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DISCOURS DE JEAN-PIERRE CHEVENEMENT AU RASSEMBLEMENT NATIONAL DES COMITES DE SOUTIEN 

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Samedi 19 janvier 2002, à La Défense

I - Le pôle républicain en marche

II - Mon projet pour relever la République.

A) Plus le monde change, plus la réalité est complexe, plus les sciences et techniques évoluent rapidement, et plus nous avons besoin de principes clairs pour agir et décider.
B) Ce n'est pas seulement sur des principes que vous avez choisi de vous réunir mais aussi sur des propositions concrètes.

Voir aussi l'intervention de G. Sarre
Rassemblement du Pôle républicain
Qui sommes nous ?

 

 


 

Vous incarnez tous, dans la diversité de vos origines, de vos engagements, de vos parcours, la force de la France

I - Le pôle républicain en marche

Ainsi vous voilà rassemblés, venus de tous les départements de la métropole et de l'Outre-Mer, rassemblés dans votre diversité mais, comme l'ont montré tous les intervenants qui se sont succédés à la tribune, rassemblés sur la République, rassemblés sur la France. Vous êtes venus de tous les départements de métropole et de l'Outre-Mer pour cette rencontre de travail, mais aussi pour ce moment intense de mobilisation. Présidents, coordonnateurs ou animateurs des comités de soutien, jeunes de Génération République et d'Agir pour la Citoyenneté, vous incarnez tous, dans la diversité de vos origines, de vos engagements, de vos parcours, la force de la France.

Depuis déjà plusieurs mois, vous travaillez dans vos départements au rassemblement le plus large autour des propositions que j'ai formulées à Vincennes le 9 septembre. Votre dynamisme, votre engagement, votre créativité constituent pour moi des encouragements précieux, sachez le bien. Vous êtes le cœur battant de la France.

Je vous l'ai dit à Vincennes le 9 septembre dernier : " Dans toute bataille, il y a un espace stratégique à occuper. Si grâce à tous ceux qui me font confiance, je peux occuper cet espace dans les semaines qui viennent, alors je gagnerai la bataille ".

 

 

 
Je suis le seul aujourd'hui qui soit en capacité de battre les deux sortants

Eh bien ce pari a été gagné et je suis le seul aujourd'hui qui soit en capacité de battre les deux sortants, parce qu'il s'est créé dans tout le pays une dynamique qui continue de s'enfler et parce que je dispose de réserves considérables chez tous nos concitoyens, de droite ou de gauche, dont les yeux sont en train de se dessiller.

C'est donc vous et l'armée de ceux qui me font confiance qui détenez les clés de l'élection. De ce moment, à partir de ce lieu dont le nom évoque le sursaut de la Défense nationale, commence la marche qui doit nous conduire à la victoire. C'est le moment de lancer notre deuxième offensive, l'offensive d'hiver, celle qui doit nous conduire d'ici le printemps prochain à faire turbuler le système que j'appelle du pareil au même. Ce pari n'est pas plus osé que le précédent.

Il dépend de vous de m'aider à le relever.

Alors les Français verront qu'ils ont un véritable choix. Ce sera le moment de l'offensive finale, de l'offensive victorieuse.

 
   
C'est le moment des grands choix, le moment privilégié où chaque citoyenne, chaque citoyen peut fixer un cap à la nation.

Mais d'ici là il nous faudra encore vaincre bien des obstacles.

Les deux sortants, candidats non candidats, ont entre eux un pacte d'acier : il ne faut surtout pas qu'un troisième puisse surgir pour perturber le jeu. Ils occupent l'espace médiatique du haut de leur position institutionnelle. Depuis trois semaines, ils nous assomment de leurs vœux. Leurs poulains ont reçu mission de remplir les interstices laissés libres pour amuser la galerie avant que, le plus tard possible, eux-mêmes ne se déclarent. Bref, ils veulent confisquer la démocratie à leur profit et priver les Français d'un débat ô combien légitime, à la veille d'une élection présidentielle qui va fixer pour cinq ans les orientations du pays et peut-être sceller son destin.

Les Français ont droit à une campagne digne, sur le fond des choses, sur l'avenir de notre République, sur l'Ecole, sur la sécurité, sur la manière d'assurer l'égalité salariale entre les femmes et les hommes, sur l'avenir de nos retraites et de notre système de santé et de protection sociale. De tous ces débats nos concitoyens ne doivent pas être frustrés. J'appelle donc à un immense sursaut civique. Je demande à Monsieur Baudis de rendre publiques les règles qu'il entend faire appliquer pour que la campagne présidentielle se déroule entre candidats, à la loyale et non pas à travers le trompe-l'œil et les artifices de décomptes trompeurs accordant aux deux sortants le privilège exorbitant d'emplir eux ou leurs affidés tout l'espace du débat. Et cela alors que sur l'essentiel, il n'y a pas entre eux l'épaisseur d'une virgule, mais simplement le banal conflit de deux royaumes prébendiers, l'Etat RPR d'un côté, l'Etat PS de l'autre, fondamentalement d'accord pour confisquer le pouvoir, pour s'y relayer, et le cas échéant se le partager. C'est cela qu'il nous faut faire sauter.

L'élection présidentielle ne se ramène pas à choisir un supposé moindre mal dans un océan d'indifférence et d'abstention. C'est l'élection directrice. C'est le moment des grands choix, le moment privilégié où chaque citoyenne, chaque citoyen peut fixer un cap à la nation. L'élection présidentielle appartient aux Français et à eux seuls !

C'est pour cela que le pôle républicain s'est constitué : pour déverrouiller le débat dans le pays et pour libérer l'expression de la volonté du peuple, sur le terrain d'abord, avant qu'elle ne le soit demain dans les urnes.

 

 

 
Tous, nous savons qu'au-dessus de la droite et au-dessus de la gauche, il y a la République

Nous n'avons pas la puissante machine du RPR et du PS qui drainent vers eux l'essentiel des financements, y compris légaux.

C'est pour briser leur étau que nous avons constitué ce pôle républicain, ce rassemblement de femmes et d'hommes de sensibilités diverses qui ne cessera de s'étendre et de se renforcer au fil des semaines à venir. Chacun a fait un long parcours dont je lui sais gré.

A aucun je ne demande de renier ses valeurs ni les choix qu'il a faits dans le passé, car je mesure l'immense richesse qu'ensemble nous représentons : tous, nous savons qu'au-dessus de la droite et au-dessus de la gauche, il y a la République.

Dans ce pôle républicain, il y a ceux qui viennent de la gauche de la gauche, ceux qui viennent du parti communiste, et qui savent bien que pour relever le défi de la mondialisation libérale, nous avons besoin de la nation, nous avons besoin de cet outil de la volonté populaire qui se nomme l'Etat. Ensemble, nous allons renouer les noces du monde du travail et de la nation, celles qui ont toujours porté la France au plus haut et l'ont tirée de l'ornière, quand elle y était enfoncée.

Il y a les socialistes qui communient dans l'esprit de Jaurès, ce magnifique synthétiseur du socialisme et de la République, et qui ne veulent plus servir de béquille à un système épuisé. Il y a les militants et les élus du Mouvement des Citoyens, dont je salue le Président Georges Sarre, sans lequel rien n'aurait été possible et qui ont su ouvrir grandes les portes et les fenêtres et mettre toute leur énergie dans la bataille.

Il y a les radicaux et les républicains qui, fidèles à l'héritage de Mendès France et à l'inspiration des grands fondateurs, Gambetta et Clémenceau, n'ont jamais désespéré de la capacité d'une République moderne à relever les défis de l'avenir.

Il y a ceux qui ont vibré à l'appel du général de Gaulle et qui sont très nombreux à rejoindre le combat que j'ai entrepris pour le redressement de la République et pour la liberté de la France. Ils savent bien où est aujourd'hui l'esprit de la France libre. Ils savent que les soi-disant héritiers du gaullisme ont, derrière Jacques Chirac, foulé aux pieds son héritage, ne songeant plus désormais qu'à fonder un grand parti libéral-mondialiste. L'épopée du 18 juin sert de marchepied à Nicolas Sarkozy ! L'or est changé en plomb.

Il y a les souverainistes qui font découler à juste titre de la souveraineté nationale la capacité de la France à rester une démocratie.

Et puis il y a tout simplement les démocrates, très nombreux eux aussi, qui veulent à nouveau pouvoir faire de la politique dignement.

 
   
Ce que je renvoie aux oubliettes, c'est ce que la droite et la gauche sont devenues dans les hommes et les partis qui prétendent les incarner.

On me reproche stupidement de renvoyer la droite et la gauche aux oubliettes de l'histoire. Ce que je renvoie aux oubliettes, c'est ce que la droite et la gauche sont devenues dans les hommes et les partis qui prétendent les incarner. Une droite crispée sur le privilège des rentiers et l'individualisme le plus féroce, une droite que le sens de l'intérêt national, l'esprit de dévouement ont totalement désertée, une droite qui se confond avec la logique de la mondialisation libérale ; une gauche confite dans l'éternel veuvage de ses générosités révolues, sorte de radotage interminable et tous azimuts du principe de précaution, qui, après avoir esquissé le geste de lever le petit doigt contre l'injustice sociale, s'empresse au nom de ce même principe de se couper la main, de peur de la laisser entre l'arbre et l'écorce.

Je n'ai jamais prétendu, comme je l'entends dire ici ou là, que la gauche et la droite allaient disparaître. Je ne suis pas le candidat " ni gauche ni droite ". On ne peut décemment me confondre avec Antoine Waetcher ! Ce qui est vrai, c'est que j'inquiète à droite et à gauche les Etats-Majors des deux partis dominants qui confisquent depuis si longtemps le pouvoir.

J'inquiète parce que je dis qui ils sont :

Dois-je rappeler que Jacques Chirac, jadis, a installé Giscard d'Estaing au pouvoir avant de le faire battre et qu'il a toujours sacrifié le fond, c'est-à-dire l'intérêt du pays à son ambition, ainsi en faisant approuver le traité de Maastricht en 1992 pour pouvoir recueillir en 1995 les voix de l'UDF ? et qu'à peine élu, il à tourné le dos à son engagement de réduire la fracture sociale, provoquant en retour la colère et la juste sanction du pays ?

Et qui, sinon Jacques Chirac, s'est installé dans une cohabitation qui a abaissé comme jamais la fonction présidentielle ?

Faut-il aussi rappeler que Lionel Jospin, Premier Secrétaire du Parti Socialiste en 1983, a alors déclaré ouverte une parenthèse libérale qu'il n'a jamais cherché ensuite à refermer, tournant le dos aux engagements pris devant le peuple français -d'abord l'emploi !- et cautionnant ensuite tous les choix -Traité de Maastricht, privatisations et mise à mal des services publics- qui ont installé une " dictature de l'actionnariat " qu'il ne fustige qu'en paroles.

Chacun sait que la croissance revenue de 1997 à 2000 doit autant à Lionel Jospin que le lever du soleil à Chanteclerc.

Le bilan de Chirac est nul mais celui de Lionel Jospin devient de plus en plus mauvais au fur et à mesure que le temps passe. Aucun des deux n'a pris la mesure des défis auxquels la France doit répondre dans les temps qui viennent. Aucun ne porte une vision pour notre pays. Certes ils naviguent mais ils sont armés pour le cabotage et non pour le grand large !

Oui, je vous le demande, quel sens, au-delà des habitudes, des étiquettes, des souvenirs, quel sens actuel, actif, exigeant ces mots de droite et de gauche évoquent-ils encore pour le plus grand nombre, les simples gens qui ont pris l'habitude de voir se succéder, à la télévision et à la tête de l'Etat, ces figures interchangeables d'une droite qui a oublié la nation et d'une gauche qui a oublié le peuple ?

 

 

 
La réalité, c'est que nos deux Gullivers, empêtrés dans le carcan maastrichien, qu'ils ont confectionné ensemble, deviennent des nains en termes de propositions.

Alors mettons bas quelques masques et dénonçons le grand théâtre des clivages obsolètes. Depuis 1983, les élites de ce pays qu'elles soient étiquetées à gauche ou à droite ont été solidaires et co-responsables de tous les grands choix structurants qui nous ont amenés là où nous en sommes, en queue de peloton.

Jospin et Chirac ont soutenu le franc fort, le traité de Maastricht, le bradage des services publics, la déréglementation, l'expédition militaro-pétrolière de M. Bush père en Irak, qui se voulait fondatrice d'un nouvel ordre mondial et qui débouche sur le désordre et la fureur des intégrismes. Ensemble ils ont soutenu un libre-échangisme débridé, le traité d'Amsterdam, le traité de Nice, l'intervention comme supplétif en ex-Yougoslavie, la mise en place de multiples autorités indépendantes dans tous les domaines pour se défausser de leurs responsabilités politiques.

Jacques Chirac a proposé l'indépendance des Parquets. Lionel Jospin l'a réalisée. Jacques Chirac a décidé la fin de la conscription et la constitution d'une petite armée de métier transformée en corps expéditionnaire, Jospin l'a mise en œuvre. Lionel Jospin a retourné à 180° sa politique en Corse, Jacques Chirac s'est réfugié dans un trou de souris, attendant du Conseil constitutionnel qu'il le remplace comme garant des institutions.

La réalité, c'est que nos deux Gullivers, empêtrés dans le carcan maastrichien, qu'ils ont confectionné ensemble, deviennent des nains en termes de propositions. Ils ne se sont donné aucune marge de manœuvre et sont donc condamnés à faire du pareil au même. Plus leur plan de communication est imposant, plus leur programme est mince et en fait interchangeable.

 
   
C'est au renouveau de la conscience civique et au renouveau de la France que nous appelle l'exigence républicaine

En regard, quel magnifique élan que celui du pôle républicain !

Deux convictions, nous réunissent ici aujourd'hui : notre attachement aux valeurs fondatrices de nos Républiques et le sentiment angoissant que ces valeurs sont gravement mises en péril, très gravement, comme au temps les plus émouvants de notre Histoire. Ces valeurs sont pourtant plus nécessaires et plus vitales que jamais. Non seulement elles sont modernes, mais elles sont seules à porter un avenir digne de ce nom. Car elles seules sont en mesure d'assurer encore un minimum de justice, d'égalité des droits et des devoirs, de cohésion nationale fraternelle, en ce monde secoué et dévasté par une mondialisation financière aveugle et sourde aux droits élémentaires de ses innombrables victimes, à leurs souffrances, à leurs misères.

La force de la France tient aux valeurs de la République. C'est en nous appuyant sur elles que nous ouvrirons les portes de l'avenir. Loin de nous ramener aux temps d'un passé révolu, comme tentent de le faire accroire les serviteurs du désordre établi, c'est au renouveau de la conscience civique et au renouveau de la France que nous appelle l'exigence républicaine.

C'est en elle-même que la France trouvera la force de rompre avec le déclin que symbolisent également l'un et l'autre des sortants.

Ces convictions font plus que nous réunir : elles nous unissent ! Elles nous soudent ! C'est cela qu'on appelle " le pôle républicain " ! Un pôle attire, un pôle aimante, il doit maintenant mobiliser de plus en plus de citoyennes et de citoyens, à qui nous allons, dans les mois qui viennent, ouvrir les yeux. Donnons leur des arguments afin qu'ils résistent aux mensonges, aux désinformations en tous genres, voire aux calomnies concoctées dans le secret d'officines à la botte de ces gens et de ces intérêts qui sont prêts à liquider ou à entériner la liquidation de notre nation, mais à qui notre constante progression dans le cœur et la confiance de notre peuple cause de plus en plus de soucis.

 

 

 
Souveraineté populaire et citoyenneté, liberté de pensée, laïcité, droit au travail, égalité, ces valeurs seules permettront de dominer les fureurs des intégrismes et des com-munautarismes et de tracer le chemin semé d'embûches d'une fraternité humaine toujours à construire

Car, le moins qu'on puisse dire, c'est que ces idées de Nation et de République les gênent ! Et on les comprend !

Tandis qu'ils s'apprêtent à instaurer les lois de leurs jungles et laissent s'installer une anarchie contrôlée via les particules dites communautaires, tandis qu'ils cherchent à dépouiller le peuple de son droit souverain de faire la loi seule capable de nous protéger des injustices et des inégalités, nous, au contraire, nous nous sommes rassemblés pour faire vivre les valeurs universelles de la République.

Ainsi que je l'avais déclaré le 3 octobre 2001 à l'Assemblée Nationale, " ces valeurs : souveraineté populaire et citoyenneté, liberté de pensée, laïcité, droit au travail, égalité, ces valeurs seules permettront de dominer les fureurs des intégrismes et des communautarismes et de tracer le chemin semé d'embûches d'une fraternité humaine toujours à construire ". C'est cela notre République à nous, c'est pourquoi elle dérange tant, c'est pourquoi elle se distingue tellement de leur République à eux, celle dont, un peu partout, on se réclame hypocritement : ah, Chevènement aurait-il le monopole de la République ? Ah, ne sommes-nous pas des républicains ?

Ils me font penser à certains fidèles de telle ou telle religion : ils sont républicains, bien sûr, mais ils ne pratiquent pas ! Notre République à nous, celle qui nous unit dans ce pôle républicain qui rassemble et rassemblera de plus en plus, eh bien, elle leur fait peur ! Ils sont républicains au défilé des Champs-Elysées une fois par an, comme on va communier à Pâques ou entendre la messe de minuit ! Leur liberté à eux, c'est de faire, pardonnez-moi le mot, mais ici il est indiqué, leur " business " comme ils l'entendent, leur égalité à eux porte soudain un nouveau nom : l'équité, et leur fraternité consiste à considérer comme inéluctable ce qu'ils appellent un " volant incompressible " de chômeurs, qu'ils aideront, comme au XIXème siècle, au temps de la Comtesse de Ségur, quand les dames d'œuvre faisaient la charité ! Les voilà, ces républicains, modernes disent-ils, tous soumis à cette fameuse et si triste, j'ajouterais si déshonorante, " pensée unique ", les voilà pleins de mauvaise conscience et pour cela souvent pleins de haine à notre encontre.

Nous sommes en effet chaque jour coupables de leur rappeler par nos paroles et par nos actes qu'ils doivent tout à la vraie République, qu'ils la répudient honteusement, par cupidité ou lâcheté, ou les deux à la fois, oui, de cela, nous sommes coupables, coupables de nous battre pour des valeurs que la France a apportées au monde, qui, lui, ne l'a pas oublié ! Souvenons-nous de la Déclaration des droits de l'homme, du discours du général de Gaulle à Pnom-Penh ! Voulez-vous me le dire : ces actes sont-ils devenus archaïques et conservateurs aujourd'hui ? Demandez-le donc aux chômeurs balancés comme des briquets jetables, demandez-le donc à ces milliards d'hommes, de femmes, d'enfants qui vivent au-dessous de ce qu'une expression douteuse désigne comme le " seuil de pauvreté ", ou alors, simplement dans la misère, comme des bêtes, fouillant des ordures ! Certes, nous ne résoudrons pas nous seuls, et d'un coup, ces problèmes. Mais nous ne nous laisserons pas caricaturer par des lâches, des snobinards, des politiciens à bout de souffle suivis par des cohortes d'arrivistes prétentieux.

Qu'ils mordent, eh bien mordez-les aussi. Ne vous laissez pas démonter par les insinuations et les ragots mensongers.

 
   
Donnez-moi les moyens de conduire la politique que je crois bonne pour la France, je ne m'arrêterai pas, croyez-le, à mi-chemin.

Ainsi, certains, non sans quelque malignité, répandent la fable qu'en politique ma posture préférée serait la position du démissionnaire. Ce refrain que chante aussi Le Pen donne une signification équivoque à des choix parfaitement clairs et que j'assume entièrement.

On peut démissionner parce qu'on est las de l'action politique, parce qu'on ne se sent plus la possibilité ou la force de faire bouger les hommes et les choses. Ce fut par exemple le cas de Lionel Jospin lorsque, en 1993, ne disposant d'aucun mandat, d'aucun appui, d'aucune ouverture, il avait pris la ferme résolution, finalement provisoire, de renoncer à la vie publique.

On peut démissionner lorsque l'on estime n'être pas à la seule place qui vous convienne, c'est-à-dire la première, en somme quand on ne rêve que d'être calife à la place du calife, comme dans la bande dessinée. Ce fut le cas du grand Vizir Iznogoud, autrement dit de Jacques Chirac, lorsque en 1976 il estima que le poste de Premier ministre n'était pas taillé à sa mesure et qu'il fit don de sa personne au RPR. C'était il y a vingt-six ans et rien, par la suite, ni cas de conscience, ni reniement, ni faute politique majeure, ni même implication dans des dossiers judiciaire, ne l'a amené à renouveler ce geste orgueilleux et apparemment honorable. C'est qu'il ne lui avait été dicté comme la dissolution de 1997 ou la réduction à cinq ans du mandat présidentiel que par des raisons de convenance personnelle.

Pour ma part, je n'ai jamais considéré comme humiliant et comme au-dessous de ma dignité d'être ministre de la République. J'en ai accepté avec les honneurs les obligations et les servitudes qui en sont aussi la grandeur. Si j'y ai renoncé à trois reprises, c'est parce que je me voyais dans l'impossibilité de faire prévaloir sur des choix que j'estimais erronés ce qui me semblait être la politique de l'intérêt national et qui répondait d'ailleurs à l'engagement initial des gouvernements auxquels je participais : " D'abord l'emploi " en 1981. L'indépendance nationale en 1990, l'autorité de la loi égale pour tous sur tout le territoire de la République en 2000. Dès lors que la poursuite de ma mission devenait incompatible avec mes analyses, avec mes convictions et avec l'idée que je me fais de la République, j'en ai tiré les conséquences. Ce type de décision et cette sorte de démission ne constituent ni un renoncement ni une abdication, mais un acte politique et positif que j'ai assumé devant le suffrage universel.

Donnez-moi les moyens de conduire la politique que je crois bonne pour la France, je ne m'arrêterai pas, croyez-le, à mi-chemin.

 

 

 
Réapprendre aux citoyens à faire de la politique avec des arguments, parler non le langage de la démagogie, mais celui de la responsabilité

Les mêmes qui critiquent mes démissions soulignent aussi ma participation pendant près de dix ans à plusieurs gouvernements. Ah si Chevènement n'avait aucune expérience gouvernementale, ce serait sans doute plus simple ! Cette expérience, indispensable pour prétendre exercer la magistrature suprême, je la revendique. Je me suis toujours efforcé de servir au mieux mon pays, sans jamais faire de concession majeure par rapport à mes engagements fondamentaux. Ma boussole, ce sera demain comme hier, pour vous et avec vous, la République.

Oui, j'appelle les citoyennes et citoyens français à résister à ces forces qui veulent avaler tous les progrès, toutes les conquêtes, toutes les lumières qui ont engendré une Nation libre, forgé les valeurs républicaines universelles que vous soutenez, en me soutenant.

La France doit reprendre confiance en elle-même. Il faudra réapprendre aux citoyens à faire de la politique avec des arguments, leur parler non le langage de la démagogie, mais celui de la responsabilité. Nous en avons assez de la sondagite et de la bougite qui sont les deux mamelles de la nouvelle gouvernance. Gouverner, c'est fournir des repères, traiter les Français en adultes, exercer en tous domaines une pédagogie républicaine, apprendre à écouter, mais aussi savoir décider en fonction de l'intérêt public, sans hésiter, quand il le faut, à saisir le peuple afin qu'il tranche, par la voie du référendum, sur des sujets essentiels. C'est ainsi qu'on relèvera le citoyen et que nous réinstituerons la République.

* Je ne vous demande pas un ralliement aveugle mais un engagement de toutes vos forces pour refuser l'euthanasie de la nation et pour choisir avec moi la voie du salut public.

 
   
L'autorité de la loi, égale pour tous, est à refonder.
II - Mon projet pour relever la République.

Le pôle républicain qui prend corps aujourd'hui est réuni par un projet. J'en ai exposé, dès le 9 septembre à Vincennes, les dix grandes orientations, en commençant par la première de toutes : l'affirmation des valeurs de la République par des femmes et des hommes intègres et désintéressés. Il y a dans notre pays un immense besoin de valeurs et de sens. C'est pourquoi, en tous domaines, j'entends fonder mon action sur des principes.

A) Plus le monde change, plus la réalité est complexe, plus les sciences et techniques évoluent rapidement, et plus nous avons besoin de principes clairs pour agir et décider.

1. L'autorité de la loi, égale pour tous, est à refonder. L'invraisemblable projet d'adapter la loi -c'est à dire de la changer- selon que l'on se trouve à Ajaccio ou à Dunkerque vient de tourner court. Mais il est attristant de devoir attendre pour cela la censure du Conseil constitutionnel. Lionel Jospin a voulu cette violation de notre texte fondamental ; Jacques Chirac l'a laissé faire. Car la Corse ne les intéresse pas. Ce qui les intéresse c'est le pouvoir. Le pouvoir pour le pouvoir.

Eh bien le débat qui intéressera les Français, ce n'est pas de savoir s'il faut choisir l'auteur de cette faute, ou celui qui l'a laissé commettre. C'est d'élire un Président garant de l'intégrité des principes républicains.

Le désordre s'installe dans l'Etat quand les policiers puis les gendarmes se trouvent dans la rue, après les infirmières et avant les médecins, parce que l'Etat s'est révélé incapable d'anticiper et de prévoir les effets des 35 heures, les nécessités de la sécurité ou l'avenir de notre système de santé.

Le cri du juge Halphen, nous dit la crise de la justice, reflet d'une crise profonde de l'Etat. Car de cette crise de la justice, le chef de l'Etat est directement responsable : dévaluant sa fonction, laissant prise au doute, refusant que la clarté se fasse autour des mises en cause dont il est l'objet. Quant à la folle entreprise de rendre les Parquets indépendants de tout contrôle, d'instituer deux cents politiques pénales indépendantes dans le pays, c'est Jacques Chirac qui l'avait proposée, mais c'est Lionel Jospin qu'il l'a mise en œuvre. Il n'est qu'une seule réponse à cette crise : le chef de l'Etat, que notre Constitution fait premier magistrat du pays, doit être au-dessus de tout soupçon, et fondé, de ce fait, à impulser les réformes dont notre justice a besoin.

 

 

 
Nous ne voulons pas que la France disparaisse avec le franc et elle ne disparaîtra pas !

2. La République lie indissolublement la souveraineté populaire et la démocratie. Le Peuple français peut déléguer des compétences, à la condition qu'elles soient démocratiquement contrôlées. Mais il ne peut déléguer sa souveraineté, sauf à se dissoudre. Il faut en finir avec l'expertocratie. Quand il s'agit de l'avenir de l'Union européenne, les Français ont vu les prétendus rivaux de l'exécutif confier de concert à une " convention " non élue le soin d'en débattre, et sa présidence à M. Giscard d'Estaing, dernier enfant nouveau né de la cohabitation.

Je m'engage solennellement si je suis élu Président de la République à saisir le peuple français des résultats de la Conférence Intergouvernementale prévue en 2004 et dont Jacques Chirac et Lionel Jospin ont déjà accepté par avance qu'elle réduise la France à n'être plus qu'une région dans un ensemble où elle s'effacera.

Nous ne voulons pas que la France disparaisse avec le franc et elle ne disparaîtra pas !

 
   
Face à la loi de la jungle, notre peuple a le droit d'être protégé.

3. La citoyenneté, ensemble indissociable de droits et de devoirs, est capable de faire de chacun de nous un acteur de sa nation et du monde. C'est un horizon mille fois plus enthousiasmant que l'invitation générale à la résignation devant une mondialisation financière incontrôlée.

4. La responsabilité. Face à la loi de la jungle, notre peuple a le droit d'être protégé. Quand les exigences insensées des gestionnaires de fonds de pension, imposant des retours de 15% alors que la croissance n'atteint pas 2,5%, aboutissent à des licenciements massifs, l'Etat a son mot à dire. Il ne peut pas se mettre aux abonnés absents, comme la loi dite de " modernisation sociale " l'a entériné -démission de l'Etat des grands dossiers industriels et judiciarisation de la vie économique-, au prix de quelques concessions provisoires de vocabulaire faites à Robert Hue, bien vite censurées par le Conseil constitutionnel. C'est le règne de la défausse ! Il n'est pas sain qu'un gouvernement fasse voter un texte contraire à la Constitution pour dorer la pilule aux amis de Robert Hue ou de Jean-Guy Talamoni. L'autorité de l'Etat s'affaiblit dans ces marchés de dupes. Il est urgent de la relever en réinventant le principe de responsabilité.

 

 

 
La loi républicaine sera partout appliquée fermement. Nous ne tolèrerons ni le racisme anti-arabe ou anti-musulman ni la judéophobie renaissante.

B) Ce n'est pas seulement sur des principes que vous avez choisi de vous réunir mais aussi sur des propositions concrètes.

Réhabiliter la valeur du travail, mobiliser tous nos atouts, fixer ses missions à l'école, garantir l'avenir des régimes de retraites et de protection sociale, défendre ceux qui vivent de leur travail des logiques prédatrices de la mondialisation libérale : voilà un projet fidèle aux valeurs qui ont éclairé le mouvement ouvrier.

La tâche la plus urgente, après le 5 mai, sera de mettre un terme au désordre qui s'est installé dans l'Etat et de rétablir le droit pour tous nos concitoyens, à commencer par les plus modestes, à vivre en sécurité.

La politique d'accès à la citoyenneté que j'avais initiée et qui s'est enlisée sera vigoureusement relancée.

L'action pour faire reculer la délinquance des mineurs dont l'impunité choque nos concitoyens, reposera sur la réforme nécessaire de l'ordonnance de 1945 et sur la création de centres de retenue accueillant les jeunes délinquants multirécidivistes en péril.

La politique pénale sera unifiée sur tout le territoire. Le gouvernement, cessant la pratique de la défausse, prendra ses responsabilités : les instructions du Garde des Sceaux aux parquets seront publiques. Une loi de programmation pour la police et la justice sera mise aussitôt en chantier. Le service de l'intérêt public sera la boussole guidant l'action des différentes institutions chargées de veiller à la sécurité de nos concitoyens. Elles devront travailler dans le même sens et cesser de s'opposer l'une à l'autre.

La loi républicaine sera partout appliquée fermement. Nous ne tolèrerons ni le racisme anti-arabe ou anti-musulman ni la judéophobie renaissante.

 
   
Rien ne sera plus nécessaire à l'Education nationale, que de mettre un terme au bougisme, de remplacer la réformite par une véritable refondation.

Rien ne sera plus nécessaire à l'Education nationale, que de mettre un terme au bougisme, de remplacer la réformite par une véritable refondation.

Les aventures irresponsables qui s'appellent le recrutement régional des maîtres, la mise en concurrence des établissements, ou encore le pouvoir de recrutement donné aux chefs d'établissements seront closes. L'unité de l'Ecole sera affermie pour mieux faire face à la fragmentation de la société.

Les grandes missions que la République confie à l'Ecole, la transmission des savoirs et des valeurs, la formation des futurs citoyens seront rappelées avec clarté. L'accent mis sur les apprentissages fondamentaux, la réorganisation des collèges, la formation des enseignants, l'accès aux nouvelles technologies de l'information et de la communication, l'éducation civique seront les priorités de la politique éducative.

Je mettrai en chantier sans tarder la politique qui permettra à des jeunes étudiants recrutés sur concours d'être rémunérés durant leurs études -sur le modèle des anciens IPES- à condition de servir l'Etat ou le service public durant dix ans.

 
   
Pour revaloriser le travail et sa rémunération, je demanderai au gouvernement de planifier durant cinq ans une augmentation de 25 % du SMIC

Pour revaloriser le travail et sa rémunération, je demanderai au gouvernement de planifier durant cinq ans une augmentation de 25 % du SMIC, qui sera permise par des allègements de charges et par l'assouplissement des contraintes excessives liées aux trente-cinq heures. L'objectif sera d'améliorer la feuille de paie, c'est-à-dire le salaire direct.

Une conférence nationale des salaires sera convoquée pour examiner les minima de branche et les grilles salariales. Il s'agira de préparer aussi la construction de véritables carrières professionnelles dans les entreprises. Il est temps de remettre le monde du travail au cœur de la société, de moderniser vraiment les relations sociales, d'aider au renforcement des syndicats qui devront disposer d'un financement public garanti par leur représentativité aux élections de délégués du personnel.

C'est par le travail et la croissance que nous garantirons l'avenir des régimes de retraites, mais aussi par une politique familiale active encourageant la relève des générations. J'engagerai donc sans tarder la grande concertation qui doit présider à la réforme des régimes de retraites, en fixant sans ambiguïté le cap : le principe de la répartition ne sera pas mis en cause. Mais les possibilités de lier pour tous l'âge de départ en retraite à la durée d'activité, de créer des retraites progressives, seront posées sur la table des négociations.

 

 

 
Au lieu d'attendre la reprise venue d'Amérique, j'organiserai la mobilisation de tous les facteurs de croissance économique.

Notre système de santé et de protection sociale doit être repensé dans la durée et dans son ensemble.

En matière familiale, j'inviterai à financer par l'excédent de la branche famille un effort exceptionnel visant à augmenter de moitié en cinq ans le nombre de places en crèches et celui des assistantes maternelles, et je mettrai un terme à la dépréciation aussi constante que navrante des allocations familiales.

Je ferai en sorte qu'un plan d'ensemble soit élaboré pour réduire les écarts de rémunération inacceptables qui perdurent entre les hommes et les femmes dont le niveau de formation est pour le moins équivalent.

Des réductions d'impôts choisies avec discernement aideront à stimuler l'activité. Je veillerai ainsi au passage rapide au taux réduit de TVA dans la restauration, locomotive de l'agriculture, de la viticulture, du tourisme et d'un art de vivre à la française.

Je ferai prendre en faveur des PME, des artisans et des commerçants, des mesures analogues à ce qu'est aux Etats-Unis le " Small Business Act ", une législation favorisant la création, le développement et la transmission des entreprises de petite taille, par un accès facilité au crédit, aux marchés publics, par une meilleure formation et par une fiscalité incitative.

Au lieu d'attendre la reprise venue d'Amérique, j'organiserai la mobilisation de tous les facteurs de croissance économique. On ne doit empêcher personne de travailler, bien au contraire ! Priorité à la réinsertion des chômeurs ! Les femmes, elles aussi, doivent pouvoir concilier mieux leur légitime aspiration à une activité professionnelle avec leur vie personnelle et familiale.

 
   
Il faut développer le " site de production France ".

Pour obtenir une politique d'argent à bon marché et le maintien d'un change compétitif, j'entends intervenir sans délai auprès de nos partenaires de la zone euro, en tout premier lieu auprès de l'Allemagne : l'Europe doit prendre sa part de responsabilité dans la lutte mondiale contre la récession. A cette fin, je proposerai avec force, de modifier les statuts aujourd'hui dépassés de la Banque centrale européenne pour inscrire dans ses missions le soutien à la croissance et à l'emploi, et non la seule lutte contre l'inflation. Au sein du Conseil, l'Eurogroupe devra piloter les efforts coordonnés de relance et assouplir le pacte de stabilité budgétaire pour mener, de concert avec les Etats-Unis, une véritable politique contracyclique.

Améliorer l'environnement des entreprises suppose des services publics modernisés et de qualité. Je mettrai un terme à la dilution dont ils sont l'objet du fait d'un dogmatisme libéral à courte vue, en utilisant les moyens à la disposition de la France, pour obtenir des clauses dérogatoires permettant de préserver l'avenir de nos grands opérateurs publics. Des emprunts européens multi-émetteurs doivent permettre de moderniser les infrastructures : fret ferroviaire, voie d'eau, liaisons TGV, réseaux à haut débit. Disposer d'une énergie abondante, à bon marché et non polluante exige de préparer immédiatement la relève de notre parc de centrales par des réacteurs de nouvelle génération. C'est l'intérêt de la France et celui de l'humanité car c'est le meilleur moyen de répondre à la croissance des besoins énergétiques sans rejet de gaz à effet de serre. Je demanderai d'examiner franchement avec l'Allemagne ces perspectives, et sinon de nous rapprocher des Etats-Unis en vue d'une coopération efficace.

La France doit avoir le souci de ses entreprises. Le patriotisme économique, si vivace chez nos voisins, est étrangement faible chez nous : Trop de nos entreprises sont à la merci de prédateurs étrangers. On ne relèvera pas ce défi par des fonds de pensions, qui fragiliseraient les retraites des salariés sans apporter aucune garantie quant à l'affectation des investissements, qui iront à Tokyo ou New-York si le retour est meilleur ! On relèvera ce défi par un renouveau de la politique de développement technologique. Il y a vingt ans que je le répète : il n'y a pas de vieille industrie, il n'y a que des technologies dépassées. Il faut développer le " site de production France ". Nous devons bâtir une nouvelle alliance entre un Etat réformé, recentré sur ses tâches régaliennes et de préparation du long terme, des entreprises " citoyennes ", se souvenant qu'à un titre ou à un autre elles font partie de la " Maison France ", et un monde du travail conscientisé, motivé et intéressé au progrès. La démocratie dans l'entreprise doit être rénovée et nos syndicats renforcés. J'ouvrirai aussi le chantier d'une nouvelle épargne salariale dans des conditions propres à donner aux salariés un pouvoir de peser sur les décisions stratégiques. La maison France ne doit pas se laisser dissoudre dans la finance mondialisée ! Il faudra tenir en respect les prédateurs boursiers. Et veiller à ce que le pôle financier public aide nos entreprises à reconquérir leur autonomie aujourd'hui obérée par les exigences exorbitantes des fonds de pension. Bref, il faudra aider nos entreprises à penser à nouveau le long terme : industrie, technologie, recherche, investissement, formation, dialogue social.

 

 

 
Réformer l'Etat, c'est d'abord simplifier la loi et mettre un coup d'arrêt à la furia réglementaire.

Réformer l'Etat, c'est d'abord simplifier la loi et mettre un coup d'arrêt à la furia réglementaire. J'inviterai le Parlement à réunir des commissions de réforme, pour clarifier les usines à gaz que nous avons laissé construire, dans le domaine de la fiscalité, de l'urbanisme, de l'emploi, de la Sécurité Sociale. Assez de cette paperasserie écrasante !

En matière de décentralisation, je ne crains pas la concurrence des démagogues. Je suis un décentralisateur et je poursuivrai, après la réussite de la loi du 12 juillet 1999 sur l'intercommunalité, les réformes dont notre pays a besoin pour stimuler les initiatives. Décentralisons, non contre l'Etat, mais pour les citoyens ! La décentralisation, oui, et dans la République ! La commission Mauroy, qui réunissait des élus de toutes les sensibilités, a fait des propositions : je m'en inspirerai directement.

Dès le mois de mai, le ministre de la Recherche se verra confier le soin de rédiger une grande loi de programmation pour les années 2003 - 2007, portant à 3% la part de la recherche et du développement technologique dans le P.I.B.

Dans le domaine de la culture, l'échange fraternel avec les cultures du monde francophone, hispanophone, lusophone, traduira la réorientation de notre politique vers le Sud ; le service public à la télévision aura les moyens de faire vivre son originalité, parce que son financement aura été modifié et délié des contraintes abusives de l'audimat.

 
   
Le libre échange n'est pas une solution pour l'agriculture ni en France ni ailleurs dans le monde.

Je me battrai bec et ongles pour que les acquis de la politique agricole commune ne soient pas bradés comme ils l'ont été à Doha par le couple exécutif ; pour encourager l'installation de nouveaux paysans il faut maintenir des prix rémunérateurs déconnectés des prix mondiaux et attribuer des aides directes substantielles correspondant au rôle indispensable que jouent nos paysans : qualité de l'alimentation, sécurité sanitaire, préservation des terroirs et des paysages, valorisation des espaces ruraux. Le libre échange n'est pas une solution pour l'agriculture ni en France ni ailleurs dans le monde.

L'aménagement du territoire national sera repris afin de mieux valoriser nos atouts dans l'espace européen et de mieux garantir l'égalité entre les régions.

Enfin, la France reprendra le chemin de la grande puissance politique qu'elle doit demeurer.

L'Europe sera clairement à mes yeux le complément de l'action des nations ; elle ne s'y substituera pas. Respectant la totalité des traités qui engagent la France, je veillerai à ce que notre engagement européen soit compatible avec les exigences de la démocratie et de la République. Je proposerai à nos partenaires un ensemble de réformes qui feront l'objet d'un mémorandum :
- étendre le droit de proposition au Conseil ;
- rendre publiques les délibérations et les votes au sein du Conseil ;
- réduire le champ des directives communautaires ;
- créer au Parlement européen une deuxième chambre représentative des parlements nationaux;
- réformer la politique de la concurrence ;
- modifier les statuts de la banque centrale européenne et faire du Conseil le lieu du pilotage de la politique économique ;
- développer et simplifier encore la procédure des coopérations renforcées pour construire une Europe des projets, respectueuse des nations.

J'engagerai avec les dirigeants allemands le dialogue politique nécessaire qui sera l'âme de la politique européenne, avec la volonté d'aboutir à la conclusion d'un nouveau traité de l'Elysée. Je chercherai parallèlement à resserrer la coopération avec les pays de l'Europe du Sud, au premier chef l'Espagne et l'Italie.

Avec la Grande-Bretagne j'essaierai de faire revivre une cordiale entente sur ce qui nous importe au premier chef : la préservation de la démocratie.

 
   
Tourner l'Europe vers le Sud et vers la Méditerranée est une nécessité vitale.

Tourner l'Europe vers le Sud et vers la Méditerranée est une nécessité vitale. Le processus de Barcelone doit être revivifié et je proposerai des initiatives nouvelles en faveur d'un co-développement en Méditerranée, et d'abord vers les pays du Maghreb, dès avant le sommet de Valence en avril 2002. Faire reculer la misère, terreau de l'intégrisme, est un devoir commun. Prendre des responsabilités communes en faveur d'une paix juste et durable au Proche-Orient est à notre portée ; il faut rompre l'engrenage sans fin de la violence et soutenir avec énergie un processus politique qui garantisse un Etat palestinien viable, et la paix pour Israël dans des frontières sûres et reconnues par tous. Je ne souhaite rien tant que d'investir la confiance que j'ai acquise dans cette région du monde, au service du dialogue politique que rien jamais ne remplacera pour installer une paix durable de la Méditerranée au Golfe, dans le respect de l'identité, de la dignité et du droit à la sécurité de chaque peuple.

Je ferai entendre la voix de la France dans les relations internationales, voix de raison, voix de justice : relèvement de l'aide publique, effacement de la dette des pays les plus pauvres, accords de co-développement en direction des pays du Sud : là aussi, la République se dressera contre la loi de la jungle.

Seule cette vision à long terme, qu'on l'appelle dialogue des cultures, politique de civilisation ou encore écologie de l'Humanité, préservera notre pays des périls que la situation internationale fait peser sur la sécurité de la France et des Français. Les attentats du 11 septembre ont mis en lumière l'incohérence ou l'inconséquence des politiques qui ont laissé se développer, voire encourager, le fanatisme puis le terrorisme. Notre solidarité avec la démocratie américaine face aux attentats dont elle a été l'objet est naturelle. Je veillerai à l'inscrire dans une entreprise plus vaste visant à assécher le terreau sur lequel le terrorisme intégriste a pu prospérer. On ne négocie pas avec le terrorisme ; on le combat. Les moyens du renseignement, la lutte contre l'argent sale, les privilèges des paradis fiscaux ou le secret bancaire seront nos armes. Au-delà, la France aura à soutenir les choix de progrès dans le monde arabo-musulman pour l'aider à entrer dignement dans la modernité. Au scénario absurde du choc des civilisations, engrenage terrible de haines et de violences, la France opposera sa pratique séculaire du dialogue fraternel des civilisations et des hommes. Ce sera aussi, soit dit en passant, le meilleur moyen de garantir la sécurité de la France et celle des Français.

 
   
Oui, la France et son message sont plus que jamais nécessaires !

Oui, la France et son message sont plus que jamais nécessaires ! Assez de campagnes de repentance. Assez de cette honte de soi qui paralyse au lieu d'appeler à mieux faire !

J'ai confiance en la France. Je rappellerai sans cesse à notre pays ce qu'il est, d'où il vient, où il va. Ceux qui entretiennent le projet de la dissoudre en la ravalant au rang de province dans un Super Etat bureaucratique n'ont pas le courage d'exposer leur véritable projet à nos concitoyens. Il est indicible et avance de biais.

Si demain, mes concitoyens m'investissent de la charge de les représenter, la France, je vous l'assure, ne disparaîtra pas. La France est plus que jamais nécessaire. Non seulement, elle est pour nous-mêmes la garantie de nos droits et de notre avenir mais elle l'est aussi pour le monde, parce qu'elle porte depuis deux siècles les valeurs de citoyenneté, de laïcité, d'égalité, parce qu'elle incarne aussi une conception politique du vivre ensemble qui seule permet de surmonter les identités agressives, les confrontations ethniques ou confessionnelles. Il faut que chacun de nos concitoyens retrouve cette élémentaire confiance en la France sans laquelle nous ne pourrions relever les défis qui nous attendent.

 
   
Face à nous se dressent les Bastilles du conformisme.

Face à nous se dressent les Bastilles du conformisme. Me voyant ébranler le monopole qu'elles exercent, soyons sûrs qu'elles ne ménageront pas leurs coups. Faute de décocher directement leurs flèches, Lionel Jospin et Jacques Chirac ne manquent pas d'archers supplétifs. Les rabatteurs de voix rivalisent d'ardeur pour complaire à leurs mentors respectifs. Eux aussi voudraient bien éteindre le débat public, pour ramener les citoyens à choisir l'un des deux royaumes prébendiers dont ils attendent le gîte et le couvert. " Le collier dont je suis attaché de ce que vous voyez est peut être la cause ", dirait le bon La Fontaine. Robert Hue comme Noël Mamère se sont mis dans la roue de Lionel Jospin. Alain Madelin et François Bayrou dans celle de Jacques Chirac, et Christian Poncelet voudrait aussi y mettre Charles Pasqua.

L'élection présidentielle n'est pas le premier tour des élections législatives. D'un côté Messieurs Madelin et Bayrou sont priés de baisser d'un ton, par leurs propres amis de Démocratie Libérale et de l'UDF qui jouent la carte Chirac pour mieux assurer leurs sièges. De l'autre côté le PS maintient Robert Hue sous tente à oxygène et tente par une culture hors sol de faire éclore partout des députés Verts. Quel triste spectacle que le partage hypothétique de marocains ministériels entre les leaders chiraquiens ! Combien consternants dans ce qui reste de la majorité plurielle les marchandages incessants pour trouver un point de chute à Dominique Voynet ou freiner la chute de Robert Hue.

Dites le à ceux que vous rencontrerez demain : voter Mamère ou Hue, c'est voter Jospin. Voter Madelin ou Bayrou, c'est voter Chirac. Voter Laguiller ou Le Pen, c'est gaspiller sa voix. Si vous en avez assez des deux frères siamois et de leurs rabatteurs, votez Chevènement. En votant Chevènement vous voterez pour la République, vous voterez pour la France !

 
   
Je ne suis pas l'homme d'un clan. Je ne suis pas un homme isolé mais je suis un homme libre et vous avez répondu à mon appel.

Je suis le seul en effet à pouvoir ébranler les colonnes de ce temple parce que je suis le seul à disposer d'une vraie capacité de rassemblement.

Je ne suis pas l'homme d'un clan. Je ne suis pas un homme isolé mais je suis un homme libre et vous avez répondu à mon appel. Je m'efforcerai d'être l'homme de la nation, en charge d'en donner le sens, et d'éclairer la politique du pays. Je m'efforcerai de revenir à l'esprit initial de la Vème République. Je ne chercherai pas à instaurer une présidence absolue.

Pour gouverner, je ferai appel aux meilleurs, sans sectarisme. Il existe dans tous les partis démocratiques des hommes et des femmes de qualité, inspirés par l'exigence de l'intérêt général, qui seront fiers de servir non un parti mais leur pays.

N'étant inféodé à aucun des grands appareils de pouvoir qui quadrillent le paysage politique, je ferai en sorte de trouver dans la nouvelle Assemblée Nationale une majorité capable de soutenir mes options. Le rassemblement républicain que nous constituons à présent devra donc se mettre en mesure de livrer bataille, proposant aux Français de constituer le pôle stable d'une majorité ouverte, et réellement innovante.

La confiance que j'ai dans le peuple français me donne la force de regarder l'avenir sans ciller. Les partis établis pourront se coaliser, l'inertie des habitudes aidant, rien n'empêchera la prise de conscience de nos concitoyens.

Ceux qui annonçaient que ma candidature d'automne s'effacerait aux premiers frimas en sont aujourd'hui pour leurs frais !

 
 
Alors nous commencerons le XXIème siècle non pas avec un nouveau replâtrage de l'Etat RPR ou de l'Etat PS mais avec une République refondée, une République qui sera, demain comme hier, la force de la France.
Au contraire, c'est l'offensive d'hiver que je lance ! J'étais cette semaine à Toulouse, à Bayonne et à Pau. Je serai lundi à Dakar, où j'évoquerai le lien à revivifier entre la France et l'Afrique, alors que ni le Président de la République ni le Premier Ministre n'ont trouvé le temps d'assister aux obsèques du premier Président du Sénégal, du poète, et fondateur de la francophonie, Léopold Sedar Senghor. Je serai jeudi à Besançon avant de partir pour le Forum social mondial de Porto Alegre et pour nos départements d'Amérique. En février, je m'adresserai particulièrement aux femmes et aux jeunes. Je préciserai aussi ma vision de l'Europe. Partout, je ferai en sorte que la campagne présidentielle soit une heure de vérité et ne soit pas confisquée par la bien-pensance interchangeable des deux sortants.

Chacune et chacun d'entre vous, avez un rôle stratégique pour faire connaître mes propositions, fédérer des énergies, ouvrir à tous ceux qui le souhaitent les portes du pôle républicain. Celui-ci doit se constituer dans le dialogue, le respect mutuel et l'enthousiasme partagé dans chaque département. Un passeport de droite ou de gauche n'est pas le critère de sélection, encore moins de promotion. Seul le passeport républicain est exigé à l'entrée ! Que chacun apporte le meilleur de lui-même pour ouvrir les portes de l'avenir : Le reste viendra par surcroît !

Ensemble nous pouvons créer l'événement, faire bouger les lignes, remettre en cause le scénario écrit d'avance d'un deuxième tour Chirac/Jospin, véritable archaïsme puisqu'il date du siècle dernier. C'est cela seul qui importe.

Pour cela, je compte sur chacun d'entre vous.

J'ai besoin de vous, de votre mobilisation entière et déterminée pour faire connaître à nos concitoyens ce que sont mes propositions, pour leur montrer la chance de renouvellement que ma victoire offrirait au pays et à sa jeunesse.

Tout dépend de vous, il faut se battre commune par commune, département par département, nous devons toucher toutes les catégories : les jeunes, les femmes, les ouvriers. Mobilisons-nous, mobilisons-nous pour une République moderne qui relance vigoureusement notre pays vers l'avenir, face aux deux candidats du déclin de la France, bientôt lanterne rouge de l'Europe si on les laisse continuer.

Très bientôt, si nous travaillons bien, le système entrera en turbulence. Au fur et à mesure que le chef du RPR et le chef du PS s'approcheront de l'arène, ils descendront une à une les marches des sondages. Alors une évidence simple viendra à l'esprit de beaucoup de nos compatriotes : Jean-Pierre Chevènement est seul en mesure de sortir le pays de l'alternance du pareil au même. Avec la confiance du peuple, cet élan me conduira au second tour. Il me conduira le 5 mai, si vous ne ménagez pas vos efforts, si vous percevez la chance exceptionnelle qui est devant nous, jusqu'à la victoire !

Alors s'ouvriront les portes d'un avenir plus digne. Cela en vaut la peine !

Alors nous commencerons le XXIème siècle non pas avec un nouveau replâtrage de l'Etat RPR ou de l'Etat PS mais avec une République refondée, une République qui sera, demain comme hier, la force de la France.