Plus que
le régime de Saddam Hussein qui est visé par cet embargo,
c'est la population civile qui est touchée. |
Les
quatre intervenants invités, Mme Danielle BIDARD-REYDET sénateur
PC de Seine-Saint-Denis, M. Jean-Yves AUTEXIER sénateur et
vice-président du MDC, M. Paul-Marie De La GORCE écrivain
et journaliste et, enfin, M. Claude CHEYSSON ancien commissaire
européen et ancien ministre, ont permis à la soixantaine
d'étudiants présents de comprendre les tenants et
les aboutissants de cet embargo et de nous dévoiler quelques
pistes de réflexion et d'actions pour essayer de faire en
sorte que cet embargo soit levé.
Mme
Danielle BIDARD s'est attachée à décrire les
nombreuses conséquences humanitaires de l'embargo. Plus que
le régime de Saddam Hussein qui est visé par cet embargo,
c'est la population civile qui est touchée. L'Irak est revenu
à une ère préindustrielle où la mortalité
infantile a plus que doublé, où le système
social est tombé en pleine désuétude et où
le système éducatif ne remplit plus son rôle
d'ascension sociale puisque près de 70 % des enfants sont
désormais analphabètes contre seulement 30 % avant
la guerre du Golfe.

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La France
a un rôle à jouer dans ce processus : elle doit avoir une
politique tournée vers le monde arabe. |
De
plus, dans l'anonymat et le silence le plus complet, les Etats-Unis
et le Royaume-Uni continuent régulièrement de bombarder
l'Irak et, ce, sans l'autorisation du Conseil de sécurité
de l'ONU. Face à ces deux pays qui se disent défenseurs
des Droits de l'Homme mais
qui s'autorisent à aller au-dessus des lois, notre devoir
est de faire lever cet embargo qui serait la preuve d'un premier
devoir des respects des Droits de l'Homme.
M.
Jean-Yves AUTEXIER est, ensuite, intervenu pour rappeler que les
conditions de levée de l'embargo définies dans la
résolution 687 du 3 avril 1991 sont remplies par l'Irak depuis
1994. Dans ces conditions, pourquoi le maintenir ? Le lever relève
d'une simple question de justice et de bon sens. La France a un
rôle à jouer dans ce processus : elle doit avoir une
politique tournée vers le monde arabe qui est traversé
« par un certain vide de sens avec son entrée
dans la modernité », elle doit donc jouer un rôle
politique en faisant le pari de la modernité, sans rien nier
à la culture et à la politique de chacun des pays
arabes.

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Garder
notre libre arbitre nous évitera de tomber sous le joug des préjugés
moraux développés lors de la guerre du Golfe présentée
comme une guerre du Bien contre le Mal. |
Cette
politique se double, en Irak, d'actions plus spécifiques.
Tout d'abord, il est impératif de rester lucide et, de tout
temps, d'exercer notre esprit critique à l'égard de
l'information. Garder notre libre arbitre nous évitera de
tomber sous le joug des préjugés moraux développés
lors de la guerre du Golfe présentée comme une guerre
du Bien contre le Mal et contre ce dictateur Saddam Hussein, préjugés
moraux malheureusement réapparus lors de la guerre du Kosovo
qui ont brouillé toute clairvoyance possible.
Ensuite,
la France, et plus particulièrement les jeunes Français,
doivent montrer une solidarité sans partage avec le peuple
irakien ; seule cette profonde solidarité résultant
d'un puissant mouvement populaire sera vecteur de valeurs démocratiques.
Selon les différentes résolutions de l'ONU, les conditions
de levée de l'embargo sont entièrement remplies par
l'Irak. Pourquoi alors le maintenir ?

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A M. De
La GORCE de conclure qu'il ne s'agit plus d'être consterné,
il faut maintenant condamner. |
M.
Paul-Marie De La GORCE préfère parler de blocus plutôt
que d'embargo car « le bilan de ce dernier est détestable
» : une génération sacrifiée sans qu'il
y ait une moindre protestation qui se soit levée. Certes
M. Denis HALLIDAY, responsable du programme humanitaire de l'ONU
pour l'Irak, et son successeur M. Gradd SPONECK ont tous les deux
démissionnés de leur poste en signe de protestation
contre le régime des sanctions imposées à l'Irak.
Mais leur démarche est restée vaine puisque le blocus
est toujours maintenu. « Cette politique de l'embargo est
absurde, stupide, contre- productive et criminelle ».
«
Nous nous associons à un crime contre l'Humanité ».
Au-delà
des conséquences humanitaires, le blocus a une autre conséquence
importante, d'ordre géopolitique : il a provoqué un
abaissement de l'Irak au niveau national et international ainsi
que de nombreuses ruptures d'équilibre dans toute la région.
Ainsi, la zone nord, le « Croissant fertile »,
qui regroupait un ensemble de pays ayant des divergences plus ou
moins significatives et des Etats plus ou moins laïcs est aujourd'hui
dans le doute et l'incertitude avec le conflit israélo-arabe.
La zone du Golfe où coexistaient des Etats « à
dose de socialisme » et des monarchies de type féodal
est en crise. La région d'Asie Mineure est déchirée
par des guerres fratricides entre les différents mouvements
kurdes et constitue, de facto, une zone de non-droit. Enfin, l'équilibre
dans le sud-ouest asiatique entre la partie arabe et la partie persane
est aujourd'hui consommé. A M. De La GORCE de conclure qu'il
ne s'agit plus d'être consterné, il faut maintenant
condamner.

|
Il est
nécessaire de restaurer des relations avec l'Irak en multipliant,
par exemple, les réunions Irakiens / Occidentaux ou encore en
rétablissant des bourses pour les étudiants irakiens. |
Enfin, M. Claude
CHEYSSON rebondit sur ce postulat pour condamner très fermement
la politique menée par les Européens : « nous
nous associons à un crime contre l'Humanité ».
Les Etats-Unis ont souvent mené ce genre de politique, mais
il n'en demeure pas moins que cette politique de l'embargo reste une
politique « absurde, stupide, contre-productive et criminelle
» car nous contribuons à nier une Nation qui a des siècles
et des siècles d'histoire, à exacerber le nationalisme,
à augmenter la popularité de S. Hussein et, enfin, à
provoquer une montée de l'intégrisme.
Loin de soutenir le régime irakien puisque l'on ne peut évidemment
pas approuver toutes les actions de S. Hussein, Claude CHEYSSON conclut
en disant que « pour être efficace et pour ne pas servir
les intérêts américains, il faut agir par ceux
qui ont une capacité d'action, à savoir le peuple irakien
».
Il est donc
nécessaire de restaurer des relations avec lui en multipliant,
par exemple, les réunions Irakiens / Occidentaux ou encore
en rétablissant des bourses pour les étudiants irakiens.
Enfin, il faut demander une application intégrale des résolutions
en y faisant participer de nombreux pays. Pourquoi ne pas demander
aux pays arabes de rétablir des relations avec l'Irak ou encore,
à la veille de la présidence française, ne pas
agir collectivement en Europe pour aller dans ce sens ? Le collectif
à l'initiative de cette conférence a pris acte de ces
différentes propositions et compte continuer ses actions pour
faire évoluer la situation en Irak.
 |
Chloé
LORIDANT Responsable du Secteur Jeunes Paris du Mouvement des Citoyens
Pour en
savoir plus sur les conséquences de l'embargo en Irak...
Pour vous forger votre propre idée... |
Voici
quelques lectures "citoyennes" :
Le
Monde Diplomatique propose un dossier complet sur l'Irak avec un
bilan de la guerre du Golfe, les différentes résolutions
du Conseil de sécurité concernant l'Irak, les conséquences
géopolitiques de cet embargo dans la région du Golfe
ainsi que de nombreux articles de spécialistes sur la question
:
www.monde-diplomatique.fr/cahier/irak/

|
Pour pouvoir
exercer votre libre arbitre sur l'Irak, et plus largement sur d'autres
sujets... |
Irak,
la faute aux éditions du Cerf qui rassemble les interviews de
19 personnalités de tous horizons dans les domaines politique,
religieux, économique, universitaire, presse... « des hommes
de parole » qui livrent leurs analyses et leurs réactions
sur la question, tout en éclairant de manière très
différente la situation.
Revue Confluences
- Kosovo - n°30 - Eté 1999.
La revue d'études méditerranéennes présente
un important dossier qui prend en compte plusieurs approches du drame
kosovar. De la préparation idéologique de l'épuration
ethnique aux interrogations sur le rôle joué par l'OTAN,
une tentative est faite d'évaluer quel est l'avenir de la province
tout en essayant de peser les responsabilités actives de ce
conflit.
Revue Les Cahiers
de la médiologie - Croyance en guerre : l'effet Kosovo - n°8
- septembre 1999.
Collaborations brillantes de Pierre Vidal-Naquet, Serge Tisseron,
Ignacio Ramonet pour ce numéro de la revue consacré
à la représentation médiatique de la guerre du
Kosovo, et à une interrogation sur la construction de la conviction,
personnelle ou collective, autour d'une telle tragédie.
 |
-
CAHIER SPECIAL SUR L'IRAK DU SECTEUR JEUNES DU MDC PARIS - Mai - Juin
2000.
Le risque
que l'embargo perdure sous sa forme actuelle demeure important. |
Cela
fait déjà dix ans que l'Irak subit un embargo. Dix
ans et rien à changer alors que l'Irak a rempli toutes les
conditions définies dans les différentes résolutions
de l'ONU pour une levée de l'embargo.
L'adoption
de la résolution 986 dite « pétrole contre
nourriture » fut présentée par la presse
comme une avancée significative montrant la bonne volonté
des alliés. Mais, si elle a permis d'améliorer la
situation alimentaire d'une partie de l'Irak, elle n'est pas satisfaisante
puisqu'elle constitue de facto une prorogation de l'embargo sous
un prétexte humanitaire. Tous les problèmes de maintien
d'une éducation et d'une formation de qualité, les
problèmes sanitaires ou encore d'approvisionnement en énergie
demeurent et s'aggravent de jour en jour, tout cela dans un silence
de mort. L'adoption de la dernière résolution 1284
en décembre 1999 montre un autre pas en avant important :
le Conseil de sécurité a décidé d'alléger
des sanctions pesant sur l'Irak, notamment la fin du plafond de
vente du pétrole irakien, la fin du Comité des sanctions
ou encore la fin du tabou hypocrite sur l'investissement dans l'industrie
pétrolière irakienne. Cependant aucune proposition
n'ayant été avancée, cette annonce s'avère
de pure forme. Par conséquent le risque que l'embargo perdure
sous sa forme actuelle demeure important.

|
La France
doit se doter d'une politique étrangère ambitieuse qui
se démarque de celle des pays anglo-saxons. |
La France a un
rôle important à jouer : elle doit, évidemment,
utiliser son droit de veto au sein du Conseil de sécurité
lors de la prochaine reconduction de l'embargo, mais elle doit également
se doter d'une politique étrangère ambitieuse qui se
démarque de celle des pays anglo-saxons.
De nombreuses
associations humanitaires et autres se sont largement prononcées
sur cet embargo : IL FAUT L'ABROGER ! car l'embargo ne vise pas
le régime de Saddam Hussein mais la population civile et son
maintien ne fait qu'augmenter la popularité de ce dernier,
de favoriser la montée du nationalisme et de l'intégrisme
en Irak mais, plus largement, dans toute la région.
C'est tout le
sens que le secteur jeunes du MDC a voulu donner à la conférence
qu'il a organisée, dans les locaux de l'Institut d'Etudes Politiques
de Paris en mai 2000, avec la participation d'autres organisations
politiques de la gauche plurielle, syndicales et associatives.
 |
Aujourd'hui
30 % des enfants ne vont plus à l'école. |
Nous
refusons d'absoudre les fautes et les excès du régime
irakien. Pour autant, ceci ne doit pas nous faire ignorer les conséquences
de l'embargo. Ainsi, 10 ans après, le bilan est :
Une situation
sanitaire alarmante
: d'après l'UNICEF le taux de mortalité infantile
est passé de 56 pour mille à 131 pour mille. La malnutrition
touche un million d'enfants de moins de 5 ans. Les vaccins arrivent
une fois l'épidémie subie du fait d'un véritable
parcours du combattant nécessaire à leur importation.
L'embargo
aurait provoqué la mort d'environ 1,5 million de personnes,
dont 500 000 enfants.
Un système éducatif déstructuré :
de 1977 à 1987 l'éducation était la priorité
de l'Irak (félicitations de l'UNESCO) : malgré la
guerre avec l'Iran la scolarité avait été multipliée
par trois. Aujourd'hui 30 % des enfants ne vont plus à l'école.
Le ramassage scolaire n'est plus correctement assuré.

|
Le travail
des enfants commence à se développer de manière
sérieuse. Alors qu'un fort pourcentage de femmes était
diplômé , aujourd'hui elles restent avec leurs filles au
foyer. |
Un système
social déliquescent :
l'Irak avait instauré de nombreuses mesures de protection
sociale, d'aide et de suivi des personnes handicapées...
aujourd'hui nous assistons à une chute de 30 % des prises
en charge de ces dernières à cause de la dégradation
du matériel et des locaux. L'augmentation des orphelins est
problématique puisque aucune aide ne peut être apportée
par la famille. Le travail des enfants commence à se développer
de manière sérieuse. Alors qu'un fort pourcentage
de femmes était diplômé et qu'un taux non négligeable
d'entre elles commençait à percer dans les domaines
intellectuel et économique, aujourd'hui elles restent avec
leurs filles au foyer.
Une
économie ravagée :
la destruction du potentiel irakien, et l'impossibilité de
le reconstruire du fait de l'embargo, font que ce pays est retourné,
en une dizaine d'années, à l'ère préindustrielle.
L'industrie de pointe n'existe quasiment plus. Le produit national
a été divisé par cinq. 300 millions de pièces
détachées sont toujours bloqués aux frontières.
Le niveau de " déprofessionnalisation "
est alarmant. La mendicité et le troc par les jeunes garçons
sont monnaie courante.

|
Les
critères définis par l'ONU pour la levée de l'embargo
sont désormais respectés.
|
Devant
ce constat, quelles sont les raisons de la pérennisation
de l'embargo ?
Les critères définis par l'ONU pour la levée
de l'embargo sont désormais respectés. En effet, l'Irak
n'est pas en possession d'armes nucléaires et biologiques.
Les seules réserves concernent le potentiel de fabrications
d'armes chimiques, mais il s'agit là de "l'arme du pauvre
", n'importe quel pays peut en posséder et en fabriquer.
De plus aucune charge ne peut désormais être portée
à plus de 150 km, le secteur balistique ayant été
démantelé.
La pérennité
de cette situation n'est donc pas le résultat d'un engagement
moral de la communauté internationale mais les conséquences
d'enjeux géopolitiques :
- la crainte des monarchies du Golfe qui verraient d'un mauvais
oeil l'Irak redevenir une puissance régionale ;
- sa position géographique éminemment stratégique
;
- son sous-sol pétrolifère et ses oléoducs
sont enviés.
De plus l'embargo permet le contrôle du prix du pétrole
donc des matières premières. L'intérêt
financier des monarchies pétrolières est ainsi directement
lié à l'hégémonisme américain
dans cette région.

|
la vente
du pétrole contre de la nourriture ne permet pas de répondre
aux besoins réels de l'Irak |
Les évolutions
de la Communauté internationale :
1) L'adoption de la résolution 986 dite "pétrole
contre nourriture " fut présentée par la presse
comme une avancée significative montrant la bonne volonté
des alliés. Mais, si elle a permis d'améliorer la
situation alimentaire d'une partie de l'Irak, elle n'est pas satisfaisante
d'un double point de vue :
- cette résolution constitue de facto une prorogation de
l'embargo sous prétexte humanitaire ;
- la vente du pétrole contre de la nourriture ne permet pas
de répondre aux besoins réels de l'Irak (problème
du maintien d'une éducation et d'une formation de qualité
; problèmes sanitaires ; problème d'approvisionnement
d'énergie...)

|
un véritable
parcours du combattant sclérosant toute possibilité d'importation |
2)
L'extension de cette autorisation au matériel a eu pour corollaire
la création d'une commission de contrôle opaque qui
ne doit pas motiver ces décisions et la mise en place d'un
véritable parcours du combattant sclérosant toute
possibilité d'importation : impossibilité d'obtenir
des vaccins à temps, pas d'importation d'appareils disposant
de lasers ou de produits contenant du graphite (même les crayons
!), peu de matériels de survie même sommaire, à
raison de leurs composants, peuvent être importés...
de telles mesures ne font qu'accentuer la misère dont seule
la population est victime.
3) Le 17 décembre 1999, une première avancée
significative semble avoir vu le jour. L'adoption d'une nouvelle
résolution (n° 1284) a permis d'alléger certaines
sanctions : fin du plafond de vente du pétrole irakien, fin
du Comité des sanctions, fin du tabou politique hypocrite
sur l'investissement dans l'industrie pétrolière irakienne...
La France a joué un rôle non négligeable dans
les avancées obtenues. Mais celles-ci sont insuffisantes
puisqu'une levée de l'embargo n'est pas réellement
envisagée, alors que celui-ci a déjà causé
une dizaine de milliers de morts !

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Exigeons
ensemble, au nom des valeurs qui fondèrent notre République,
que la France utilise son droit de veto au sein du Conseil de sécurité
|
Aussi, nous appelons
la jeunesse, au nom de la raison et de la solidarité internationale
à se mobiliser, à remettre ce thème au cur
de l'actualité, en créant des lieux de débat
et de réflexion,
Nous demandons à la presse, au nom de l'objectivité,
de la transparence et du débat démocratique, de relayer
notre appel,
Nous appelons l'ensemble de la jeunesse à se mobiliser, et
ses associations (humanitaires, syndicales, politiques...) à
nous rejoindre et à prendre l'initiative en ce domaine.
Exigeons ensemble,
au nom des valeurs qui fondèrent notre République, que
la France utilise son droit de veto au sein du Conseil de sécurité,
lors de la prochaine reconduction de l'embargo, afin de mettre un
terme à ce désastre !
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