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HALTE A L'EMBARGO SUR L'IRAK !

" 10 ans après,
l'embargo a-t-il encore un sens ? "

A l'initiative du secteur Jeunes du Mouvement des Citoyens et avec la participation de nombreuses organisations de jeunes de la gauche plurielle ou à caractère associatif (Unef-Id Sciences-Po, Cultures du Sud, JC, UNL et UEC) s'est tenue le lundi 15 mai 2000 une conférence sur le thème :
« Irak : 10 après, l'embargo a-t-il encore un sens ? ».Cette conférence avait pour but de faire prendre conscience aux jeunes français de la situation catastrophique de l'Irak dix ans après l'instauration d'un embargo dont les effets sont, aujourd'hui, plus que contestés.

Les positions des quatre intervenants invités :
Mme Danielle BIDARD-REYDET
M. Jean-Yves AUTEXIER
M. Paul-Marie De La GORCE
M. Claude CHEYSSON

Pour en savoir plus sur les conséquences de l'embargo en Irak
Pour vous forger votre propre idée...

- CAHIER SPECIAL SUR L'IRAK DU SECTEUR JEUNES DU MDC PARIS - Mai - Juin 2000

L'appel à la jeunesse..


Plus que le régime de Saddam Hussein qui est visé par cet embargo, c'est la population civile qui est touchée.

Les quatre intervenants invités, Mme Danielle BIDARD-REYDET sénateur PC de Seine-Saint-Denis, M. Jean-Yves AUTEXIER sénateur et vice-président du MDC, M. Paul-Marie De La GORCE écrivain et journaliste et, enfin, M. Claude CHEYSSON ancien commissaire européen et ancien ministre, ont permis à la soixantaine d'étudiants présents de comprendre les tenants et les aboutissants de cet embargo et de nous dévoiler quelques pistes de réflexion et d'actions pour essayer de faire en sorte que cet embargo soit levé.

Mme Danielle BIDARD s'est attachée à décrire les nombreuses conséquences humanitaires de l'embargo. Plus que le régime de Saddam Hussein qui est visé par cet embargo, c'est la population civile qui est touchée. L'Irak est revenu à une ère préindustrielle où la mortalité infantile a plus que doublé, où le système social est tombé en pleine désuétude et où le système éducatif ne remplit plus son rôle d'ascension sociale puisque près de 70 % des enfants sont désormais analphabètes contre seulement 30 % avant la guerre du Golfe.

La France a un rôle à jouer dans ce processus : elle doit avoir une politique tournée vers le monde arabe.

De plus, dans l'anonymat et le silence le plus complet, les Etats-Unis et le Royaume-Uni continuent régulièrement de bombarder l'Irak et, ce, sans l'autorisation du Conseil de sécurité de l'ONU. Face à ces deux pays qui se disent défenseurs des Droits de l'Homme mais qui s'autorisent à aller au-dessus des lois, notre devoir est de faire lever cet embargo qui serait la preuve d'un premier devoir des respects des Droits de l'Homme.

M. Jean-Yves AUTEXIER est, ensuite, intervenu pour rappeler que les conditions de levée de l'embargo définies dans la résolution 687 du 3 avril 1991 sont remplies par l'Irak depuis 1994. Dans ces conditions, pourquoi le maintenir ? Le lever relève d'une simple question de justice et de bon sens. La France a un rôle à jouer dans ce processus : elle doit avoir une politique tournée vers le monde arabe qui est traversé « par un certain vide de sens avec son entrée dans la modernité », elle doit donc jouer un rôle politique en faisant le pari de la modernité, sans rien nier à la culture et à la politique de chacun des pays arabes.

Garder notre libre arbitre nous évitera de tomber sous le joug des préjugés moraux développés lors de la guerre du Golfe présentée comme une guerre du Bien contre le Mal.

Cette politique se double, en Irak, d'actions plus spécifiques. Tout d'abord, il est impératif de rester lucide et, de tout temps, d'exercer notre esprit critique à l'égard de l'information. Garder notre libre arbitre nous évitera de tomber sous le joug des préjugés moraux développés lors de la guerre du Golfe présentée comme une guerre du Bien contre le Mal et contre ce dictateur Saddam Hussein, préjugés moraux malheureusement réapparus lors de la guerre du Kosovo qui ont brouillé toute clairvoyance possible.

Ensuite, la France, et plus particulièrement les jeunes Français, doivent montrer une solidarité sans partage avec le peuple irakien ; seule cette profonde solidarité résultant d'un puissant mouvement populaire sera vecteur de valeurs démocratiques. Selon les différentes résolutions de l'ONU, les conditions de levée de l'embargo sont entièrement remplies par l'Irak. Pourquoi alors le maintenir ?

A M. De La GORCE de conclure qu'il ne s'agit plus d'être consterné, il faut maintenant condamner.

M. Paul-Marie De La GORCE préfère parler de blocus plutôt que d'embargo car « le bilan de ce dernier est détestable » : une génération sacrifiée sans qu'il y ait une moindre protestation qui se soit levée. Certes M. Denis HALLIDAY, responsable du programme humanitaire de l'ONU pour l'Irak, et son successeur M. Gradd SPONECK ont tous les deux démissionnés de leur poste en signe de protestation contre le régime des sanctions imposées à l'Irak. Mais leur démarche est restée vaine puisque le blocus est toujours maintenu. « Cette politique de l'embargo est absurde, stupide, contre- productive et criminelle ».

« Nous nous associons à un crime contre l'Humanité ».

Au-delà des conséquences humanitaires, le blocus a une autre conséquence importante, d'ordre géopolitique : il a provoqué un abaissement de l'Irak au niveau national et international ainsi que de nombreuses ruptures d'équilibre dans toute la région. Ainsi, la zone nord, le « Croissant fertile », qui regroupait un ensemble de pays ayant des divergences plus ou moins significatives et des Etats plus ou moins laïcs est aujourd'hui dans le doute et l'incertitude avec le conflit israélo-arabe. La zone du Golfe où coexistaient des Etats « à dose de socialisme » et des monarchies de type féodal est en crise. La région d'Asie Mineure est déchirée par des guerres fratricides entre les différents mouvements kurdes et constitue, de facto, une zone de non-droit. Enfin, l'équilibre dans le sud-ouest asiatique entre la partie arabe et la partie persane est aujourd'hui consommé. A M. De La GORCE de conclure qu'il ne s'agit plus d'être consterné, il faut maintenant condamner.

Il est nécessaire de restaurer des relations avec l'Irak en multipliant, par exemple, les réunions Irakiens / Occidentaux ou encore en rétablissant des bourses pour les étudiants irakiens.

Enfin, M. Claude CHEYSSON rebondit sur ce postulat pour condamner très fermement la politique menée par les Européens : « nous nous associons à un crime contre l'Humanité ». Les Etats-Unis ont souvent mené ce genre de politique, mais il n'en demeure pas moins que cette politique de l'embargo reste une politique « absurde, stupide, contre-productive et criminelle » car nous contribuons à nier une Nation qui a des siècles et des siècles d'histoire, à exacerber le nationalisme, à augmenter la popularité de S. Hussein et, enfin, à provoquer une montée de l'intégrisme.
Loin de soutenir le régime irakien puisque l'on ne peut évidemment pas approuver toutes les actions de S. Hussein, Claude CHEYSSON conclut en disant que « pour être efficace et pour ne pas servir les intérêts américains, il faut agir par ceux qui ont une capacité d'action, à savoir le peuple irakien ».

Il est donc nécessaire de restaurer des relations avec lui en multipliant, par exemple, les réunions Irakiens / Occidentaux ou encore en rétablissant des bourses pour les étudiants irakiens. Enfin, il faut demander une application intégrale des résolutions en y faisant participer de nombreux pays. Pourquoi ne pas demander aux pays arabes de rétablir des relations avec l'Irak ou encore, à la veille de la présidence française, ne pas agir collectivement en Europe pour aller dans ce sens ? Le collectif à l'initiative de cette conférence a pris acte de ces différentes propositions et compte continuer ses actions pour faire évoluer la situation en Irak.


 

 


Chloé LORIDANT Responsable du Secteur Jeunes Paris du Mouvement des Citoyens
Pour en savoir plus sur les conséquences de l'embargo en Irak...
Pour vous forger votre propre idée...

 

Voici quelques lectures "citoyennes" :

Le Monde Diplomatique propose un dossier complet sur l'Irak avec un bilan de la guerre du Golfe, les différentes résolutions du Conseil de sécurité concernant l'Irak, les conséquences géopolitiques de cet embargo dans la région du Golfe ainsi que de nombreux articles de spécialistes sur la question :

www.monde-diplomatique.fr/cahier/irak/

Pour pouvoir exercer votre libre arbitre sur l'Irak, et plus largement sur d'autres sujets...
Irak, la faute aux éditions du Cerf qui rassemble les interviews de 19 personnalités de tous horizons dans les domaines politique, religieux, économique, universitaire, presse... « des hommes de parole » qui livrent leurs analyses et leurs réactions sur la question, tout en éclairant de manière très différente la situation.

Revue Confluences - Kosovo - n°30 - Eté 1999.
La revue d'études méditerranéennes présente un important dossier qui prend en compte plusieurs approches du drame kosovar. De la préparation idéologique de l'épuration ethnique aux interrogations sur le rôle joué par l'OTAN, une tentative est faite d'évaluer quel est l'avenir de la province tout en essayant de peser les responsabilités actives de ce conflit.

Revue Les Cahiers de la médiologie - Croyance en guerre : l'effet Kosovo - n°8 - septembre 1999.
Collaborations brillantes de Pierre Vidal-Naquet, Serge Tisseron, Ignacio Ramonet pour ce numéro de la revue consacré à la représentation médiatique de la guerre du Kosovo, et à une interrogation sur la construction de la conviction, personnelle ou collective, autour d'une telle tragédie.


 

 


- CAHIER SPECIAL SUR L'IRAK DU SECTEUR JEUNES DU MDC PARIS - Mai - Juin 2000.
Le risque que l'embargo perdure sous sa forme actuelle demeure important.

Cela fait déjà dix ans que l'Irak subit un embargo. Dix ans et rien à changer alors que l'Irak a rempli toutes les conditions définies dans les différentes résolutions de l'ONU pour une levée de l'embargo.

L'adoption de la résolution 986 dite « pétrole contre nourriture » fut présentée par la presse comme une avancée significative montrant la bonne volonté des alliés. Mais, si elle a permis d'améliorer la situation alimentaire d'une partie de l'Irak, elle n'est pas satisfaisante puisqu'elle constitue de facto une prorogation de l'embargo sous un prétexte humanitaire. Tous les problèmes de maintien d'une éducation et d'une formation de qualité, les problèmes sanitaires ou encore d'approvisionnement en énergie demeurent et s'aggravent de jour en jour, tout cela dans un silence de mort. L'adoption de la dernière résolution 1284 en décembre 1999 montre un autre pas en avant important : le Conseil de sécurité a décidé d'alléger des sanctions pesant sur l'Irak, notamment la fin du plafond de vente du pétrole irakien, la fin du Comité des sanctions ou encore la fin du tabou hypocrite sur l'investissement dans l'industrie pétrolière irakienne. Cependant aucune proposition n'ayant été avancée, cette annonce s'avère de pure forme. Par conséquent le risque que l'embargo perdure sous sa forme actuelle demeure important.

La France doit se doter d'une politique étrangère ambitieuse qui se démarque de celle des pays anglo-saxons.

La France a un rôle important à jouer : elle doit, évidemment, utiliser son droit de veto au sein du Conseil de sécurité lors de la prochaine reconduction de l'embargo, mais elle doit également se doter d'une politique étrangère ambitieuse qui se démarque de celle des pays anglo-saxons.

De nombreuses associations humanitaires et autres se sont largement prononcées sur cet embargo : IL FAUT L'ABROGER ! car l'embargo ne vise pas le régime de Saddam Hussein mais la population civile et son maintien ne fait qu'augmenter la popularité de ce dernier, de favoriser la montée du nationalisme et de l'intégrisme en Irak mais, plus largement, dans toute la région.

C'est tout le sens que le secteur jeunes du MDC a voulu donner à la conférence qu'il a organisée, dans les locaux de l'Institut d'Etudes Politiques de Paris en mai 2000, avec la participation d'autres organisations politiques de la gauche plurielle, syndicales et associatives.


 


 

Aujourd'hui 30 % des enfants ne vont plus à l'école.

Nous refusons d'absoudre les fautes et les excès du régime irakien. Pour autant, ceci ne doit pas nous faire ignorer les conséquences de l'embargo. Ainsi, 10 ans après, le bilan est :
Une situation sanitaire alarmante : d'après l'UNICEF le taux de mortalité infantile est passé de 56 pour mille à 131 pour mille. La malnutrition touche un million d'enfants de moins de 5 ans. Les vaccins arrivent une fois l'épidémie subie du fait d'un véritable parcours du combattant nécessaire à leur importation. L'embargo aurait provoqué la mort d'environ 1,5 million de personnes, dont 500 000 enfants.
Un système éducatif déstructuré : de 1977 à 1987 l'éducation était la priorité de l'Irak (félicitations de l'UNESCO) : malgré la guerre avec l'Iran la scolarité avait été multipliée par trois. Aujourd'hui 30 % des enfants ne vont plus à l'école. Le ramassage scolaire n'est plus correctement assuré.

Le travail des enfants commence à se développer de manière sérieuse. Alors qu'un fort pourcentage de femmes était diplômé , aujourd'hui elles restent avec leurs filles au foyer.

Un système social déliquescent : l'Irak avait instauré de nombreuses mesures de protection sociale, d'aide et de suivi des personnes handicapées... aujourd'hui nous assistons à une chute de 30 % des prises en charge de ces dernières à cause de la dégradation du matériel et des locaux. L'augmentation des orphelins est problématique puisque aucune aide ne peut être apportée par la famille. Le travail des enfants commence à se développer de manière sérieuse. Alors qu'un fort pourcentage de femmes était diplômé et qu'un taux non négligeable d'entre elles commençait à percer dans les domaines intellectuel et économique, aujourd'hui elles restent avec leurs filles au foyer.

Une économie ravagée : la destruction du potentiel irakien, et l'impossibilité de le reconstruire du fait de l'embargo, font que ce pays est retourné, en une dizaine d'années, à l'ère préindustrielle. L'industrie de pointe n'existe quasiment plus. Le produit national a été divisé par cinq. 300 millions de pièces détachées sont toujours bloqués aux frontières. Le niveau de " déprofessionnalisation " est alarmant. La mendicité et le troc par les jeunes garçons sont monnaie courante.

Les critères définis par l'ONU pour la levée de l'embargo sont désormais respectés.

 

Devant ce constat, quelles sont les raisons de la pérennisation de l'embargo ?
Les critères définis par l'ONU pour la levée de l'embargo sont désormais respectés. En effet, l'Irak n'est pas en possession d'armes nucléaires et biologiques. Les seules réserves concernent le potentiel de fabrications d'armes chimiques, mais il s'agit là de "l'arme du pauvre ", n'importe quel pays peut en posséder et en fabriquer. De plus aucune charge ne peut désormais être portée à plus de 150 km, le secteur balistique ayant été démantelé.

La pérennité de cette situation n'est donc pas le résultat d'un engagement moral de la communauté internationale mais les conséquences d'enjeux géopolitiques :
- la crainte des monarchies du Golfe qui verraient d'un mauvais oeil l'Irak redevenir une puissance régionale ;
- sa position géographique éminemment stratégique ;
- son sous-sol pétrolifère et ses oléoducs sont enviés.
De plus l'embargo permet le contrôle du prix du pétrole donc des matières premières. L'intérêt financier des monarchies pétrolières est ainsi directement lié à l'hégémonisme américain dans cette région.

la vente du pétrole contre de la nourriture ne permet pas de répondre aux besoins réels de l'Irak

Les évolutions de la Communauté internationale :

1) L'adoption de la résolution 986 dite "pétrole contre nourriture " fut présentée par la presse comme une avancée significative montrant la bonne volonté des alliés. Mais, si elle a permis d'améliorer la situation alimentaire d'une partie de l'Irak, elle n'est pas satisfaisante d'un double point de vue :
- cette résolution constitue de facto une prorogation de l'embargo sous prétexte humanitaire ;
- la vente du pétrole contre de la nourriture ne permet pas de répondre aux besoins réels de l'Irak (problème du maintien d'une éducation et d'une formation de qualité ; problèmes sanitaires ; problème d'approvisionnement d'énergie...)

 

un véritable parcours du combattant sclérosant toute possibilité d'importation

2) L'extension de cette autorisation au matériel a eu pour corollaire la création d'une commission de contrôle opaque qui ne doit pas motiver ces décisions et la mise en place d'un véritable parcours du combattant sclérosant toute possibilité d'importation : impossibilité d'obtenir des vaccins à temps, pas d'importation d'appareils disposant de lasers ou de produits contenant du graphite (même les crayons !), peu de matériels de survie même sommaire, à raison de leurs composants, peuvent être importés... de telles mesures ne font qu'accentuer la misère dont seule la population est victime.

3) Le 17 décembre 1999, une première avancée significative semble avoir vu le jour. L'adoption d'une nouvelle résolution (n° 1284) a permis d'alléger certaines sanctions : fin du plafond de vente du pétrole irakien, fin du Comité des sanctions, fin du tabou politique hypocrite sur l'investissement dans l'industrie pétrolière irakienne...
La France a joué un rôle non négligeable dans les avancées obtenues. Mais celles-ci sont insuffisantes puisqu'une levée de l'embargo n'est pas réellement envisagée, alors que celui-ci a déjà causé une dizaine de milliers de morts !

Exigeons ensemble, au nom des valeurs qui fondèrent notre République, que la France utilise son droit de veto au sein du Conseil de sécurité

Aussi, nous appelons la jeunesse, au nom de la raison et de la solidarité internationale à se mobiliser, à remettre ce thème au cœur de l'actualité, en créant des lieux de débat et de réflexion,
Nous demandons à la presse, au nom de l'objectivité, de la transparence et du débat démocratique, de relayer notre appel,
Nous appelons l'ensemble de la jeunesse à se mobiliser, et ses associations (humanitaires, syndicales, politiques...) à nous rejoindre et à prendre l'initiative en ce domaine.

Exigeons ensemble, au nom des valeurs qui fondèrent notre République, que la France utilise son droit de veto au sein du Conseil de sécurité, lors de la prochaine reconduction de l'embargo, afin de mettre un terme à ce désastre !