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Conclusion de Georges SARRE
Samedi 17 novembre 2001

Stage de formation du Mouvement des Citoyens


Chers Amis, Chers Camarades,

Un parti politique est un outil, seulement un outil, mais un outil qui concourt à l'expression du suffrage universel. Un parti politique est un outil à la disposition des citoyens à la fois pour élever leur niveau de compréhension du monde qui les entoure, pour développer leur capacité personnelle de jugement et pour leur permettre de participer au débat public soit en adhérant, soit simplement en votant. Un parti politique a un double rôle, d'une part pédagogie, d'autre part action.

 


rénover sur une base fondée sur l'union de la gauche, l'autogestion et le PCG

Un parti politique est donc un outil, un simple outil qui naît, qui vit, qui meurt selon les besoins, selon les circonstances, selon la volonté des citoyens. Autant, dans la République, un tel outil est utile à l'expression démocratique, autant il est dangereux d'instituer un culte du parti, une religion de l'appareil, une idéologie du parti pour le parti. Mais, il est tout aussi dangereux de négliger son propre parti politique, car comme le dit la sagesse populaire : c'est à ses outils que l'on reconnaît l'ouvrier.

Ce rappel de principe est nécessaire pour bien comprendre la démarche des fondateurs du Mouvement des Citoyens, la démarche de Jean-Pierre Chevènement, notre démarche qui s'étale sur plus de trente ans. En 1966, nous avons créé le CERES au sein de la SFIO, la " vieille maison " de Léon Blum pour rénover sur une base fondée sur l'union de la gauche, l'autogestion et le PCG. En 1971, nous avons ainsi joué un rôle charnière et décisif au Congrès d'Epinay lors de la création du nouveau Parti Socialiste. Symboliquement, nous lui avons apporté son emblème : le poing et la rose. De manière plus déterminante, nous avons permis à François Mitterrand d'en devenir le premier secrétaire. Le rôle historique de François Mitterrand aura été de permettre l'alternance, de permettre à la gauche en France de gouverner dans la durée.

nous n'avons pas pu empêcher la dérive du parti socialiste vers le social libéralisme

Mais l'histoire des deux septennats fut celle que nous connaissons. Et, l'évolution du monde fut celle que nous constatons. Aussi, dès 1985-1986, nous avons été amenés à transformer le CERES en Socialisme et République, tout en restant au sein du Parti Socialiste. Il s'agissait de faire comprendre que, malgré les déclarations tonitruantes de certains, le socialisme n'était pas à l'ordre du jour. Le gouvernement devait lutter pour la croissance, contre le chômage, développer une politique industrielle et de recherche, conforter l'Ecole de la République. Plus globalement, nous espérions encore fixer le parti socialiste sur des principes républicains. Malheureusement, nous n'avons pas pu empêcher sa dérive vers le social libéralisme. La rupture devenait alors inévitable.

Dès août 1990, le Parti Socialiste adhérait au nouvel ordre mondial prôné par les Américains. La guerre du Golfe devait impressionner les peuples, ceux du Sud, mais aussi ceux du Nord, et leur indiquer qui était désormais le maître, le seul maître. Nous en mesurons aujourd'hui les conséquences dans le monde arabo-musulman. Jean-Pierre Chevènement les avait, dès ce moment, discernées. Ministre de la Défense, il a été cohérent : il a démissionné du gouvernement le 29 janvier 1991. Une première cassure profonde apparaissait entre la majorité du Parti Socialiste et nous.

Celui-ci voyait de plus en plus la solution à tous les problèmes dans une fuite en avant européïste. Il se prononçait pour la monnaie unique et soutint le " oui " au référendum du 20 septembre 1992 sur le traité de Maastricht. Nous appelions au rejet. Cette deuxième cassure était déterminante dans des délais rapprochés, puisque ce texte conditionnait et conditionne toujours la politique économique de la France.

relever la gauche avec la France

La rupture fut consommée au moment des élections législatives de mars 1993. Le congrès constitutif du Mouvement des Citoyens se tint en décembre 1993 à Saint Egrève, près de Grenoble. Notre ambition affichée était de relever la gauche avec la France. Dans cette perspective, nous nous sommes prononcés pour un retour à la République par le rassemblement de tous les républicains. Notre objectif déclaré fut la République dans toutes ses dimensions, dans toute son amplitude, la République sociale donc.

Dans cet esprit de rassemblement, nous nous sommes alors adressés à l'autre rive, aux républicains de droite. Des responsables politiques de cette sensibilité, nous eûmes tout au plus quelques rares signes discrets de sympathie. Mais, dans l'ensemble, leur réponse se traduisit par un silence assourdissant. Ainsi, Philippe Séguin n'hésitait pas à investir tout son poids dans une inaction paralysante. Les clivages anciens, les considérations tactiques et les calculs politiciens l'emportaient sur l'intérêt de la France et la défense de la République.

Nous acquîmes la conviction qu'il fallait passer au-dessus des caciques figés et enfermés dans leur vision archaïque de la vie politique, vision dans laquelle, par exemple, le mur de Berlin n'était toujours pas tombé. Il fallait désormais attendre le moment où, à partir de la gauche, Jean-Pierre Chevènement pourrait s'adresser à tous les Français en ayant la possibilité d'être compris. Seul le temps ou l'événement peut changer la mentalité des citoyens. La patience et la présence furent alors nos tâches principales.

le processus dit de Matignon n'était que l'aboutissement logique et fatal d'une construction européenne dans une conception européïste

Le moment vint. Je dois dire, malheureusement le moment vint quand Lionel Jospin quitta la posture républicaine qu'il avait prise lors de l'investiture de son gouvernement en juin 1997, lorsque Lionel Jospin céda en Corse aux terroristes et aux ethnicistes. Jean-Pierre Chevènement se battit jusqu'au bout pour que le Premier Ministre arrête cette dérive. Il attendit vainement que, le 14 juillet 2000, le Président de la République se comportât en véritable gardien des institutions et de l'unité nationale. Mais, Jacques Chirac préféra se livrer à un petit jeu politicien, indigne d'un homme d'Etat, indigne d'un Président de la République qui se réclame du général de Gaulle. Aussi, pour la troisième fois, Jean-Pierre Chevènement fut amené à démissionner du gouvernement.

Alors, un très grand nombre de nos concitoyens, de gauche comme de droite, comprirent que l'enjeu du dossier "Corse" dépassait le seul cadre de l'île. La République elle-même s'en trouvait menacée. Mais, le processus dit de Matignon n'était que l'aboutissement logique et fatal d'une construction européenne dans une conception européïste, d'une stratégie globale qui veut défaire les nations d'Europe pour édifier une Europe des régions. Et, de plus, cette construction européenne ne se conçoit elle-même qu'en modalité continentale d'une mondialisation ultra-libérale. Ensuite, ceux qui s'inscrivent dans cette perspective peuvent varier dans leurs discours : il y a les sociaux libéraux et les libéraux sociaux. Il y a surtout les ambitions personnelles des hommes et les féroces appétits des entourages. Pourtant, il n'y a qu'un seul Président de la République. Mais, tous ne veulent faire que la même politique. Leur alternance ne présente pas la moindre alternative.

Nous sommes, tous ensemble, rassemblés pour faire élire l'homme de la Nation, Jean-Pierre Chevènement.

Avec Jean-Pierre Chevènement, c'est bien une véritable alternative que nous proposons désormais aux Français. Et, le succès de cette alternative passe par la constitution d'un pôle républicain, dont le Mouvement des Citoyens a été et reste encore le levier mais simplement un levier. Vous voyez toujours l'image de l'outil. Le pôle républicain doit rassembler largement tous les Français, patriotes et républicains, qu'ils se reconnaissent comme gaullistes, communistes, socialistes, radicaux ou de tout autre obédience démocratique. Nous ne demandons à personne d'où il vient. Nous lui demandons où il veut aller. Et s'il veut aller vers la République, nous lui proposons d'y aller ensemble. C'est de ce pôle républicain que seront issus les candidats que nous présenterons dans quasiment toutes les circonscriptions aux élections législatives de juin 2002. Au moins la moitié d'entre eux ne sera pas membre du Mouvement des Citoyens.

L'essentiel est de comprendre que le pôle républicain n'est pas un parti mais un rassemblement. Il n'y a pas de ticket à prendre à l'entrée. Le sectarisme n'est pas de mise. Nous sommes, tous ensemble, rassemblés pour faire élire l'homme de la Nation, Jean-Pierre Chevènement.

Liberté, Egalité, Fraternité.

N'attendons pas de Jean-Pierre Chevènement un programme qui décline cinquante mesures et cent dix propositions, un programme qui promet tout à tout le monde et encore plus à chacun. Jean-Pierre Chevènement n'est pas de cette trempe, il ne brigue pas la présidence d'un super conseil général. Jean-Pierre Chevènement est un candidat d'exception pour une situation d'exception. Jean-Pierre Chevènement indique un chemin, une direction, un cap ; et, il demande à tous les citoyens de composer l'équipage de ce bateau qui porte le beau nom de " République ".

L'équipage de ce bateau se rassemble sur les trois principes énumérés dans la devise même de la République : Liberté, Egalité, Fraternité.

La liberté implique la soumission de chacun à la loi librement élaborée en commun. La loi définit le champ du débat public et le contenu de l'intérêt général en délimitant la sphère de la vie privée. Cette séparation est l'essence même de cette laïcité aujourd'hui si menacée par tous les communautarismes.

L'Egalité en droit fonde la citoyenneté. Les individus sont divers, mais les citoyens sont égaux. L'égalité ne se confond pas avec un égalitarisme aussi paralysant qu'inquisiteur. Les distinctions légitimes reposent sur le talent et l'utilité commune.

La Fraternité est l'autre nom de la République sociale. La fraternité s'incarne donc dans la protection sociale, qui est solidarité entre les générations, solidarité entre les malades et les biens portants, solidarité entre les familles et les autres.

que la gauche se débarrasse enfin de son angélisme

Notre objectif est de remettre la République sur ses pieds par la mise en ouvre des mesures qui découlent de ces principes à la base de l'histoire de France depuis plus de deux siècles. Plus que jamais, dans les temps troublés que nous connaissons, ils représentent un môle solide. Ils constituent des repères communs dans la tempête. Ils sont le phare qui nous indique le chemin en évitant les écueils.

Ces principes sont d'une actualité brûlante. Il ne saurait y avoir de liberté sans sécurité des personnes et des biens. Ministre de l'Intérieur, Jean-Pierre Chevènement s'est battu pour que la gauche se débarrasse enfin de son angélisme. Les premières victimes, quand la loi est bafouée, sont toujours les plus faibles. A l'automne 1997, le colloque de Villepinte a indiqué les grands axes de la politique à développer. La police de proximité a commencé à se mettre en place, sans que toujours suivent suffisamment les moyens budgétaires ; Mais surtout, Jean-Pierre Chevènement s'est heurté à un véritable front du refus issu de cette mouvance nommée " gauche judiciaire ". Pour ces gens-là, tout est dans la prévention, et rien dans la répression. La responsabilité de la société est entière, la responsabilité de l'individu est minime. Elisabeth Guigou a opté pour être la porte-parole de cette idéologie. Lionel Jospin a arbitré en sa faveur. Alors, la délinquance des mineurs, celle des fameux sauvageons, n'a pas reçu la réponse qu'elle mérite. L'ordonnance de 1945 n'a pas été révisée. Les centres clos n'ont pas été crées. Les parquets ont été rendus indépendants, rendant incohérente et souvent incompréhensible la justice rendue. Certaines dispositions de la loi sur la présomption d'innocence relèvent plus de la " bien-pensance " que d'un souci d'efficacité. En dehors des questions matérielles, les problèmes de sécurité aujourd'hui concernent plus la justice que la police.

L'Ecole de la République est le meilleur instrument de l'égalité.

L'Ecole de la République est le meilleur instrument de l'égalité. Or, précisément, cette Ecole est aujourd'hui l'objet d'attaques diverses. L'affaire des écoles Diwan en Bretagne est grave, même si heureusement elle touche peu d'élèves. Dans ce système d'enseignement par immersion, le français devient une langue étrangère. Mais, ne soyons pas aveugles, en Corse, l'Ecole publique a déjà commencé à subir sournoisement une démarche de ce type sous l'impulsion du rectorat lui-même. Et, le projet du gouvernement prévoit de l'étendre. Il n'y a pas de raison de s'arrêter dans ce mouvement de décomposition linguistique de la France. Avec les langues régionales, viendront aussi les langues minoritaires. Les banlieues se transformeront en mosaïques linguistiques. Ici, on parlera telle variété d'arabe, la telle forme de berbère, et ailleurs tel dialecte africain, sans compter le créole, le chinois et le viet-namien, et j'en oublie. Chacun sera alors enfermé pour le pire dans sa communauté, rompant l'unité de la République et l'égalité entre les citoyens.

l'Europe des peuples et des nations, et non l'Europe des régions et des marchés

Les composantes concrètes de la fraternité sont de plus en plus menacées par le libéralisme dominateur qui s'exprime à travers l'OMC, et dont la construction européenne n'est que le relais continental. Notre protection sociale pourrait être démantelée au nom d'une efficacité supposée du privé ; les difficultés actuelles rencontrées par nos compatriotes toulousains avec les compagnies d'assurances peuvent effectivement nous édifier ! Les mêmes idéologues et technocrates veulent remettre en cause les politique communes, notamment la PAC, la politique agricole commune ; évidemment, elles ont réussi, quoiqu'il faille régulièrement les ajuster ! Evidemment, elles sont le véritable avenir de l'Europe, l'Europe des peuples et des nations, et non l'Europe des régions et des marchés.

Enfin, le service public, qui depuis longtemps est la force et l'originalité de la France, est remis en cause. Il repose sur la péréquation des tarifs dans le temps, dans l'espace et entre les citoyens. Il constitue surtout l'arme qui permet à l'Etat d'impulser et d'entraîner l'économie. Sans le service public, le rôle de l'Etat est réduit à celui de simple régulateur, de gendarme passif de l'économie. Regardez le sort de France Télécom ! Regardez le destin promis à EDF ou à la Poste.

Le retour de la République n'est en rien une réaction

Le retour de la République n'est en rien une réaction, comme nous accusent en chour libéraux, libertaires et autres européïstes. Charles Million, qui, dans ce domaine, parle d'or et d'expérience, a longuement développé cette accusation contre Jean-Pierre CHEVENEMENT dans les colonnes du Figaro. Mais, tous nos adversaires utilisent plus ou moins explicitement ce thème. La République dans sa plénitude aurait été adaptée à la situation qui prévalait il y a deux siècles. Elle ne correspondrait plus aux réalités actuelles. Notre démarche est autre parce que, pour nous, la République est un ensemble de principes ; aux républicains de chaque époque de les traduire dans le concret. Notre démarche tend donc à une renaissance, une Renaissance comme celle que connut l'Europe occidentale après le long millénaire médiéval. Nous voulons que renaisse la République, comme les humanistes surent faire renaître la Grèce et Rome. Et dans ce sillage, renaquit aussi la compréhension de la République romaine. La méditation sur son modèle servit à combattre dès lors la féodalité encore forte et puissante. C'est par la connaissance du passé, c'est par la réflexion sur l'Histoire, que les citoyens maîtrisent leur avenir.

un exemple historique, le Conseil National de la Résistance
Nous avons un exemple historique, celui du CNR, le Conseil National de la Résistance. Dans le malheur de la France, ils surent se réunir, surmonter les querelles de leurs idéologies et définir ensemble un programme. C'est ce programme qui permit à la France de se relever, de se reconstruire ; c'est ce programme qui est l'ossature des Trente Glorieuses ; c'est ce programme que les libéraux ont sans cesse combattu depuis plus de cinquante ans. Aujourd'hui, même si les temps sont troublés, la situation est beaucoup moins dramatique. Les abîmes qui séparaient les communistes et les autres se sont estompés. Aussi, le rassemblement doit rencontrer moins de difficultés de toute nature. Nous pouvons donc, nous devons donc rassembler, toujours rassembler, encore ressembler, pour que la France retrouve sa vigueur et sa grandeur aussi, pour que les Français retrouvent confiance dans leur patrie. Avec l'homme du rassemblement, l'homme de la Nation, constituons le plus large pôle républicain.

Le Mouvement des Citoyens est donc un outil au sein du pôle républicain pour le retour à la République. Soyons fiers de son histoire, de notre histoire, brève peut-être, mais intense sûrement, notre histoire marquée par les prises de position retentissantes de notre fondateur, Jean-Pierre Chevènement. Quoiqu'en disent certains commentateurs qui sont loin d'être toujours bienveillants, quoique déclarent nombre de girouettes qui jugent le monde à leur aune, quel que soit le venin versé par des membres de cabinet ministériel, nous n'avons pas dévié. Nous gardons toujours le même cap, le cap de la République. Nous adaptons notre trajectoire.