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"Je suis le meilleur candidat anti-Chirac"
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Par Jean Pierre Chevènement
Discours du Jeudi 10 janvier 2002

I - Non à une campagne écourtée ! Que le débat commence !
II - Relever l'Etat républicain.
III - L'avenir de l'euro.
IV - L'ouverture vers le Sud.
V - La campagne.

" Je veux d'abord saluer et former des vœux sincères pour 2002 à l'intention des personnalités, ambassadeurs et généraux qui ont accepté de répondre à mon invitation ainsi que les journalistes et personnalités des media venus nombreux. Qu'il me soit permis d'avoir une pensée particulièrement émue pour leurs confrères victimes du devoir d'informer, notamment en Afghanistan.

Vous comprendrez naturellement que je me tourne aussi vers mon équipe et mon cabinet qui, sous l'impulsion de Raphaël Bartolt et Patrick Quinqueton, se dépensent sans compter dans le loft de la Cité Paradis, vers les militants du MDC et vers les membres de mes comités de soutien qui ont fleuri dans tout le pays. A tous je présente mes vœux ardents de combativité pour l'offensive d'hiver que nous allons engager. Je salue particulièrement ceux qui font vivre le pôle républicain qui s'est mis en mouvement autour de ma candidature. Je salue bien évidemment Max Gallo, le Président talentueux de ce rassemblement, mais aussi tous les autres venus de tous les horizons, pour la contribution qu'ils apportent et qu'ils apporteront dans ce combat décisif.

 


Cette diversité et cette unité font notre force.
Je suis fier de cette diversité de sensibilités, mais je sais aussi que l'exigence républicaine et le vrai patriotisme qui nous réunissent sont plus forts que nos différences, en elles-mêmes parfaitement légitimes, et que je respecte, comme je respecte le parcours de chacun. Cette diversité et cette unité font notre force.

Certains raillent un rassemblement hétéroclite, " une auberge espagnole " disent-ils. Mais à quoi ressemblait la France libre à ses débuts, pour ses contempteurs, sinon à une auberge espagnole ? Et toutes les formules d'union républicaine, de Waldeck Rousseau aux gouvernements de la Libération, sans parler du gouvernement de Pierre Mendès France ou du premier gouvernement formé par le général De Gaulle en 1958 : tous rassemblaient des sensibilités très différentes et tous ont fait de grandes choses.

Nos adversaires seront surpris le 19 janvier prochain à la réunion de nos comités de soutien à la Défense de voir surgir un pôle républicain à la fois structuré et ouvert.

je souhaite que notre pays retrouve le chemin de la grandeur qui est toujours -d'abord- une grandeur morale : recherche de la vérité et de la justice, adéquation des paroles et des actes
I - Non à une campagne écourtée !
Que le débat commence !

Me tournant vers vous, je m'adresse aussi aux Français pour leur souhaiter beaucoup de discernement et de courage en 2002, pour que cette année soit une année de renouvellement de la France. Qu'elle puisse relever les défis qui sont devant elle : le risque de la récession bien sûr avec la remontée du chômage et le creusement des inégalités, mais aussi les risques de l'insécurité à l'intérieur et à l'extérieur, dans un monde dangereux. Pour cela je souhaite que notre pays retrouve le chemin de la grandeur qui est toujours -d'abord- une grandeur morale : recherche de la vérité et de la justice, adéquation des paroles et des actes.

Tout est fait bien naturellement dans le système du pareil au même pour occulter le fait que je suis le seul candidat d'alternative véritable. Non seulement parce que je suis le troisième dans les sondages mais parce que, à la différence de ceux qui prétendent me rattraper, j'ai une très forte capacité de rassemblement qu'ils n'ont absolument pas.

le besoin de sens et l'ardent désir de renouvellement qui monte de notre pays

Le système du pareil au même veut enfermer les Français dans un choix binaire : Chirac-Jospin, Jospin-Chirac, qui n'est qu'une fausse fenêtre et qui n'ouvre que sur de faux débats.

La pensée unique veut occulter ma percée, en se berçant de l'idée que Jean-Pierre Chevènement n'aurait été qu'un " candidat d'automne ". Nos piètres penseurs prennent leurs désirs pour des réalités. Ils sous-estiment le rejet des candidats sortants, le besoin de sens et l'ardent désir de renouvellement qui monte de notre pays.

Les candidats sortants veulent faire une campagne courte pour priver les citoyens du débat de fond auquel ils ont droit sur les orientations fondamentales de la politique du pays. Les deux sortants entendent confisquer et confisquent d'ailleurs l'essentiel de l'espace médiatique parce qu'ils entendent bien continuer à confisquer la démocratie. La campagne présidentielle appartient aux citoyens.

Or, en voulant l'écourter, le Janus exécutif sortant veut, en fait, la faire sans eux. Même courte, la campagne des sortants s'annonce détestable : du mauvais théâtre et des coups bas. Des mots et des affaires.

Ce serait indigne de l'attente des citoyens et inacceptable, compte tenu de la situation gravissime du pays qu'on lui cache obstinément.

Je souhaite qu'en 2002 notre pays choisisse une rupture radicale avec le système du pareil au même, avec la pensée unique qui imprègne les deux partis qui se partagent le pouvoir

Combien a contrasté, en revanche, ma campagne, menée sur le fond des choses, et précisément sur les dix orientations pour redresser la République que j'ai présentées dans mon discours de Vincennes le 9 septembre dernier !

Quelles que soient les immenses difficultés que je rencontre et qui iront croissant, les résistances opposées par les " Royaumes prébendiers ", les attaques et les insinuations des " tontons-flingueurs " de service, je continuerai à porter le débat dans le pays à la rencontre des citoyens.

Je serai à Toulouse le 14 janvier pour parler de l'industrie et de l'environnement, le 16 à Bayonne et à Pau pour parler de la République, et pour traiter des problèmes du commerce, de l'artisanat et des petites et moyennes entreprises.

Le 22 je serai à Dakar pour parler de l'Afrique. Et le 24 janvier à Besançon, je traiterai de l'égalité hommes-femmes, de la jeunesse, des retraites, de la nécessaire solidarité des générations et de notre politique familiale.

Je m'envolerai ensuite pour le Forum social mondial de Porto Allegre, comme je l'ai déjà fait l'an dernier, pour participer au débat nécessaire sur la manière dont il faut dominer la mondialisation. Car le mouvement anti-mondialisation a avant tout besoin d'approfondir sa réflexion pour se doter des outils théoriques et des moyens politiques de ses ambitions de justice et de démocratie qu'il affirme.

Notre pays est confronté à de graves problèmes : insécurité - risque de terrorisme et de déstabilisation dans le monde arabo-musulman, grosse de risques pour la sécurité des Français - récession, remontée du chômage - délocalisation de nos industries - injustices sociales - avenir de nos retraites et de notre système de protection sociale - fuite en avant dans une Europe à la fois libérale et bureaucratique.

Ce sont ces problèmes concrets dont il est temps que nos concitoyens soient saisis.

Aucune des décisions majeures que le gouvernement de la France a été amené à prendre depuis cinq ans -et à tout bien penser, au moins depuis le traité de Maastricht- ne les a jamais séparés.

Je souhaite qu'en 2002 notre pays choisisse une rupture radicale avec le système du pareil au même, avec la pensée unique qui imprègne les deux partis qui se partagent le pouvoir et qui en réalité n'en forment qu'un seul, que j'appelle parti unique, Président Jacques Chirac, Secrétaire général Lionel Jospin. Certes, ce sont l'un et l'autre d'immenses tacticiens, mais sur l'essentiel, les choix du RPR et les choix du PS sont convergents.

Ils acquiescent à la dure loi de la mondialisation libérale, celle du capitalisme patrimonial selon Alain Minc, à la dictature des actionnaires, aux plans sociaux et à la délocalisation de nos industries.

Ils prônent ensemble une Constitution européenne sans nous dire ce que deviendra la Constitution française et par conséquent la démocratie. Pour cela, Jacques Chirac et Lionel Jospin ont désigné ensemble le même sherpa : Valéry Giscard d'Estaing, désormais au pied de l'Himalaya.

Les candidats sortants déconstruisent ensemble l'Etat républicain. Ils effacent les repères. A l'extérieur ils ont mis la France en roue libre, aux abonnés absents. Il leur arrive de le dire eux-mêmes : il n'y a pas, entre eux, " l'épaisseur d'une virgule ". Ils travaillent la main dans la main, quand ce n'est pas la main sur l'épaule, instant fugitif saisi par le talent d'un photographe, mais qui en dit plus long que bien des discours.

Aucune des décisions majeures que le gouvernement de la France a été amené à prendre depuis cinq ans -et à tout bien penser, au moins depuis le traité de Maastricht- ne les a jamais séparés. Le vide désolant d'une vision sans perspective les rend de plus en plus interchangeables. Entre celui qui s'est empressé d'oublier la fracture sociale derrière lui et celui qui laisse alourdir la facture sociale devant lui, la différence de fond est de l'ordre du courant d'air. La gauche et la droite ne peuvent retrouver leur sens dans l'esprit des Français et avec lui le débat politique que dans une reprise de possession collective de la République, c'est-à-dire de la conscience du bien commun, de l'intérêt général et de la responsabilité partagée des citoyens pour en débattre et en décider. Je m'efforcerai de faire en sorte que la campagne présidentielle soit une heure de vérité : c'est le sens d'une campagne que je compte bien mener à la victoire. Ma candidature, qui suscitait l'ironie il y a quatre mois, donne aujourd'hui aux Français l'occasion d'un vrai choix et non pas d'un choix du pareil au même.

l'explosion des revendications catégorielles traduit une profonde carence de l'Etat qui semble désormais incapable d'anticiper, de préparer le long terme et de faire régner une justice sociale élémentaire
II - Relever l'Etat républicain.

A) Le retour de la République.

Depuis que j'ai annoncé ma candidature le 4 septembre dernier, un spectre hante la vie politique française, c'est le spectre de la République. Il tourmente les deux candidats sortants au point que, déjà, la République est devenue le " mot-valise " de la campagne.

Devant le Congrès de l'AMF ou dans ses vœux, le Chef de l'Etat ne cesse d'évoquer la nécessité d'un Etat fort, l'intérêt général, la règle et l'idéal républicain.

Le Parti Socialiste veut, dit-il, " démocratiser la République " alors que notre démocratie souffre surtout, selon moi, d'une absence de République et d'abord du sens républicain de l'Etat chez les dirigeants, et par ailleurs d'une grave crise de la citoyenneté.

Ainsi l'explosion des revendications catégorielles traduit-elle une profonde carence de l'Etat qui semble désormais incapable d'anticiper, de préparer le long terme et de faire régner une justice sociale élémentaire.

Souvenez-vous : Tout a commencé avec les infirmières parce que les 35 heures ne devaient pas, aux yeux du gouvernement, entraîner de créations d'emplois dans la Fonction Publique.

Les policiers ont suivi parce qu'aucune loi de programmation n'avait prévu, comme je l'avais en vain demandé en 1999, d'accompagner la généralisation de la police de proximité, réforme utile et nécessaire, par la création étalée dans le temps d'emplois de gardiens de la paix.

Puis ce fut le tour des gendarmes qu'on avait oubliés en chemin, avant qu'on entende le Chef d'Etat Major des Armées revendiquer, à juste titre, un effort pour les autres militaires. Un grave désordre s'est ainsi installé dans l'Etat.

Enfin, vinrent les médecins dont les tarifs, comme je l'avais dénoncé à Lyon en septembre dernier, avaient été trop longtemps bloqués. Ces désordres sont le fruit du délitement de l'Etat républicain. Il faut le relever.

Plus de politique pénale avec l'indépendance des Parquets ! Jacques Chirac l'a proposé. Lionel Jospin l'a fait.

Parce que j'ai conquis, depuis trois mois, sans contestation possible, la position du seul candidat capable de proposer une alternative et d'inquiéter à la fois Jacques Chirac et Lionel Jospin, ils vont donc tous les deux, dans les semaines qui viennent, jouer à " Plus républicain que moi tu meurs ! ". Je ne doute pas que les Français préfèreront l'original à la copie parce que j'ai su rompre, quand il le fallait, avec le parti unique . Ils savent bien que l'insécurité procède à la fois de la démagogie de la droite et de l'angélisme de la gauche. Plus de politique pénale avec l'indépendance des Parquets ! Jacques Chirac l'a proposé. Lionel Jospin l'a fait. Ensemble, ils avaient juré, à Paris et à Ajaccio de " faire appliquer la loi républicaine, en Corse comme ailleurs sur le territoire national ". " Une loi, un droit ". Et comment donc la dévolution du pouvoir législatif à la Corse aurait-elle pu être engagée sans l'accord implicite du Chef de l'Etat ?

C'est ensemble qu'à Doha ils ont donné le feu vert à un nouveau pas dans la voie d'un libre-échangisme biaisé par les distorsions monétaires, sociales et environnementales, sacrifiant les intérêts de notre agriculture et de ce qui nous reste d'industries textiles.

Depuis 1983, la politique industrielle nationale a été laissée en jachère.
B) Face à la mondialisation.

En France, plus encore qu'ailleurs en Europe nous assistons à une désindustrialisation accélérée : notre industrie électronique -Philips, Alcatel- déménage. Bientôt ce sera le tour de l'industrie chimique si AZF-Toulouse fait école.

Nos grands groupes sont dans la main des fonds de pension anglo-saxons. Nos PME sont rachetées l'une après l'autre, transformées en comptoirs commerciaux ou tout simplement fermées. Des industries rentables disparaissent, comme Moulinex, parce qu'elles ne le sont pas assez au yeux de leurs actionnaires. La plus grande usine française de mécanique, celle de Belfort, est découpée au chalumeau : nos alternateurs électriques seront désormais fabriqués en Suisse et en Allemagne.

Depuis 1983, la politique industrielle nationale a été laissée en jachère. En vain ai-je pu dire à cette époque qu'il n'y avait pas de vieille industrie mais seulement des technologies dépassées. Après le tissu industriel, ce sera le tour des services, les logiciels par exemple. Aucune politique industrielle n'a pris le relais au niveau européen comme l'a montré l'opposition de la Commission à la fusion Schneider-Legrand.

retrouver le courage de décider en fonction du seul intérêt public et non pas au service des grands intérêts financiers ou de tel ou tel corporatisme
On ne s'en tirera pas par une indignation factice contre les dirigeants de Michelin, mais par une politique de développement technologique et par une nouvelle alliance entre un Etat réformé, des entreprises citoyennes, qui se souviennent qu'elles appartiennent à la " Maison France " et un monde du travail " conscientisé ", motivé et intéressé au développement. On ne s'en tirera pas sans revaloriser le travail, à la fois sa rémunération et la considération qui lui est due.

Les Français n'attendent plus de l'Etat qu'il intervienne partout mais qu'il joue son rôle d'acteur stratégique pour préparer l'avenir et notamment pour garantir les retraites et notre système de protection sociale.

Dans tous les domaines il faudra retrouver le courage de décider en fonction du seul intérêt public et non pas au service des grands intérêts financiers ou de tel ou tel corporatisme. On ne fera pas l'économie de la fermeté en matière de sécurité, ni celle de l'effort en matière économique, ni celle de la justice en matière sociale.

C'est une grave blessure infligée à la démocratie que de confier le soin de gérer ce ressort essentiel de l'activité sociale qu'est la monnaie, à une Banque Centrale Européenne indépendante du suffrage universel, et donc hors du contrôle des citoyens.
III - L'avenir de l'euro.

La célébration de l'arrivée de l'euro -Jacques Chirac et Lionel Jospin agenouillés devant le nouveau Veau d'Or- dissimule aux Français qu'on les convie aujourd'hui à enterrer un mort dont le décès est survenu il y a deux ans déjà. Depuis le 1er janvier 1999 le franc n'était déjà plus qu'une subdivision de l'euro. Le mérite de la réussite technique de la conversion des billets et des pièces en euros revient d'abord aux transporteurs de fonds, aux forces de sécurité, aux employés de banque et aux commerçants dont je demande à nouveau qu'ils bénéficient d'une déduction de mille euros sur leur TVA pour les dédommager du surcroît du travail qu'ils ont dû assurer.

Mais la réussite technique d'un projet ne valide pas celui-ci au fond. Le pont de la rivière Kwaï était une réussite technique. Je ne m'attarderai pas sur le dérapage des prix -+ 7 % sur la baguette de campagne : 0,90 euro, soit 5,9 Francs au lieu de 5 Francs, ou sur le prix du stationnement + 30 % : 1 euro pour une heure, soit 6,56 Francs au lieu de 5 Francs. Non, j'irai à l'essentiel : l'avenir de l'euro se jouera sur sa capacité ou non à aider l'Europe à conjurer la récession et à plus long terme à sortir de la croissance lente qu'elle connaît depuis 1991, en tout cas par rapport aux Etats-Unis et même au reste du monde. Cela dépendra des taux d'intérêt aujourd'hui plus élevés qu'aux Etats-Unis de 1,5 % et de la politique de change dont on sait qu'elle reflète en réalité les choix des autorités américaines.

C'est une grave blessure infligée à la démocratie que de confier le soin de gérer ce ressort essentiel de l'activité sociale qu'est la monnaie, à une Banque Centrale Européenne indépendante du suffrage universel, et donc hors du contrôle des citoyens. Au point où nous sommes engagés, il ne suffit pas de dire : le vin est tiré, il faut le boire ! Il faut rendre à la politique son dû, et donc donner aux gouvernements qui, eux, sont responsables devant leurs électeurs les mêmes moyens d'intervenir sur les décisions de la Banque Centrale Européenne que ceux dont le Trésor américain dispose à l'égard du Federal Reserve Board. C'est à cette réforme que je consacrerai mes efforts pour que la Banque Centrale serve la croissance et l'emploi.

Sans doute cette réforme des traités ne mettra pas les pays de la zone euro à l'abri des tensions entre des économies et des structures sociales aussi différentes les unes des autres que celles des pays membres. Mais la repolitisation, pour ainsi dire, de la politique monétaire de l'Union permettra au moins à la voix des peuples, par l'intermédiaire de leurs gouvernements élus, de se faire entendre dans le concert des oligarchies financières

La France n'a pas aujourd'hui de politique européenne.

Ne nous laissons pas endormir par un confort illusoire. Ne confondons pas l'euro qui n'est qu'un moyen avec un objectif. L'Europe, tragiquement absente dans la vie internationale et dans ce monde dangereux pour notre sécurité, est une tâche devant laquelle je ne rechigne pas car sur le fond je me sens plus européen que les européistes.

a) La France n'a pas aujourd'hui de politique européenne. La fuite en avant dans la rhétorique lui en tient lieu.
b) La politique européenne que je propose doit donner une vraie consistance politique aux institutions de l'Union européenne. Elle doit permettre à l'Histoire de l'Europe de rejoindre sa géographie, sans que cet élargissement ne re-divise un continent réuni depuis la fin de la guerre froide.
c) Il faut donner le droit d'initiative, actuellement monopolisé par la Commission aux gouvernements de l'Union. Fonder la démocratie sur les nations sans cesser d'affirmer l'existence d'un intérêt général européen.
d) Il faut rendre publiques les délibérations du Conseil européen pour construire un espace public de débat commun.
e) Il faut privilégier les coopérations renforcées, en matière monétaire, de développement technologique ou d'ouverture vers le Sud, le Maghreb et l'Afrique notamment.
f) L'idée d'une Europe européenne, associant son Est et son Sud, est l'occasion de refonder un partenariat stratégique franco-allemand dans le XXIème siècle.

Le tropisme de l'Europe vers l'Est doit être rééquilibré par un investissement massif vers le Sud.
IV - L'ouverture vers le Sud.

Je dirai quelques mots sur le monde dangereux dans lequel nous vivons. La lutte contre le terrorisme est une affaire de longue haleine. Elle doit être menée sans concession ni pour le terrorisme ni pour les causes du terrorisme. Je souhaite que les Etats-Unis en 2002 soient capables de prendre les mesures nécessaires pour assurer la transparence des circuits financiers dont l'opacité favorise le terrorisme et la criminalité organisée.

Je souhaite aussi qu'ils prennent le moyen d'assécher le terreau de l'injustice sur lequel a pu prospérer le terrorisme. Je souhaite que 2002 voie la création d'un Etat palestinien viable, seule garantie de la sécurité à laquelle Israël a droit, et la levée de l'embargo sur l'Irak, conflits pendants depuis trop longtemps, qui blessent l'âme musulmane à juste titre et qui devraient blesser la conscience humaine tout entière.

Je viens d'achever une tournée des capitales du Maghreb. Par ce voyage j'entends signifier une claire volonté de réorienter notre politique étrangère vers le Sud et d'abord vers notre Sud le plus proche. Le processus de Barcelone est en panne. A peine le tiers des crédits, d'ailleurs insuffisants, prévus en 1995 a été engagé. Une association de libre échange débouche sur un échange inégal gros de déstabilisations futures. Il est absolument impératif d'ouvrir l'Europe qui s'élargit à l'Est vers le Sud pour que ces pays ne chavirent pas dans une régression intégriste qui serait une catastrophe pour eux mais également pour nous. Pour la France mais aussi pour l'Europe méditerranéenne, il y a là un intérêt vital. Le tropisme de l'Europe vers l'Est doit être rééquilibré par un investissement massif vers le Sud. C'est le rôle de la France. Ainsi nous pourrons donner un contenu concret à l'idée du dialogue des civilisations et éviter que demain la Méditerranée ne devienne un fossé.

La France connaît le monde arabo-musulman depuis des siècles. Elle a donc un rôle naturel de médiation à jouer pour servir les intérêts de la paix.

Les pays du Sud ont moins besoin de procureurs que de compréhension et de solidarité. Comme le disait déjà Jacques Berque " Nous sommes en présence de sociétés qui sont moins sous-développées que sous-analysées. "

Ajouterai-je que là est aussi l'intérêt de la France ? Je sais évidemment que peu désormais raisonnent à cette aune.

Les temps sont pourtant mûrs pourtant pour que la France à nouveau fasse entendre une voix de raison et de justice. Le général de Gaulle savait par des analyses profondes et justes poser des actes politiques majeurs : je pense au discours de Phnom Penh en 1966 mettant en garde les Etats-Unis contre le risque de l'enlisement au VietNam.

La France connaît le monde arabo-musulman depuis des siècles. Elle a donc un rôle naturel de médiation à jouer pour servir les intérêts de la paix. Il en va aussi de la sécurité de la France et de la sécurité des Français.

fin d'une décennie d'illusions où le Nord croyait pouvoir ignorer le Sud
V - La campagne.

A) Le contexte : une fin de cycle.

Nous sommes à la fin d'un cycle historique et politique.

Fin du cycle diplomatique, fin d'une décennie d'illusions où le Nord croyait pouvoir ignorer le Sud ; après les attentats du 11 septembre qui nous obligent à penser l'avenir autrement.

Fin d'un cycle économique avec l'éclatement de la bulle financière il y a un an et la récession aux Etats-Unis, au Japon et en Allemagne.

Fin du cycle idéologique : épuisement de la thématique libéral-libertaire, dominante depuis plus de trente ans et besoin d'un ressourcement dans les valeurs et les principes de la République.

Fin d'un cycle politique : la bipolarité a perdu le sens qu'elle avait il y a vingt ou trente ans. Un système binaire appauvrissant pour le débat ne permet pas de dissimuler l'ère du vide : le Parti Socialiste est redevenu un parti de système récitant des patenôtres et dont le programme ressemble toujours à un couteau sans manche auquel il manque la lame. Quant à Jacques Chirac, il est enfin parvenu à liquider le gaullisme, en le dissolvant dans un parti de droite acquis à une mondialisation sans règle qui méconnaît profondément les intérêts de la nation.

Oui, je suis le meilleur candidat anti-Chirac.
B) Le débat au fond.

J'ai conquis, en quatre mois, autour des " dix propositions fondamentales pour relever la République " que j'ai avancées à Vincennes, et comme je l'avais prévu, cet espace stratégique à partir duquel la victoire est devenue possible. La recette de cette percée n'est pas mystérieuse. Je la confie à M. Bayrou : il faut avoir un message tout simplement. Ne pas se contenter de disputer à Jacques Chirac et à Lionel Jospin la paternité de la monnaie unique.

C'est la voie d'une refondation républicaine que je propose aux Français : la France ne doit pas disparaître avec le franc. Elle a encore un grand rôle à jouer. Le message de la citoyenneté n'est pas désuet.

La République reste une idée neuve, en France, en Europe, et dans le monde. L'avenir n'est pas, comme le proposent les sociaux-libéraux, dans la renonciation à l'effort, dans l'assistanat généralisé, et dans l'oubli des valeurs républicaines et nationales. Il n'est pas davantage dans la résignation, commune à la droite et à la gauche établies, à servir un capitalisme rentier, oublieux aussi bien des intérêts de la nation que de ceux du monde du travail.

Funeste est l'erreur de celui qui, il y a à peine deux ans, prétendait fonder sur une croissance garantie à perpétuité par les nouvelles technologies le retour au plein emploi. La remontée du chômage montre qu'il n'est pas si facile de sceller l'alliance des clases moyennes, des classes populaires et des exclus à l'ombre du capitalisme patrimonial.

Triste est la promesse reniée de " faire en tous domaines retour à la République ".

Les Français verront clair : pour battre Jacques Chirac, fourrier du libéralisme dans le gaullisme, cheval de Troie de la décomposition sociale, c'est Jean-Pierre Chevènement qui est le mieux placé. Oui, je suis le meilleur candidat anti-Chirac.

Pour renverser le déclin, il faut un cap et un capitaine. C'est ce Président que je veux être pour la France.

Comme Mendès France, je leur propose de préparer les " révolutions légales " nécessaires à la France.
En dehors des deux sortants et de moi-même, seul capable de rassembler largement, il n'y a que deux catégories de candidats : les trappes à voix et les rabatteurs de voix.

Trappes à voix : Le Pen et Laguiller. Ils stériliseront un potentiel de voix qui voudraient le changement et contribueront ainsi au statu-quo.

Rabatteurs de voix : M. Madelin, ou M. Bayrou qui réclame de Monsieur Chirac " une alliance sincère ", ou tel autre que M. Poncelet exhorte publiquement à se porter candidat pour m'enlever des voix.

Et de l'autre côté le candidat vert, plus préoccupé par la contestation antinucléaire que par le beau souci de l'environnement, sans parler du candidat communiste avant tout soucieux, tout comme Noël Mamère, d'apporter des voix à Lionel Jospin.

Robert Hue n'est pas à une contradiction près : dans ses vœux du 8 janvier, il flétrit " la pensée unique et ses dogmes " mais se range dans le système binaire Chirac-Jospin tout en constatant -je cite- que " pour l'essentiel les questions demeurent ".

Il prétend peser sur le parti socialiste pour, sans rire, " mettre un terme à la vague ultralibérale ". Que ne l'a-t-il fait depuis 1997 alors qu'avec trente-quatre députés, le parti communiste fournissait un appoint indispensable à l'ex-majorité plurielle ?

Il est dommage que les dirigeants communistes m'aient laissé seul le soin d'approfondir ce qu'ils appelaient jadis " l'union du peuple de France ".

Ils ont lâché sur la nation ; puis, forcément, sur le social ; et, donc immanquablement, sur l'internationalisme. Tant il est vrai que redonner une voix à la France dans le monde, est le meilleur service qu'on puisse rendre aux peuples qui, un peu partout sur la planète, cherchent à se libérer des injustices.

Evidemment, pour ceux qui croient dur comme fer que nous sommes entrés dans une nouvelle ère, où " rien n'est plus comme avant ", tout cela n'est que nostalgie. C'est ce qu'a insinué à mon endroit Lionel Jospin dans une émission télévisée.

Alors, laissons parler Jean Jaurès : " Je trouve médiocres les hommes qui ne savent pas reconnaître dans le présent la force accumulée des grandeurs du passé et le gage des grandeurs de l'avenir. " (discours pour la laïque, janvier 1910).

Notre peuple a faim d'Histoire, c'est-à-dire de politique. Je souhaite donc aux Français de pouvoir à nouveau en 2002 faire de la politique dignement. C'est la possibilité d'une véritable alternative que, seul entre tous, je leur offre.

Il suffit que j'atteigne en mars la barre des 15 % et que l'un ou l'autre des sortants voire les deux, descendent en-dessous de la barre des 20%, pour que le système tout entier entre en turbulence.

Alors les Français auront un véritable choix.

Comme Mendès France, je leur propose de préparer les " révolutions légales " nécessaires à la France.

Le 26 avril prochain sera le 1er floreal de l'an 210 de la République. Ce jour-là il n'y aura pas de prime aux sortants. La cohabitation les a usés. L'affiche n'est plus attractive. Même la crise internationale n'a pas profité à Jacques Chirac.

En votant pour moi les Français voteront contre l'Etat RPR et contre l'Etat PS. Ils voteront pour un profond renouvellement de notre démocratie, qu'il s'agisse des hommes ou des idées : cela va ensemble. Je forme le vœu que nous revenions à une conception saine de la Vème République : non pas une Présidence absolue mais un Président qui garantisse, en tous domaines, le retour aux principes et aux valeurs de la République ".