traversant on y changeait plus souvent de lois que de cheval.
La République a marqué lavènement du règne de la loi, expression de la volonté générale ; lEtat républicain cest lEtat des citoyens grâce à la loi dont la primauté dans la hiérarchie des normes tient au fait quelle procède du souverain lui-même, le Peuple, à travers le Parlement. Le respect de la loi exprime au plus haut degré la reconnaissance de la règle sans laquelle aucune société démocratique et civilisée ne peut vivre. Comment faire respecter lordre public dans les quartiers si la loi cesse dêtre révérée comme une norme intangible, supérieure à toute autre ? ![]() |
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Larticle 72 de la Constitution a le mérite de la clarté : « les collectivités territoriales de la République sadministrent librement par des conseils élus et dans les conditions prévues par la loi ». En peu de mots, tout est dit : lexercice de la liberté locale sexerce sous le contrôle du pouvoir souverain, celui du suffrage universel, -« en bas » dans les assemblées locales, et « en haut » au Parlement-. Selon larticle 34 de la Constitution, cest en effet la loi qui « détermine les principes fondamentaux de la libre administration des collectivités locales, de leurs compétences et de leurs ressources ».
Ainsi sous lempire de la loi commune, la libre administration locale est parfaitement à laise dans une République une et indivisible. ![]() |
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La décentralisation de 1982 a maintenu lunité du droit sur tout le territoire national. |
La décentralisation de 1982 na pas remis en cause lunité des règles et la hiérarchie des normes qui font la République.
Elle a maintenu lunité du droit sur tout le territoire national. Elle a permis certes un foisonnement des initiatives locales et un développement sans précédent des services et des équipements mais non lexpression dautonomies identitaires.
Elle a renforcé lautonomie financière des collectivités territoriales sans porter atteinte au pouvoir fiscal du législateur. Elle a maintenu la cohésion nationale en assurant une péréquation indispensable entre les collectivités territoriales.
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Ce système original de décentralisation, conforme à notre génie et à notre histoire, na nul besoin dêtre remis en cause. Pourquoi dévier de la voie tracée en 1982 ? On nous dit que le pays serait paralysé, que linitiative locale serait bloquée par un Etat omnipotent. Cest une contre-vérité. Jen veux au moins pour preuve le formidable développement de lintercommunalité impulsé par la loi du 12 juillet 1999. Comme la qualifiée Pierre Mauroy, cest une « révolution silencieuse » qui, grâce à la création de 90 communautés dagglomération et à deux nouvelles communautés urbaines Nantes et Marseille- venant sajouter à la douzaine existant déjà, fait émerger un pouvoir dagglomération bien nécessaire et assure également la survie des communes rurales autour des bourgs ou des petites villes.
La modernisation des institutions locales est ainsi impulsée den haut par le législateur et bâtie par le bas, à linitiative des élus locaux, en rapport avec les réalités quils affrontent.
Cent quatre structures dagglomération, dans plus des deux tiers des aires urbaines de plus de 50.000 habitants, avec une taxe professionnelle unique, qui met fin à des concurrences stériles et qui est à soi seule une véritable réforme fiscale ; des compétences stratégiques (développement économique, aménagement de lespace, etc.) mises en commun, de façon à bâtir des solidarités et des stratégies à léchelle pertinente, oui, cela constitue une réforme capitale dont les fruits sont prometteurs. ![]() |
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Monsieur le Premier ministre, ce mouvement porté par votre Gouvernement a fait consensus au Parlement : notre système bi-séculaire, fort de ses 36.600 communes et de ses 100 départements, a fait ainsi la preuve quil peut sauto-réformer.
Ce nest pas tant lexistence de trois niveaux dadministration observable aussi dans les pays voisins que le nombre considérable de communes dans notre pays autant que dans le reste de lUnion Européenne- qui constitue une exception.
Dès lors, il ny a pas lieu de supprimer le département, mais simplement de le refonder. Il suffira pour cela, comme le recommande la Commission Mauroy, délire ses responsables sur la base des intercommunalités, pour maintenir un ancrage local des conseillers départementaux, mais en cessant dinjurier légalité du suffrage induite par le découpage actuel. ![]() |
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« Laissez-nous faire », tel est leur nouveau credo. |
II Prenons y garde : une vision libérale de la décentralisation peut conduire au délitement de lEtat républicain et de la France elle-même.
1. Certains évoquent la République den bas, plurielle, décentralisée, territoriale, girondine
« Laissez-nous faire », tel est leur nouveau credo. Affranchissez-nous des règles de la Fonction Publique ! Allégez les contrôles ! Et tant pis pour les inégalités territoriales liées à la concentration de la richesse. Chacun chez soi, dans son territoire et la République sera bien gardée ! Mais surtout, pas de logements sociaux, pas de troisième aéroport, pas déquipement polluant, toujours rejetés chez les autres.
Heureusement, la grande majorité de nos élus naffiche pas de telles positions et sait que lintérêt général est le contraire de la loi du plus fort. La République ne va pas sans mécanismes de péréquation et sans solidarité nationale.
Elle ne va pas non plus sans le respect dune loi qui selon la Déclaration des Droits de lhomme et du citoyen, doit être « la même pour tous ». ![]() |
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2. Donner à une Assemblée territoriale, voire locale, le pouvoir dadapter la loi, cest-à-dire de la changer, cest mettre le doigt dans lengrenage du fédéralisme et prendre en fait le risque de rompre lunité nationale. Cest tout le sens de lhistoire de la France comme construction politique, comme communauté de citoyens que la dévolution du pouvoir législatif à des collectivités territoriales, si elle devait être confirmée, remettrait en cause.
Une France fédérale serait une régression. Quest-ce en effet quune Fédération sinon lagrégation de communautés organiques, détentrices de la souveraineté et régies par le principe de subsidiarité ? Cette conception soppose à larticle 72 de la Constitution. Elle est contraire au principe de lunité et de lindivisibilité de la République. ![]() |
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Une France fédérale serait sous couleur de modernité, une régression moyen-âgeuse, enfermant à nouveau les citoyens dans leurs particularismes !
Léconomie de marché na aucune vision à long terme. LEurope des régions supprimerait lobstacle que constituent encore les Etats-nations face à la domination exclusive des marchés et à la mise en concurrence sauvage des territoires.
Comment dans ce cadre la République pourrait-elle relever les défis que sont le chômage de masse, la ghettoïsation, la désertification du monde rural ? ![]() |
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Quand lidée dune dévolution du pouvoir législatif a été pour la première fois avancée au bénéfice de lAssemblée Territoriale de Corse dans le relevé de conclusions de Matignon du 20 juillet 2000, jai pensé que cétait une erreur, et vous le savez, une erreur grave.
Mais vous avez vous-même en 1997 plaisamment théorisé
le droit à lerreur.
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Ou alors elle fait de la République une collection de spécificités !
Les libéraux on le sait depuis deux siècles- agitent lépouvantail de luniformité pour remettre en cause le principe dégalité.
On peut comprendre que ce soit là la thèse de Démocratie Libérale et de M. Rossi pour qui tout ce qui peut affaiblir lEtat est bon, ou de lUDF qui ne rêve que du Saint Empire et des franchises de nos anciennes paroisses. Mais comment expliquer que les socialistes apportent leur soutien à ces projets ? Se sont-ils convertis au libéralisme ? Ou se laissent-ils tout simplement porter par lair du temps, par soumission à la mode ? Ou bien est-ce comme certains le murmurent pour renvoyer lascenseur : passe-moi la rhubarbe, je te passe le séné. Cest ce que laisse entendre M. Roman quand il déclare « quil nest pas contre lélégance en politique ». Mais il ny a pas que lUDF qui a voté pour linversion du calendrier électoral, Monsieur le Premier ministre ! Le MDC aussi ! ![]() |
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Que signifie au fond le droit donné aux collectivités territoriales dadapter la loi ? Cest un véritable suicide pour le Parlement ! |
Il y a une autre hypothèse qui serait plus grave encore. Que ce soit la réponse du berger à la bergère, cest-à-dire une réplique habile au discours de Rennes prononcé il y a deux ans par le chef de lEtat, une sorte de concours de décentralisation à ladresse des élus locaux sur le thème : « plus décentralisateur que moi tu meurs ». Croyez-vous pouvoir vous attacher les élus locaux en leur laissant entrevoir des concessions toujours plus grandes allant jusquau pouvoir de réformer la loi au mépris des principes républicains les mieux établis ? Ce serait oublier le fond, que de traiter le problème des relations entre lEtat et les collectivités territoriales à la seule aune de la cohabitation. Il faut résister à cette tentation, Monsieur le Premier ministre. Maintenir la République et le capital de principes et de règles qui la constituent a certes toujours été un exercice difficile mais cest un exercice qui a sa grandeur.
Que signifie au fond le droit donné aux collectivités territoriales dadapter la loi ? Cest un véritable suicide pour le Parlement ! Comment celui-ci pourrait-il définir avec un peu de précision le cadre dans lequel la loi pourrait être adaptée ? En définissant les exceptions comme dans le texte voté hier par lAssemblée ? Mais jobserve quen oubliant de citer par exemple le domaine de la sécurité, il ouvre la voie à la municipalisation de la police ! Est-ce cela que nous voulons ?
Comment ne pas rapprocher la jurisprudence qui affirme la supériorité de la norme européenne sur la loi votée par le Parlement et lautorisation donnée hier par notre Assemblée aux collectivités territoriales de déroger à cette même loi ? ![]() |
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En voulant mettre de la souplesse partout, on ne trouvera plus de fermeté nulle part. En votant cette proposition, le Parlement ouvrirait le règne du nimporte quoi ! Les lobbies pourraient se frotter les mains ! Que resterait-il de lEtat ? Plus de loi, plus de repères ! A force de vouloir concilier les inconciliables, cest lédifice même de la République qui serait remis en cause, car il ny a pas de République sans principes clairs, le premier dentre eux étant la primauté de la loi et légalité de tous les citoyens devant elle.
Est-ce que jexagère ? Madame Voynet elle-même, pourtant championne de lautonomie de la Corse, et dont les représentants sur lîle I Verdi Corsi- font partie de la Fédération « Unita » aux côtés de la Concolta indépentantista, faux nez du FLNC canal historique, Madame Voynet salarme publiquement à lidée que « la loi littoral » et la « loi montagne » puissent être laissées à la discrétion de lAssemblé de Corse.
Ceci manifeste labsence profonde de logique, desprit de suite, de vue densemble, avec lesquels ces sujets sont abordés et traités. Il est temps que le gouvernement, éclairé par des politiques avisés et des juristes qui nont pas tout à fait oublié les fondements du droit républicain, se reprenne. Il le peut ! ![]() |
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poursuivre le mouvement dintercommunalité préserver en le refondant le département |
III Les propositions de la Commission Mauroy élaborées par de grands élus, remarquables connaisseurs dun paysage complexe, dessinent des orientations cohérentes que je fais miennes.
Il sagit dabord de poursuivre le mouvement dintercommunalité en prévoyant lélection au suffrage universel en 2007 des délégués communautaires dans les CU et les CA.
1. Il sagit ensuite de préserver en le refondant le département, échelon essentiel de lorganisation sociale et administrative française depuis deux siècles. 2. Il sagit surtout daméliorer la transparence et la démocratie dans le fonctionnement de la décentralisation.
a) En définissant des blocs de compétence plus cohérents.
b) En choisissant des collectivités chef de file pour éviter la dilution des responsabilités, à commencer par celle de lEtat dans le partenariat et les procédures contractuelles. ![]() |
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§ Taxe d'habitation pour la Commune ; § Taxe professionnelle pour lintercommunalité. § Impôt léger mais universel sur tous les revenus pour le département sans oublier le rôle des dotations de lEtat pour réduire les inégalités de richesse entre collectivités. |
LEtat doit exercer efficacement le contrôle de légalité. Il ne faudrait pas que la recherche du consensus à tout prix ne le fasse passer sous la table. Il y a des dérives, non pas seulement en Corse, mais aussi sur le continent (Sud-Est, région parisienne, comme la montré laffaire des marchés dIle de France) que lEtat doit être capable de redresser par lexercice dune tutelle préfectorale vigilante quaucune intervention politique ne doit venir empêcher.
c) On doit aussi améliorer la lisibilité de la décentralisation en identifiant des recettes propres à chaque niveau de collectivité : § Taxe d'habitation pour la Commune ; § Taxe professionnelle pour lintercommunalité. § Impôt léger mais universel sur tous les revenus pour le département sans oublier le rôle des dotations de lEtat pour réduire les inégalités de richesse entre collectivités.
d) Si la vie locale, enfin, est une merveilleuse école de démocratie, encore faut-il faciliter laccès aux mandats électifs : § Les élus doivent pouvoir se consacrer pleinement à leur mandat et retrouver un emploi à leur issue. ![]() |
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Les Français plébiscitent à la fois la décentralisation et le rôle de lEtat.
Puisque lEtat républicain nest rien dautre que lEtat des citoyens, cest à son approfondissement et à son adaptation quil faut se livrer, pas à sa liquidation.
La démocratie locale et lEtat nont pas à sopposer dès lors que tous les citoyens entendent faire vivre une République moderne, où liberté et responsabilité vont de pair avec la recherche de légalité.
Monsieur le Premier ministre, Mes chers collègues, ne tombons pas dans des oppositions factices, démagogiques et pour tout dire électoralistes, entre jacobinisme et localisme. Gardons le sens de lEtat et de lintérêt général, ils ne conduisent pas à limmobilisme. ![]() |