Cette diversité et cette unité font notre
force. |
Je suis fier de cette diversité
de sensibilités, mais je sais aussi que l'exigence républicaine
et le vrai patriotisme qui nous réunissent sont plus forts que
nos différences, en elles-mêmes parfaitement légitimes,
et que je respecte, comme je respecte le parcours de chacun. Cette diversité
et cette unité font notre force.
Certains raillent un rassemblement hétéroclite,
" une auberge espagnole " disent-ils. Mais à quoi ressemblait
la France libre à ses débuts, pour ses contempteurs, sinon
à une auberge espagnole ? Et toutes les formules d'union républicaine,
de Waldeck Rousseau aux gouvernements de la Libération, sans
parler du gouvernement de Pierre Mendès France ou du premier
gouvernement formé par le général De Gaulle en
1958 : tous rassemblaient des sensibilités très différentes
et tous ont fait de grandes choses.
Nos adversaires seront surpris le 19 janvier prochain
à la réunion de nos comités de soutien à
la Défense de voir surgir un pôle républicain à
la fois structuré et ouvert.
|
je souhaite que notre pays retrouve le chemin de la
grandeur qui est toujours -d'abord- une grandeur morale : recherche de
la vérité et de la justice, adéquation des paroles
et des actes |
I - Non à une campagne écourtée
!
Que le débat commence !
Me tournant vers vous, je m'adresse aussi aux Français
pour leur souhaiter beaucoup de discernement et de courage en 2002,
pour que cette année soit une année de renouvellement
de la France. Qu'elle puisse relever les défis qui sont devant
elle : le risque de la récession bien sûr avec la remontée
du chômage et le creusement des inégalités, mais
aussi les risques de l'insécurité à l'intérieur
et à l'extérieur, dans un monde dangereux. Pour cela je
souhaite que notre pays retrouve le chemin de la grandeur qui est toujours
-d'abord- une grandeur morale : recherche de la vérité
et de la justice, adéquation des paroles et des actes.
Tout est fait bien naturellement dans le système
du pareil au même pour occulter le fait que je suis le seul candidat
d'alternative véritable. Non seulement parce que je suis le troisième
dans les sondages mais parce que, à la différence de ceux
qui prétendent me rattraper, j'ai une très forte capacité
de rassemblement qu'ils n'ont absolument pas.
|
le besoin de sens et l'ardent désir de renouvellement
qui monte de notre pays |
Le système du pareil au même veut enfermer
les Français dans un choix binaire : Chirac-Jospin, Jospin-Chirac,
qui n'est qu'une fausse fenêtre et qui n'ouvre que sur de faux
débats.
La pensée unique veut occulter ma percée,
en se berçant de l'idée que Jean-Pierre Chevènement
n'aurait été qu'un " candidat d'automne ".
Nos piètres penseurs prennent leurs désirs pour des
réalités. Ils sous-estiment le rejet des candidats sortants,
le besoin de sens et l'ardent désir de renouvellement qui monte
de notre pays.
Les candidats sortants veulent faire une campagne courte
pour priver les citoyens du débat de fond auquel ils ont droit
sur les orientations fondamentales de la politique du pays. Les deux
sortants entendent confisquer et confisquent d'ailleurs l'essentiel
de l'espace médiatique parce qu'ils entendent bien continuer
à confisquer la démocratie. La campagne présidentielle
appartient aux citoyens.
Or, en voulant l'écourter, le Janus exécutif
sortant veut, en fait, la faire sans eux. Même courte, la campagne
des sortants s'annonce détestable : du mauvais théâtre
et des coups bas. Des mots et des affaires.
Ce serait indigne de l'attente des citoyens et inacceptable,
compte tenu de la situation gravissime du pays qu'on lui cache obstinément.
|
Je souhaite qu'en 2002 notre pays choisisse une rupture
radicale avec le système du pareil au même, avec la pensée
unique qui imprègne les deux partis qui se partagent le pouvoir
|
Combien a contrasté, en revanche, ma campagne,
menée sur le fond des choses, et précisément
sur les dix orientations pour redresser la République que j'ai
présentées dans mon discours de Vincennes le 9 septembre
dernier !
Quelles que soient les immenses difficultés que
je rencontre et qui iront croissant, les résistances opposées
par les " Royaumes prébendiers ", les attaques et
les insinuations des " tontons-flingueurs " de service,
je continuerai à porter le débat dans le pays à
la rencontre des citoyens.
Je serai à Toulouse le 14 janvier pour parler
de l'industrie et de l'environnement, le 16 à Bayonne et à
Pau pour parler de la République, et pour traiter des problèmes
du commerce, de l'artisanat et des petites et moyennes entreprises.
Le 22 je serai à Dakar pour parler de l'Afrique.
Et le 24 janvier à Besançon, je traiterai de l'égalité
hommes-femmes, de la jeunesse, des retraites, de la nécessaire
solidarité des générations et de notre politique
familiale.
Je m'envolerai ensuite pour le Forum social mondial
de Porto Allegre, comme je l'ai déjà fait l'an dernier,
pour participer au débat nécessaire sur la manière
dont il faut dominer la mondialisation. Car le mouvement anti-mondialisation
a avant tout besoin d'approfondir sa réflexion pour se doter
des outils théoriques et des moyens politiques de ses ambitions
de justice et de démocratie qu'il affirme.
Notre pays est confronté à de graves problèmes
: insécurité - risque de terrorisme et de déstabilisation
dans le monde arabo-musulman, grosse de risques pour la sécurité
des Français - récession, remontée du chômage
- délocalisation de nos industries - injustices sociales -
avenir de nos retraites et de notre système de protection sociale
- fuite en avant dans une Europe à la fois libérale
et bureaucratique.
Ce sont ces problèmes concrets dont il est temps
que nos concitoyens soient saisis.
|
Aucune des décisions majeures que le gouvernement
de la France a été amené à prendre depuis
cinq ans -et à tout bien penser, au moins depuis le traité
de Maastricht- ne les a jamais séparés. |
Je souhaite qu'en 2002 notre pays choisisse une rupture
radicale avec le système du pareil au même, avec la pensée
unique qui imprègne les deux partis qui se partagent le pouvoir
et qui en réalité n'en forment qu'un seul, que j'appelle
parti unique, Président Jacques Chirac, Secrétaire général
Lionel Jospin. Certes, ce sont l'un et l'autre d'immenses tacticiens,
mais sur l'essentiel, les choix du RPR et les choix du PS sont convergents.
Ils acquiescent à la dure loi de la mondialisation
libérale, celle du capitalisme patrimonial selon Alain Minc,
à la dictature des actionnaires, aux plans sociaux et à
la délocalisation de nos industries.
Ils prônent ensemble une Constitution européenne
sans nous dire ce que deviendra la Constitution française et
par conséquent la démocratie. Pour cela, Jacques Chirac
et Lionel Jospin ont désigné ensemble le même
sherpa : Valéry Giscard d'Estaing, désormais au pied
de l'Himalaya.
Les candidats sortants déconstruisent ensemble
l'Etat républicain. Ils effacent les repères. A l'extérieur
ils ont mis la France en roue libre, aux abonnés absents. Il
leur arrive de le dire eux-mêmes : il n'y a pas, entre eux,
" l'épaisseur d'une virgule ". Ils travaillent la
main dans la main, quand ce n'est pas la main sur l'épaule,
instant fugitif saisi par le talent d'un photographe, mais qui en
dit plus long que bien des discours.
Aucune des décisions majeures que le gouvernement
de la France a été amené à prendre depuis
cinq ans -et à tout bien penser, au moins depuis le traité
de Maastricht- ne les a jamais séparés. Le vide désolant
d'une vision sans perspective les rend de plus en plus interchangeables.
Entre celui qui s'est empressé d'oublier la fracture sociale
derrière lui et celui qui laisse alourdir la facture sociale
devant lui, la différence de fond est de l'ordre du courant
d'air. La gauche et la droite ne peuvent retrouver leur sens dans
l'esprit des Français et avec lui le débat politique
que dans une reprise de possession collective de la République,
c'est-à-dire de la conscience du bien commun, de l'intérêt
général et de la responsabilité partagée
des citoyens pour en débattre et en décider. Je m'efforcerai
de faire en sorte que la campagne présidentielle soit une heure
de vérité : c'est le sens d'une campagne que je compte
bien mener à la victoire. Ma candidature, qui suscitait l'ironie
il y a quatre mois, donne aujourd'hui aux Français l'occasion
d'un vrai choix et non pas d'un choix du pareil au même.
|
l'explosion des revendications catégorielles
traduit une profonde carence de l'Etat qui semble désormais incapable
d'anticiper, de préparer le long terme et de faire régner
une justice sociale élémentaire |
II - Relever l'Etat républicain.
A) Le retour de la République.
Depuis que j'ai annoncé ma candidature le 4 septembre
dernier, un spectre hante la vie politique française, c'est le
spectre de la République. Il tourmente les deux candidats sortants
au point que, déjà, la République est devenue le
" mot-valise " de la campagne.
Devant le Congrès de l'AMF ou dans ses vux,
le Chef de l'Etat ne cesse d'évoquer la nécessité
d'un Etat fort, l'intérêt général, la règle
et l'idéal républicain.
Le Parti Socialiste veut, dit-il, " démocratiser
la République " alors que notre démocratie souffre
surtout, selon moi, d'une absence de République et d'abord du
sens républicain de l'Etat chez les dirigeants, et par ailleurs
d'une grave crise de la citoyenneté.
Ainsi l'explosion des revendications catégorielles
traduit-elle une profonde carence de l'Etat qui semble désormais
incapable d'anticiper, de préparer le long terme et de faire
régner une justice sociale élémentaire.
Souvenez-vous : Tout a commencé avec les infirmières
parce que les 35 heures ne devaient pas, aux yeux du gouvernement, entraîner
de créations d'emplois dans la Fonction Publique.
Les policiers ont suivi parce qu'aucune loi de programmation
n'avait prévu, comme je l'avais en vain demandé en 1999,
d'accompagner la généralisation de la police de proximité,
réforme utile et nécessaire, par la création étalée
dans le temps d'emplois de gardiens de la paix.
Puis ce fut le tour des gendarmes qu'on avait oubliés
en chemin, avant qu'on entende le Chef d'Etat Major des Armées
revendiquer, à juste titre, un effort pour les autres militaires.
Un grave désordre s'est ainsi installé dans l'Etat.
Enfin, vinrent les médecins dont les tarifs, comme
je l'avais dénoncé à Lyon en septembre dernier,
avaient été trop longtemps bloqués. Ces désordres
sont le fruit du délitement de l'Etat républicain. Il
faut le relever.
|
Plus de politique pénale avec l'indépendance
des Parquets ! Jacques Chirac l'a proposé. Lionel Jospin l'a fait. |
Parce que j'ai conquis, depuis trois mois, sans contestation
possible, la position du seul candidat capable de proposer une alternative
et d'inquiéter à la fois Jacques Chirac et Lionel Jospin,
ils vont donc tous les deux, dans les semaines qui viennent, jouer
à " Plus républicain que moi tu meurs ! ".
Je ne doute pas que les Français préfèreront
l'original à la copie parce que j'ai su rompre, quand il le
fallait, avec le parti unique . Ils savent bien que l'insécurité
procède à la fois de la démagogie de la droite
et de l'angélisme de la gauche. Plus de politique pénale
avec l'indépendance des Parquets ! Jacques Chirac l'a proposé.
Lionel Jospin l'a fait. Ensemble, ils avaient juré, à
Paris et à Ajaccio de " faire appliquer la loi républicaine,
en Corse comme ailleurs sur le territoire national ". " Une
loi, un droit ". Et comment donc la dévolution du pouvoir
législatif à la Corse aurait-elle pu être engagée
sans l'accord implicite du Chef de l'Etat ?
C'est ensemble qu'à Doha ils ont donné
le feu vert à un nouveau pas dans la voie d'un libre-échangisme
biaisé par les distorsions monétaires, sociales et environnementales,
sacrifiant les intérêts de notre agriculture et de ce
qui nous reste d'industries textiles.
|
Depuis 1983, la politique industrielle nationale a été
laissée en jachère. |
B) Face à la mondialisation.
En France, plus encore qu'ailleurs en Europe nous assistons
à une désindustrialisation accélérée
: notre industrie électronique -Philips, Alcatel- déménage.
Bientôt ce sera le tour de l'industrie chimique si AZF-Toulouse
fait école.
Nos grands groupes sont dans la main des fonds de pension
anglo-saxons. Nos PME sont rachetées l'une après l'autre,
transformées en comptoirs commerciaux ou tout simplement fermées.
Des industries rentables disparaissent, comme Moulinex, parce qu'elles
ne le sont pas assez au yeux de leurs actionnaires. La plus grande
usine française de mécanique, celle de Belfort, est
découpée au chalumeau : nos alternateurs électriques
seront désormais fabriqués en Suisse et en Allemagne.
Depuis 1983, la politique industrielle nationale a été
laissée en jachère. En vain ai-je pu dire à cette
époque qu'il n'y avait pas de vieille industrie mais seulement
des technologies dépassées. Après le tissu industriel,
ce sera le tour des services, les logiciels par exemple. Aucune politique
industrielle n'a pris le relais au niveau européen comme l'a
montré l'opposition de la Commission à la fusion Schneider-Legrand.
|
retrouver le courage de décider en fonction du
seul intérêt public et non pas au service des grands intérêts
financiers ou de tel ou tel corporatisme |
On ne s'en tirera pas par une indignation factice contre
les dirigeants de Michelin, mais par une politique de développement
technologique et par une nouvelle alliance entre un Etat réformé,
des entreprises citoyennes, qui se souviennent qu'elles appartiennent
à la " Maison France " et un monde du travail "
conscientisé ", motivé et intéressé
au développement. On ne s'en tirera pas sans revaloriser le travail,
à la fois sa rémunération et la considération
qui lui est due.
Les Français n'attendent plus de l'Etat qu'il intervienne
partout mais qu'il joue son rôle d'acteur stratégique pour
préparer l'avenir et notamment pour garantir les retraites et
notre système de protection sociale.
Dans tous les domaines il faudra retrouver le courage
de décider en fonction du seul intérêt public et
non pas au service des grands intérêts financiers ou de
tel ou tel corporatisme. On ne fera pas l'économie de la fermeté
en matière de sécurité, ni celle de l'effort en
matière économique, ni celle de la justice en matière
sociale.
|
C'est une grave blessure infligée à la
démocratie que de confier le soin de gérer ce ressort essentiel
de l'activité sociale qu'est la monnaie, à une Banque Centrale
Européenne indépendante du suffrage universel, et donc hors
du contrôle des citoyens. |
III - L'avenir de l'euro.
La célébration de l'arrivée de l'euro
-Jacques Chirac et Lionel Jospin agenouillés devant le nouveau
Veau d'Or- dissimule aux Français qu'on les convie aujourd'hui
à enterrer un mort dont le décès est survenu il
y a deux ans déjà. Depuis le 1er janvier 1999 le franc
n'était déjà plus qu'une subdivision de l'euro.
Le mérite de la réussite technique de la conversion des
billets et des pièces en euros revient d'abord aux transporteurs
de fonds, aux forces de sécurité, aux employés
de banque et aux commerçants dont je demande à nouveau
qu'ils bénéficient d'une déduction de mille euros
sur leur TVA pour les dédommager du surcroît du travail
qu'ils ont dû assurer.
Mais la réussite technique d'un projet ne valide
pas celui-ci au fond. Le pont de la rivière Kwaï était
une réussite technique. Je ne m'attarderai pas sur le dérapage
des prix -+ 7 % sur la baguette de campagne : 0,90 euro, soit 5,9 Francs
au lieu de 5 Francs, ou sur le prix du stationnement + 30 % : 1 euro
pour une heure, soit 6,56 Francs au lieu de 5 Francs. Non, j'irai à
l'essentiel : l'avenir de l'euro se jouera sur sa capacité ou
non à aider l'Europe à conjurer la récession et
à plus long terme à sortir de la croissance lente qu'elle
connaît depuis 1991, en tout cas par rapport aux Etats-Unis et
même au reste du monde. Cela dépendra des taux d'intérêt
aujourd'hui plus élevés qu'aux Etats-Unis de 1,5 % et
de la politique de change dont on sait qu'elle reflète en réalité
les choix des autorités américaines.
C'est une grave blessure infligée à la démocratie
que de confier le soin de gérer ce ressort essentiel de l'activité
sociale qu'est la monnaie, à une Banque Centrale Européenne
indépendante du suffrage universel, et donc hors du contrôle
des citoyens. Au point où nous sommes engagés, il ne suffit
pas de dire : le vin est tiré, il faut le boire ! Il faut rendre
à la politique son dû, et donc donner aux gouvernements
qui, eux, sont responsables devant leurs électeurs les mêmes
moyens d'intervenir sur les décisions de la Banque Centrale Européenne
que ceux dont le Trésor américain dispose à l'égard
du Federal Reserve Board. C'est à cette réforme que je
consacrerai mes efforts pour que la Banque Centrale serve la croissance
et l'emploi.
Sans doute cette réforme des traités ne
mettra pas les pays de la zone euro à l'abri des tensions entre
des économies et des structures sociales aussi différentes
les unes des autres que celles des pays membres. Mais la repolitisation,
pour ainsi dire, de la politique monétaire de l'Union permettra
au moins à la voix des peuples, par l'intermédiaire de
leurs gouvernements élus, de se faire entendre dans le concert
des oligarchies financières
|
La France n'a pas aujourd'hui de politique européenne. |
Ne nous laissons pas endormir par un confort illusoire.
Ne confondons pas l'euro qui n'est qu'un moyen avec un objectif. L'Europe,
tragiquement absente dans la vie internationale et dans ce monde dangereux
pour notre sécurité, est une tâche devant laquelle
je ne rechigne pas car sur le fond je me sens plus européen
que les européistes.
a) La France n'a pas aujourd'hui de politique européenne.
La fuite en avant dans la rhétorique lui en tient lieu.
b) La politique européenne que je propose doit donner une vraie
consistance politique aux institutions de l'Union européenne.
Elle doit permettre à l'Histoire de l'Europe de rejoindre sa
géographie, sans que cet élargissement ne re-divise
un continent réuni depuis la fin de la guerre froide.
c) Il faut donner le droit d'initiative, actuellement monopolisé
par la Commission aux gouvernements de l'Union. Fonder la démocratie
sur les nations sans cesser d'affirmer l'existence d'un intérêt
général européen.
d) Il faut rendre publiques les délibérations du Conseil
européen pour construire un espace public de débat commun.
e) Il faut privilégier les coopérations renforcées,
en matière monétaire, de développement technologique
ou d'ouverture vers le Sud, le Maghreb et l'Afrique notamment.
f) L'idée d'une Europe européenne, associant son Est
et son Sud, est l'occasion de refonder un partenariat stratégique
franco-allemand dans le XXIème siècle.
|
Le tropisme de l'Europe vers l'Est doit être rééquilibré
par un investissement massif vers le Sud. |
IV - L'ouverture vers le Sud.
Je dirai quelques mots sur le monde dangereux dans lequel
nous vivons. La lutte contre le terrorisme est une affaire de longue
haleine. Elle doit être menée sans concession ni pour
le terrorisme ni pour les causes du terrorisme. Je souhaite que les
Etats-Unis en 2002 soient capables de prendre les mesures nécessaires
pour assurer la transparence des circuits financiers dont l'opacité
favorise le terrorisme et la criminalité organisée.
Je souhaite aussi qu'ils prennent le moyen d'assécher
le terreau de l'injustice sur lequel a pu prospérer le terrorisme.
Je souhaite que 2002 voie la création d'un Etat palestinien
viable, seule garantie de la sécurité à laquelle
Israël a droit, et la levée de l'embargo sur l'Irak, conflits
pendants depuis trop longtemps, qui blessent l'âme musulmane
à juste titre et qui devraient blesser la conscience humaine
tout entière.
Je viens d'achever une tournée des capitales
du Maghreb. Par ce voyage j'entends signifier une claire volonté
de réorienter notre politique étrangère vers
le Sud et d'abord vers notre Sud le plus proche. Le processus de Barcelone
est en panne. A peine le tiers des crédits, d'ailleurs insuffisants,
prévus en 1995 a été engagé. Une association
de libre échange débouche sur un échange inégal
gros de déstabilisations futures. Il est absolument impératif
d'ouvrir l'Europe qui s'élargit à l'Est vers le Sud
pour que ces pays ne chavirent pas dans une régression intégriste
qui serait une catastrophe pour eux mais également pour nous.
Pour la France mais aussi pour l'Europe méditerranéenne,
il y a là un intérêt vital. Le tropisme de l'Europe
vers l'Est doit être rééquilibré par un
investissement massif vers le Sud. C'est le rôle de la France.
Ainsi nous pourrons donner un contenu concret à l'idée
du dialogue des civilisations et éviter que demain la Méditerranée
ne devienne un fossé.
|
La France connaît le monde arabo-musulman depuis
des siècles. Elle a donc un rôle naturel de médiation
à jouer pour servir les intérêts de la paix. |
Les pays du Sud ont moins besoin de procureurs que de
compréhension et de solidarité. Comme le disait déjà
Jacques Berque " Nous sommes en présence de sociétés
qui sont moins sous-développées que sous-analysées.
"
Ajouterai-je que là est aussi l'intérêt
de la France ? Je sais évidemment que peu désormais
raisonnent à cette aune.
Les temps sont pourtant mûrs pourtant pour que
la France à nouveau fasse entendre une voix de raison et de
justice. Le général de Gaulle savait par des analyses
profondes et justes poser des actes politiques majeurs : je pense
au discours de Phnom Penh en 1966 mettant en garde les Etats-Unis
contre le risque de l'enlisement au VietNam.
La France connaît le monde arabo-musulman depuis
des siècles. Elle a donc un rôle naturel de médiation
à jouer pour servir les intérêts de la paix. Il
en va aussi de la sécurité de la France et de la sécurité
des Français.
|
fin d'une décennie d'illusions où le Nord
croyait pouvoir ignorer le Sud |
V - La campagne.
A) Le contexte : une fin de cycle.
Nous sommes à la fin d'un cycle historique et
politique.
Fin du cycle diplomatique, fin d'une décennie
d'illusions où le Nord croyait pouvoir ignorer le Sud ; après
les attentats du 11 septembre qui nous obligent à penser l'avenir
autrement.
Fin d'un cycle économique avec l'éclatement
de la bulle financière il y a un an et la récession aux
Etats-Unis, au Japon et en Allemagne.
Fin du cycle idéologique : épuisement de
la thématique libéral-libertaire, dominante depuis plus
de trente ans et besoin d'un ressourcement dans les valeurs et les principes
de la République.
Fin d'un cycle politique : la bipolarité a perdu
le sens qu'elle avait il y a vingt ou trente ans. Un système
binaire appauvrissant pour le débat ne permet pas de dissimuler
l'ère du vide : le Parti Socialiste est redevenu un parti de
système récitant des patenôtres et dont le programme
ressemble toujours à un couteau sans manche auquel il manque
la lame. Quant à Jacques Chirac, il est enfin parvenu à
liquider le gaullisme, en le dissolvant dans un parti de droite acquis
à une mondialisation sans règle qui méconnaît
profondément les intérêts de la nation.
|
Oui, je suis le meilleur candidat anti-Chirac. |
B) Le débat au fond.
J'ai conquis, en quatre mois, autour des " dix
propositions fondamentales pour relever la République "
que j'ai avancées à Vincennes, et comme je l'avais prévu,
cet espace stratégique à partir duquel la victoire est
devenue possible. La recette de cette percée n'est pas mystérieuse.
Je la confie à M. Bayrou : il faut avoir un message tout simplement.
Ne pas se contenter de disputer à Jacques Chirac et à
Lionel Jospin la paternité de la monnaie unique.
C'est la voie d'une refondation républicaine
que je propose aux Français : la France ne doit pas disparaître
avec le franc. Elle a encore un grand rôle à jouer. Le
message de la citoyenneté n'est pas désuet.
La République reste une idée neuve, en
France, en Europe, et dans le monde. L'avenir n'est pas, comme le
proposent les sociaux-libéraux, dans la renonciation à
l'effort, dans l'assistanat généralisé, et dans
l'oubli des valeurs républicaines et nationales. Il n'est pas
davantage dans la résignation, commune à la droite et
à la gauche établies, à servir un capitalisme
rentier, oublieux aussi bien des intérêts de la nation
que de ceux du monde du travail.
Funeste est l'erreur de celui qui, il y a à peine
deux ans, prétendait fonder sur une croissance garantie à
perpétuité par les nouvelles technologies le retour
au plein emploi. La remontée du chômage montre qu'il
n'est pas si facile de sceller l'alliance des clases moyennes, des
classes populaires et des exclus à l'ombre du capitalisme patrimonial.
Triste est la promesse reniée de " faire
en tous domaines retour à la République ".
Les Français verront clair : pour battre Jacques
Chirac, fourrier du libéralisme dans le gaullisme, cheval de
Troie de la décomposition sociale, c'est Jean-Pierre Chevènement
qui est le mieux placé. Oui, je suis le meilleur candidat anti-Chirac.
Pour renverser le déclin, il faut un cap et un
capitaine. C'est ce Président que je veux être pour la
France.
|
Comme Mendès France, je leur propose de préparer
les " révolutions légales " nécessaires
à la France. |
En dehors des deux sortants et de
moi-même, seul capable de rassembler largement, il n'y a que deux
catégories de candidats : les trappes à voix et les rabatteurs
de voix.
Trappes à voix : Le Pen et Laguiller. Ils stériliseront
un potentiel de voix qui voudraient le changement et contribueront ainsi
au statu-quo.
Rabatteurs de voix : M. Madelin, ou M. Bayrou qui réclame
de Monsieur Chirac " une alliance sincère ", ou tel
autre que M. Poncelet exhorte publiquement à se porter candidat
pour m'enlever des voix.
Et de l'autre côté le candidat vert, plus
préoccupé par la contestation antinucléaire que
par le beau souci de l'environnement, sans parler du candidat communiste
avant tout soucieux, tout comme Noël Mamère, d'apporter
des voix à Lionel Jospin.
Robert Hue n'est pas à une contradiction près
: dans ses vux du 8 janvier, il flétrit " la pensée
unique et ses dogmes " mais se range dans le système binaire
Chirac-Jospin tout en constatant -je cite- que " pour l'essentiel
les questions demeurent ".
Il prétend peser sur le parti socialiste pour,
sans rire, " mettre un terme à la vague ultralibérale
". Que ne l'a-t-il fait depuis 1997 alors qu'avec trente-quatre
députés, le parti communiste fournissait un appoint indispensable
à l'ex-majorité plurielle ?
Il est dommage que les dirigeants communistes m'aient
laissé seul le soin d'approfondir ce qu'ils appelaient jadis
" l'union du peuple de France ".
Ils ont lâché sur la nation ; puis, forcément,
sur le social ; et, donc immanquablement, sur l'internationalisme. Tant
il est vrai que redonner une voix à la France dans le monde,
est le meilleur service qu'on puisse rendre aux peuples qui, un peu
partout sur la planète, cherchent à se libérer
des injustices.
Evidemment, pour ceux qui croient dur comme fer que nous
sommes entrés dans une nouvelle ère, où "
rien n'est plus comme avant ", tout cela n'est que nostalgie. C'est
ce qu'a insinué à mon endroit Lionel Jospin dans une émission
télévisée.
Alors, laissons parler Jean Jaurès : " Je
trouve médiocres les hommes qui ne savent pas reconnaître
dans le présent la force accumulée des grandeurs du passé
et le gage des grandeurs de l'avenir. " (discours pour la laïque,
janvier 1910).
Notre peuple a faim d'Histoire, c'est-à-dire de
politique. Je souhaite donc aux Français de pouvoir à
nouveau en 2002 faire de la politique dignement. C'est la possibilité
d'une véritable alternative que, seul entre tous, je leur offre.
Il suffit que j'atteigne en mars la barre des 15 % et
que l'un ou l'autre des sortants voire les deux, descendent en-dessous
de la barre des 20%, pour que le système tout entier entre en
turbulence.
Alors les Français auront un véritable choix.
Comme Mendès France, je leur propose de préparer
les " révolutions légales " nécessaires
à la France.
Le 26 avril prochain sera le 1er floreal de l'an 210 de
la République. Ce jour-là il n'y aura pas de prime aux
sortants. La cohabitation les a usés. L'affiche n'est plus attractive.
Même la crise internationale n'a pas profité à Jacques
Chirac.
En votant pour moi les Français voteront contre
l'Etat RPR et contre l'Etat PS. Ils voteront pour un profond renouvellement
de notre démocratie, qu'il s'agisse des hommes ou des idées
: cela va ensemble. Je forme le vu que nous revenions à
une conception saine de la Vème République : non pas une
Présidence absolue mais un Président qui garantisse, en
tous domaines, le retour aux principes et aux valeurs de la République
".
|