Six
ans déjà ! Depuis six ans, le Mouvement des Citoyens mène
le combat pour relever la gauche avec la France. Courageuse avant-garde
républicaine, il se tient au premier rang de batailles difficiles.
Dans un univers qui vit de l'instant, de l'émotion, se nourrit
d'images ou de clichés, nous croyons dans la force de la raison
humaine, nous nous inscrivons dans le fil d'une histoire et nous avons
le défaut de parler net. L'idée républicaine est à la mode. Tout, de nos jours, est devenu "citoyen". Mais l'idée républicaine est-elle un vecteur de changement politique, social, culturel ou le paravent d'un nouveau conformisme ? Prendre la République au sérieux, c'est en tirer les conséquences dans tous les domaines et non se contenter de baptiser de citoyenne toute revendication, fut-elle la plus insensée. |
C'est
se référer toujours aux sources de la légitimité
qui tiennent dans le peuple et dans le suffrage universel, et pas dans
les nuées, dans la logorrhée qui sert de paravent au pouvoir
des oligarchies. C'est fonder l'avenir sur des citoyens souverains
capables de décider de leur destin. Vous le savez bien le
discours républicain s 'est largement répandu, depuis que
nous avons proposé d'y puiser la force du renouveau de la gauche.
Mais entre le verbe et le réel, il y a un long chemin à
parcourir; Nous sommes là pour y aider. |
Depuis le 1" janvier, l'euro est là. Nous ne l'avions pas désiré; nous ne l'ignorerons pas. La construction européenne reste cependant pétrie d'incertitudes. La perpective d'une Europe fédérale, que certains imaginaient comme prolongement de l'euro, s'éloigne en réalité de jour en jour. Je pense que cette idée de Fédération est derrière nous, car personne n'entend consacrer de moyens nouveaux à l'Union européenne, dont le budget reste infime. La légitimité reste dans les nations. La négociation dite Agenda 2000 le manifeste de façon lumineuse pour ceux qui voudront bien exercer leur réflexion sur la réalité. Devant ce destin en suspens, la France inspirée des principes républicains, peut peser en faveur d'une réorientation profonde, en faveur d'une Europe des nations. | Il
suffit pour cela de s'appuyer sur ce qui résiste, c'est-à-dire
les peuples. C'est un travail politique. Il ne nous rebute
pas: nous voyons l'intérêt d'une Communauté d'État-nations
conscients de leurs solidarités.
En attendant, la voix de la
France doit pouvoir continuer à se faire entendre dans un monde
devenu unipolaire, que beaucoup ont renoncé même à
contester tant la voix du plus puissant leur est impérative.
Quel rôle pourrait jouer l'Europe si demain elle commence à
penser son avenir de manière propre ! Mais que de chemin à
faire pour en arriver là ! |
Les acquis du gouvernement Jospin | |
Nous participons au gouvernement
de Lionel Jospin qui a exprime à de multiples reprises des convictions
fermes, rencontrant nos vues et faisant de l'exigence républicaine
l'axe de son action. Vous avez tous en mémoire son discours
de politique générale du 19 juin 1997.
L'année écoulée
a vu la croissance retrouvée. 585.000 emplois ont été
créés, dont 158.000 emplois pour les jeunes depuis juin
1997. |
La confiance des citoyens est au rendez-vous, parce que l'intégrité, un sain usage de la volonté en politique a brisé avec la culture du renoncement. La réhabilitation de la nation républicaine à laquelle s'attache résolument le Premier ministre nous est sensible. Nous le savons : c'est la clé de la relève d'une gauche sérieuse. La voie reste ouverte aux réformes, malgré les obstacles qui sont nombreux. |
La droite n'a pas surmonté sa défaite | |
Depuis
l'échec de la dissolution la situation de la droite est très
instable. Jacques Chirac n'a pas de compétiteur, mais la
droite se fragmente. Elle est dépourvue de projet et croit
pouvoir forger son identité en s'opposant pour s'opposer; Une fracture
profonde la traverse, entre ceux qui ne croient plus à l'avenir
de la nation et ceux qui espèrent encore en elle. Cette fracture,
qui est dangereuse pour la gauche, est meurtrière pour la droite
dont le rapport à la nation est depuis quelque temps totalement
altéré. |
Les uns cherchent leur salut dans une fuite en avant vers un européisme débridé au moment même où ses charmes commencent à s'épuiser; Les autres croient pouvoir reconquérir une majorité en multipliant les passerelles avec l'extrême-droite, poussant parfois cette folle logique jusqu'au déshonneur. Ces deux voies sont sans issue. |
L'avenir est ouvert | |
La gauche est ainsi en situation de garder la confiance populaire. Mais elle se cherche encore. Rien d'étonnant à cela, après la débâcle des idéologies défaites. L'exercice du pouvoir peut être salutaire s'il conduit à un renouvellement idéologique fondé sur la réalité et sur l'exigence. Mais vous connaissez aussi la force des conservatismes, de la pensée conforme, qui détournent de la fidélité que la gauche doit au peuple, au monde du travail. La tentation d'épouser les causes d'une petite frange de la société qui détient les clés des succès médiatiques peut conduire à la faute. | Au lieu de courir après tous les thèmes à la mode, fussent-ils nourris de l'exacerbation de l'individualisme ou de l'obscurantisme qui accompagne la fin du deuxième millénaire, mieux vaut assurément répondre aux questions que nous posent ceux qui vivent de leur travail ou qui en cherchent un : le chômage, 1 école et l'égalité des chances, la sûreté. Le principal reproche qu'il faut faire à la gauche bien pensante, c'est de fuir le réel. A nous de le rappeler et de monter que notre fidélité à quelques grandes valeurs collectives n'a rien de désuet. |
I - LA CRISE A L'HORIZON | |
Car,
n'en doutez pas, le réel viendra très vite frapper à
notre porte. La mondialisation et l'accélération des
échanges, l'absence de régulation, débouchent sur
des déséquilibres et des crises insupportables. Il
n'est pas besoin de se rendre à Davos pour s'en rendre compte.
L'arrivée de l'euro se produit dans un contexte qui sera marqué par ces incertitudes, mais dont l'arbitre sera la Banque centrale européenne plus encline à lutter contre une inflation qui n'existe plus que contre le chômage qui demeure. |
Notre horizon économique n'est pas exempt de nuages. Vous le savez bien. Ces difficultés qui nous attendent doivent inciter la gauche tout entière à savoir remettre en cause les dogmes d'hier. oui, la réalité - et d'abord le chômage, en France, en Allemagne, dans toute l'Europe- nous appelle à surmonter les erreurs d'hier, le monétarisme, et les risques d'aujourd'hui : un euro sans contrepoids dans les politiques économiques de chaque pays et sans amortisseur face aux chocs à venir. Nous entrons dans une période nouvelle, avec des acteurs nouveaux, à Paris, à Rome, à Berlin. Il nous faudra peser de tout notre poids pour conjurer le risque de crise et sortir des ornières. |
Il - L'EUROPE RESTE A INVENTER | |
A)
L'Europe est un objet politique à identifier
N'en déplaise, à M. Léotard ou à M. Delors, c'est moins qu'une Fédération mais c'est plus qu'une Confédération. 1) C'est plus qu'une confédération, puisqu'elle est dotée d'un droit européen, d'une politique commune, la P.A.C., d'une politique de la concurrence. 2) Mais ce n'est pas une Fédération. La genèse du traité d'Amsterdam le montre faute de pouvoir réformer les institutions avant l'élargissement, les négociateurs se sont rabattus sur la communautarisation, dans cinq ans, de ,l'asile et de l'immigration. Domaines qui n'ont donné lieu à ce jour à aucune préparation. La crise des institutions européennes face à la perspective d'élargissement n'est nullement résolue. |
3) Agenda 2000 est un révélateur des contradictions. La crise de la politique agricole commune pose la question de manière dont l'Europe pense son destin aux côtés des États-Unis et indépendamment d'eux. Les menaces qui pèsent sur les fonds structurels montrent la difficulté à instituer un espace unique d'échange où les inégalités seraient combattues. Le marché unique et la monnaie unique se voient privés des mécanismes de transferts nécessaires pour réduire les inégalités au sein de l'Union européenne. |
4)
L'euro et l'emploi. Dans un contexte de ralentissement de la croissance,
le risque principal à terme est celui d'une surévaluation
de l'euro par rapport au dollar. Il n'est pas écarté.
Nos industries, nos emplois, ont besoin d'une parité réaliste.
on a vu depuis juin 1997 à quel point un taux de change réaliste
était favorable à la croissance.
La conduite de la politique
monétaire relève à présent de la Banque
centrale européenne. C'est elle qui tient les clés
du verrou monétaire. La réduction à zéro
de l'inflation limitera de plus en plus les possibilités d'une
politique de baisse des taux d'intérêt. Le statut
d'indépendance qui lui a été conféré
retarde les décisions nécessaires et contrarie la perspective
d'une croissance durable en Europe. |
Il
faut que cet atout serve l'objectif principal : la croissance et l'emploi
à travers une politique d'expansion conçue à l'échelle
de l'Europe toute entière.
5) L'Europe fédérale est derrière nous. Avec une monnaie mais pas de politique étrangère, avec une politique de la concurrence mais pas de politique industrielle, l'Europe reste un objet politique non identifié. Le budget communautaire représente 1,2 % du P.I.B. Pour une construction qu'on voudrait fédérale, c'est tout à fait dérisoire. Les budgets nationaux représentent 25 % des P.I.B. Les négociations communautaires excluent toute augmentation sérieuse du budget communautaire. Ceux qui souhaitent une évolution fédérale de l'Union se paient de mots. Il est temps de revenir aux réalités, celles d'une Europe fondée sur la volonté politique, c'est-à-dire sur les nations. |
6)
L'issue : vers des coopérations renforcées. Des conditions
exceptionnelles sont créées aujourd'hui pour réorienter
la construction européenne. Cette réorientation sera
mise en marche par un moteur franco-allemand revigoré. Ce
qui se passe outre-Rhin, depuis la victoire de Gerhardt Schroeder, est,
malgré quelques nuages passagers, plein d'intérêt.
Permettez moi d'aller chercher en Allemagne quelques facteurs d'espoir
pour la réorientation européenne nécessaire.
La réforme du droit de
la nationalité allemand est une bonne nouvelle non seulement
pour l'Allemagne mais pour l'Europe tout entière. C'est
une entreprise difficile et courageuse, qui revient, en réalité,
sur la conception de la nation adoptée en Allemagne depuis Fichte.
En faisant une large part au droit du sol, les Allemands rejoignent
une conception moderne de la nation, comme communauté de projet
et d'appartenance. |
La
vieille définition du Volk est supplantée par une vision
moderne et ouverte de la nation, faisant place aux nouveaux arrivés.
C'est important pour les Turcs qui vivent en Allemagne depuis des décennies.
Mais c'est aussi décisif pour l'idée que l'Allemagne se
fait d'elle-même et par conséquent pour nous mêmes.
On ne peut pas construire une Europe des nations fondée sur des
conceptions archaïques. Mais à l'inverse, une idée
partagée et moderne de la nation peut permettre à la France
et à l'Allemagne d'arrimer la construction européenne aux
réalités nationales au lieu de nourrir des illusions fédéralistes
et culpabilisantes sans consistance. Ce changement de l'idée
que l'Allemagne se fait d'elle-même est pour nous la meilleure nouvelle.
|
Le dialogue entre les sociétés, en France et en Allemagne, doit s'intensifier. 12% des jeunes Français apprennent l'allemand et 6% des jeunes Allemands apprennent le français. C'est terriblement insuffisant. Et pourtant que de champs ouverts au dialogue : le primat du politique dans la culture républicaine, la gestion de la diversité dans un État fédéral, la laïcité, la place de l'Histoire, autant de thèmes qui doivent nourrir des échanges sérieux, approfondis. Songez aussi à la situation des citoyens des anciens Lânder de l'Est, qui puisent dans leur histoire prussienne ou saxonne des conceptions politiques plus proches à bien des égards de la tradition française que des conceptions qu'on nomme rhénanes. Le Mouvement des Citoyens, je pense spécialement à son secteur Jeunes, pourrait donner l'exemple de ces échanges. | Avec les nouveaux dirigeants allemands, nous avons en commun la volonté de lutter réellement pour la croissance, et contre le chômage. Voilà l'axe de la relance des rapports franco-allemands. Faire reculer le chômage en Allemagne : c'est le coeur du programme de Gehrardt Schrôeder. Or, pour retrouver la croissance, malgré les nuages qui s'annoncent à l'horizon, il faut en finir avec les critères déflationnistes, il faut une parité réaliste avec le dollar, il faut une politique monétaire au service de l'emploi. Cette sortie de la logique maastrichienne est désormais à notre portée, car elle trouve en Allemagne de puissants soutiens. |
C'est
notre priorité. La Politique étrangère et de
sécurité commune peut attendre. Les conditions politiques
ne sont pas remplies pour avancer. Et d'ici là l'indépendance
de la France reste nécessaire. Car les sacrifices que nous
consentirions ne serviraient pas, en l'état, une diplomatie européenne
commune. Ce serait lâcher la proie pour l'ombre.
Notre priorité c'est de peser sur la Banque centrale européenne. Le Conseil de l'euro peut en être le moyen. La Voix des représentants des peuples, leur exigence d'organiser l'expansion en Europe doit être exprimée avec force. |
S'il est un point sur lequel la gauche en Europe pourrait s'entendre et qui pourrait être défendu ensemble par les Français et les Allemands, c'est bien la nécessité d'inscrire dans les statuts de la Banque centrale le devoir de défendre le plein-emploi, au moins au même titre que la lutte contre une inflation qui a disparu. Peut-on accepter de la BCEI soit la seule banque centrale dans le monde à se trouver affranchie de ce devoir ? voilà une révision du traité de Maastricht qui est nécessaire, qui est urgente, et que nous devons placer au premier plan de notre programme! |
B) L'Europe, une chaîne de solidarités dans un monde à rééquilibrer | |
1) Cet objet politique qu'est l'Europe doit être identifié. Il s'agit de la situer dans le champ de forces mondial. Le monde multipolaire que nous appelons de nos vœux est encore loin. La Russie est sans doute durablement affaiblie; la Chine n'est pas encore en mesure de peser à hauteur de la place qu'elle tient dans la population du monde; le talon d'Achille du Japon c'est sa dépendance vis à vis des marchés extérieurs. Les nations d'Europe ont besoin d'organiser leur autonomie stratégique dans un monde que rend très imprévisible l'absence de politique étrangère conséquente des États-Unis, ses contradictions dans le monde arabo-musulman, ses hésitations, et les conditions si particulières du mode d'élaboration des décisions politiques à Washington. | 2)
L'alternative. Devant cette situation deux destins s'offrent à
nous.
Ou bien, la mise à la
remorque derrière la première puissance mondiale, l'acceptation
de son leadership dans tous les domaines décisifs, en échange
d'un confort de vie et d'une mise en retrait des affaires du monde.
C'est l'ensuissement. Il tente beaucoup de monde. Et nos
voisins suisses auxquels on ne peut le reprocher étant donné
la petite taille de leur pays vivent cela très bien.
|
Est-ce
compatible avec la manière dont les peuples d'Europe voient leur
avenir, vivent leur histoire, veulent marquer leur destin ? Pour des élites
repues, ce scénario est concevable, mais il ne correspond pas aux
aspirations des peuples. D'abord parce que ceux qui vivent de leur
travail savent bien que dans un tel scénario, les chances ne sont
pas égales pour ceux qui vivent de la rente et pour ceux qui sont
condamnés au chômage et à l'exclusion de masse.
Alors il nous faut travailler à la construction d'une identité européenne, fondée non pas sur la négation des nations, mais sur leur force propulsive propre. La France, ce qu'elle représente, n'a besoin que d'un projet pour revivre au XXIème siècle. Elle apporte à l'ensemble européen une conception singulière de la politique qui s'appelle la République. |
Ceux
qui voudraient l'effacer chez nous ne comprennent pas ce qu'est l'Europe,
ignorent son histoire. Nous n'entendons pas exporter le modèle
républicain par la force; mais que personne ne nous impose de force
la désagrégation de la République par le libéralisme.
La France fait vivre une conception irremplaçable du rapport à
l'universel. Nous voulons nous faire entendre dans les affaires du monde,
peser pour un monde plus juste et multipolaire, agir pour le développement
du Sud, ne pas nous résigner devant la loi du plus fort.
Cette énergie est nécessaire à l'Europe, dès
lors qu'elle ne se limite pas à être un espace boutiquier
docile aux États-Unis et prêt à quitter l'Histoire.
Il y a un génie des nations qui peut apporter beaucoup à l'Europe. |
Le rôle de l'Allemagne lui est dicté par sa géographie. Sa politique à l'Est a été positive au moment de l'effondrement du communisme. Et cette politique doit être celle de l'Europe tout entière, capable d'entraîner les pays d'Europe centrale et orientale dans un cycle de croissance et de développement. Je crois au dialogue entre la France et l'Allemagne et à ses vertus, dès lors qu'il est pratiqué avec franchise. La situation de l'Allemagne au coeur de l'Europe est un fait. Il faut l'équilibrer, tenir bon quand c'est nécessaire, mais reconnaître aussi le rôle qu'elle joue en faveur de la stabilité au centre du continent. | L'Italie a montré dans la période récente qu'elle était fidèle à ses devoirs de nation latine. En condamnant les bombardements américano-britanniques sur l'Irak, le gouvernement de Massimo d'Alema a manifesté une liberté d'allure, qui s'ancre dans l'histoire du mouvement ouvrier, politique et syndical, italien. Pour construire une Europe largement ouverte à la Méditerranée, et non pas une simple Bastille centrée sur le Nord, l'Italie remplira une fonction éminente. Sa participation à l'euro a contribué à changer la donne et son action poussera, comme la nôtre, à mettre l'action contre le chômage au premier plan. |
Le
rôle de l'Espagne pour équilibrer vers le Sud la construction
européenne, pour lui ouvrir les chemins de bons rapports avec l'Amérique
latine, est indispensable. Certes son régionalisme poussé
à l'incandescence peut mettre en cause l'unité nationale
espagnole. Mais une Europe des nations, qui cesserait de spéculer
sur l'opposition entre les régions et les États centraux,
serait un cadre approprié pour une remontée de l'influence
utile de l'Espagne. Il en va de même du Portugal qui ouvre
l'horizon vers le Brésil sans parler de la Grèce qui a un
rôle stabilisateur à jouer dans les Balkans.
Je ne veux pas, en brossant ce tableau rapidement, ignorer les zones indécises de l'Europe. La Grande-Bretagne, par nature attirée vers le Grand large. mais, l'opinion publique britannique a accueilli avec réticence les frappes militaires sur l'Irak. Une conscience européenne s'affirme. |
Les
États du Bénélux, la Scandinavie, les pays d'Europe
centrale et orientale, regardent toujours vers les États-Unis pour
trouver protection face à des dangers aujourd'hui disparus.
Ils s'étonnent de toute velléité d'autonomie européenne
ou s'y opposent notamment en matière de défense. Il
ne faut pas ignorer ces résistances. Mais une Europe des
nations, réorientée autour de ses priorités, peut
se dessiner à partir des réalités. C'est une
chaîne de solidarités profitables à chacun qui contribuera
à rééquilibrer les rapports mondiaux.
Ces perspectives s'ouvriront dès lors qu'auront été abandonnées les chimères du post-national qui sont le paravent de la démission devant l'hégémonie de la seule Superpuissance. |
III - LE MODÈLE RÉPUBLICAIN DOIT ÊTRE DÉFENDU | |
Le
modèle républicain doit être défendu tout simplement
parce qu'il a sa pertinence. Il le montre en Europe. La conception
du droit du sol va s'étendre et se généralisé.
Le choix historique du chancelier Schrôder est un tournant.
La laïcité introduite en France depuis deux cents ans se marie
bien avec l'esprit de la Réforme dès lors qu'il s'agit d'accueillir
et d'intégrer des nouveaux venus, de soustraire le débat
politique au dogme, de séparer le religieux du politique.
Avoir voulu exporter ce modèle par les armes, comme le fit la révolution française contre l'avis de Robespierre fut une faute. Avoir voulu exporter la nationalité française en Algérie fut un échec. |
Tout
cela éveilla à rebours des réactions fortes encore
perceptibles en Allemagne, et extrêmement violentes en Algérie,
mais après le rejet de la greffe imposée par la force, le
libre examen des principes républicains montre ses avantages.
L'Algérie le mesure. De l'autre côté de la Méditerranée,
une autre vaillante avant-garde veut ouvrir le chemin d'une République
moderne, seule capable de balayer les intégrismes et de fonder
sur ce peuple courageux un effort national de développement et
de justice sociale. Affirmons notre solidarité active vis-à-vis
de ceux qui ont choisi en Algérie de servir la démocratie
et la République. Mais C'est en France même d'abord, que le modèle républicain doit être défendu. |
A) Face à la crise et à la dérive vers le modèle américain | |
Depuis
vingt-cinq ans la crise a exercé ses ravages inégalités
croissantes, chômage de masse, pannes de l'ascenseur social, ratés
de l'intégration. Le manque de projet, le doute et la honte
de soi ont assombri l'avenir. Quoi d'étonnant à observer
dans le même temps la montée des communautarismes de toutes
sortes, voire des intégrismes ?
il faut marquer un coup d'arrêt à cette dérive. Car nous savons où elle nous conduirait : vers une Amérique qui ne serait pas la Californie et la Silicon Valley, mais le Bronx et les nouveaux ghettos. |
Dans certaines de nos villes, certains quartiers , certains départements tout entiers, la relégation des pauvres et des immigrés est déjà un fait. La ségrégation, l'affrontement remplacent la vie civilisée. Si nous ne prenons pas à bras le corps ce problème, le modèle républicain périra. L'apartheid social le remplacera, avec ses corollaires : la violence et l'ultra-repression. c'est justement parce que nous ne voulons pas de ce régime, que nous voulons, quand il en est encore temps, agir concrètement pour arrêter la dérive. |
B) La lutte pour l'accès à la citoyenneté | |
C'est
un combat d'abord politique au sens noble du terme. Il ne doit pas
se laisser saucissonner dans une multitudes d'actions sectorielles.
Toutes doivent être éclairées par une visée
d'ensemble : l'accès à la pleine citoyenneté.
Dans le travail, l'éducation, la culture, les loisirs, l'habitat,
la ville toutes les actions doivent prendre sens : faire vivre les valeurs
d'égalité, faire respecter les citoyens. |
1)
La lutte pour l'accès à l'emploi et contre les discriminations
"En tous domaines, faire retour à la République": s'il est un champ d'application du programme défini par Lionel Jospin, c'est bien celui-là. L'enjeu majeur de la société française est de savoir si elle va continuer sa dérive vers le communautarisme et le différentialisme à l'anglo-saxonne ou si elle va trouver en elle-même la force d'une-refondation républicaine. |
Toute
une génération de jeunes issus de l'immigration a du mal
à trouver sa place dans la société. Je dis ici
que c'est le devoir moral de chaque responsable, politique, syndical, associatif,
de chaque militant, de chaque élu, de quiconque est investi d'une
autorité publique, de tenir pour une tâche prioritaire l'accès
de ces jeunes à un emploi, leur accès à la citoyenneté.
il faut sortir les jeunes nés de l'immigration du ghetto où la société les enferme trop souvent, et où ils s'enferment eux-mêmes. un cercle vicieux est à briser. La citoyenneté est un ensemble indissociable de droits et de devoirs. L'égalité des devoirs est liée à l'égalité des droits. L'appel au civisme est nécessaire. Il doit être lié à la lutte contre les discriminations. Parce que beaucoup de ces jeunes portent sur leur visage le signe de leur différence, une discrimination ouverte ou dissimulée s'effectue à l'embauche, pour le logement, dans les loisirs. Ce n'est pas acceptable. |
L'action de l'Etat est une chose : j'ai demandé aux préfets de réunir dans chaque département une commission d'accès à la citoyenneté pour que tous les moyens d'aider à trouver un emploi, une formation, soient mis en oeuvre, pour que la participation à la vie civique soit encouragée, pour que les discriminations soient combattues. L'Etat républicain doit être au premier rang de ce combat. Les nouveaux citoyens issus de l'immigration doivent le tenir comme le premier garant de leur égalité en droits. J'entends aussi que les hommes et les femmes recrutées dans les emplois publics soient à l'image de la France d'aujourd'hui. C'est vrai dans la police, où chacun doit se reconnaître en ceux qui font appliquer la loi républicaine. Mais l'État ne donnera l'impulsion décisive d'une politique d'accès à la citoyenneté que si dans le pays, dans la société, dans les villes, dans les quartiers, un immense mouvement se dessine pour l'égalité et pour la fraternité des citoyens, quelle que soit leur origine. Oui, il est temps de dire non à l'apartheid et de relancer le combat républicain par une grande campagne militante. |
2)
La lutte contre l'insécurité
La lutte contre l'insécurité
fait partie du combat pour défendre le modèle républicain.
Il faut mesurer l'importance que prennent les violences dans la vie
de beaucoup de nos concitoyens et le sentiment d'insécurité
qu'elles génèrent. On les présente souvent
comme la conséquence du mal vivre des cités, des banlieues.
Comme une révolte irrationnelle autodestructrice contre le chômage,
le rejet, les inégalités sociales. Il faut se garder
de tout confondre : les jeunes, souvent premières victimes de
la violence, et qui dans leur immense majorité aspirent à
réussir leur vie, et les délinquants souvent multi-récidivistes
qui pourrissent leur quartier et constituent pour les autres un exemple
déplorable qui prospère sur les trafics en tous genres.
Et bien, tout républicain peut rappeler ce principe simple: les
difficultés rencontrées n'autorisent pas à insulter,
à détruire, à blesser voire à tuer.
Tout être humain est un être de liberté, il ne doit
pas être traité comme un zombie irresponsable.
|
Une fermeté républicaine est absolument nécessaire pour enrayer la dérive vers une société ségrégationniste. Le dialogue sur le terrain peut dissiper les fantasmes et relativiser les choses. La justice sociale passe par l'égalité réelle des chances. Il est temps de s'apercevoir que la seule analyse sociologique ne contient pas en elle-même la réponse à l'extension des violences. Entre une jeunesse qui s'inquiète de son avenir, qui souhaite trouver la voie de son épanouissement, qui veut prendre des responsabilités, et une poignée de petits caïds, la confusion n'est pas permise. Et vous le savez bien, l'insécurité frappe d'abord les plus modestes, ceux qui ne peuvent trouver les moyens de vivre dans un quartier plus calme ou de se protéger par eux mêmes. Une sûreté égale pour tous est un devoir de l'État républicain. |
Prévenir
la délinquance, c'est le rôle des parents d'abord, c'est
le rôle de l'école ensuite, et plus généralement
des institutions et des associations éducatives. La réprimer
quand la prévention n'a pas réussi c'est encore le rôle
des parents et si cela ne suffit pas celui de la police et de la justice.
Il s'agit de dissuader ceux qui peuvent être tentés de tomber
du mauvais côté. Pour cela, l'exemplarité de
la sanction, claire, lisible, proportionnée à la faute mais
administrée sans retard, fait aussi partie de la prévention
pour le plus grand nombre. L'éloignement, assorti d'un projet
éducatif solide, peut s'avérer nécessaire pour tracer
des limites et apprendre la règle à ceux qui l'ignorent.
|
Rétablir
la sécurité dans nos banlieues par un immense effort d'éducation
et par une fermeté réellement républicaine est le
seul moyen d'enrayer la fuite de ceux de ses habitants qui le peuvent
hors de ces quartiers, bref leur ghettoïsation. C'est aussi
le moyen le plus efficace de combattre les progrès de l'extrême-droite
dans les couches populaire.
Ne pas se hausser à la hauteur de nos responsabilités d'aujourd'hui, ce serait abandonner le terrain aux démagogues et aux ennemis de la République. Car ce qui est en jeu, c'est le modèle républicain lui-même. |
3)
La politique de mixité sociale
C'est le même but, celui d'une citoyenneté pleine et entière pour tous, que nous devons poursuivre, en modernisant notre administration territoriale. Dans les villes, aux portes des villes, le pacte républicain est gravement menacé. On ne pourra rien faire contre l'inégalité sociale, contre l'exclusion, si on laisse se constituer des ghettos économiques et ethniques, des quartiers à l'abandon face à des quartiers ou des centres villes prospères mais repliés sur eux-mêmes ou protégés par des milices privées... |
C'est le sens du projet de loi que je propose en ce moment même à l'Assemblée nationale. L'intercommunalité urbaine, c'est l'outil de la lutte contre l'apartheid spatial. Dans les agglomérations de plus de 50 000 habitants, il faut organiser la mixité sociale, c'est-à-dire prendre au niveau de l'agglomération les décisions qui engagent le long terme : répartition de l'habitat, remodelage des banlieues, politiques ciblées de formation et d'emploi. |
C) Le rôle du M.D.C. | |
L'action
d'en haut - celle de l'État - n'est rien si elle n'est pas relayée
par un puissant mouvement venu de la base, venu des citoyens eux-mêmes.
Voilà pourquoi le Mouvement des Citoyens doit être à l'initiative d'une campagne pour l'accès à la citoyenneté. Nous devons nous adresser à nos partenaires, politiques, syndicaux, associatifs, pour leur proposer de mener ensemble, et d'abord dans les quartiers difficiles, des actions communes et d'envergure pour aider toute cette génération, en particulier celle issue de l'immigration, à réussir son insertion sociale et professionnelle, à prendre une part active à la vie civique, à s'exprimer et à agir, bref à devenir pleinement citoyens. Relever le défi de l'accès à la citoyenneté est le devoir majeur des dix années qui viennent. |
J'entends que beaucoup d'esprits - le plus souvent guidés par une générosité sincère - veulent "parrainer" des immigrants illégaux. Et si vous leur proposiez de s'intéresser à ceux qui respectent nos lois avant de s'intéresser à eux qui les violent, aux millions de jeunes issus de l'immigration ou récents arrivés, de les parrainer, de leur tendre la main, de les aider à suivre une formation, à trouver un emploi, de les aider à surmonter les préjugés qui les frappent à l'embauche, de combattre avec eux les discriminations. Un mouvement des droits civiques est à créer, sur un modèle républicain : rassemblant tous les citoyens sans distinction d'origine, luttant côte à côte pour l'égalité et la fraternité. Voilà, pour le mouvement des Citoyens, un immense terrain d'action au service d'une idée généreuse de la France, d'une France qui change et qui doit changer pour rester elle-même. Je propose de faire de l'accès à la citoyenneté le thème majeur d'une campagne de masse dont les élections européennes ne seront qu'un premier moment. |
IV
- LES ÉLECTIONS EUROPÉENNES Vous le savez très bien, les élections européennes comportent surtout des enjeux de politique intérieure. C'est à cette occasion qu'on vit Le Pen s'affirmer, ou Bernard Tapie faire glisser Michel Rocard; c'est un moment de politique intérieure dont les effets sont à peu de choses près ceux d'un feu de paille. |
|
A) Face
à la crise, l'idéologie libéral-libertaire est le
paravent de l'ordre établi
La meilleure preuve est que ceux qui s'en réclament estiment qu'il n'y a pas d'alternative. Ou plutôt si : le bolchevisme et le bonapartisme puisque le monde est divisé, depuis huit jours, entre li-li et bo-bo ! S'il vous venait l'audace de vous opposer à la vulgate, il ne vous resterait qu'à vous classer fils de Lénine ou nostalgique du Premier Empire. Dans cette habile présentation, la véritable alternative au libéralisme libertaire, à savoir la République, passe à la trappe. |
C'est
que pour les tenants de ce courant de pensée, la soumission au
libéralisme marchand accommodé du souvenir des temps où
ils proclamaient qu'il était interdit d'interdire, est l'horizon
indépassable de notre temps. Contester cette évidence
ne peut relever que du bolchevisme ou du bonapartisme !
Voilà la boucle bouclée et les bouillonnants contestataires d'hier devenus chantres de la monnaie unique et de la banque centrale indépendante, et apôtres du marché. |
Les
verts sont allés choisir une tête de liste hors de leurs
rangs. Il est bien entendu qu'il ne représente aucun courant
idéologique, aucune couche sociale : le dire serait blasphémer
et le châtiment médiatique s'abattrait impitoyablement.
Mais j'observe que ce choix fait surtout problème pour les Verts.
Ce qui constituait leur apport original et leur contestation de l'ordre
établi s'est fracassé contre le miroir aux alouettes.
Passage à l'euro, révision constitutionnelle : l'alignement
et le conformisme sont au rendez-vous mais beaucoup de verts en ont les
dents agacées.
Nous avons combattu le libéralisme sous toutes les espèces et nous avons appris à le reconnaître sous le plus affriolant plumage. |
Nous sommes donc preneurs d'un dialogue au fond avec les Verts, d'un dialogue sérieux, argumenté. Sans doute ne nous mettrons-nous pas d'accord sur tout : Ainsi, en prenant la question du nucléaire à travers le seul problème des déchets ultimes, les Verts négligent toute approche globale intégrant les données géostratégiques (la dépendance énergétique de l'Europe et le caractère éminemment politique du prix du pétrole), les données démographiques (l'humanité comptera 9 milliards d'hommes à deux générations d'ici) et même les données écologiques (l'effet de serre et la moindre dangerosité du nucléaire pour ceux qui y travaillent, par rapport à d'autres formes d'énergie, charbon et gaz où les morts par accidents se comptent par milliers). |
Le
principe de précaution ne peut signifier l'élimination de
toute prise de risque, sauf à déboucher sur un total immobilisme.
Être contre le nucléaire, le T.G.V., les autoroutes, la création
de nouveau aéroports, et pour l'alourdissement des normes environnementales
à un niveau insupportable dans le court terme pour les collectivités
locales, constitue une prise de position idéologique mais non un
programme politique.
Il est temps d'aborder ces questions qui sont des questions réelles, en partant des faits, et à la lumière d'une critique raisonnée mettant en balance tous les arguments, Bref, nous réclamons des Verts une approche laïque de cette question comme de toutes les autres, en dehors de tout terrorisme idéologique visant à imposer la dictature d'un "politiquement correct". |
Nous refusons tout parti pris malthusien en encore plus l'intolérance. Nous souhaitons la transparence, le débat, et la recherche en commun de solutions raisonnables. Et nous n'avons rien contre les Verts, bien au contraire. Il nous sont plutôt sympathiques en réalité. Simplement nous les préférerions un peu plus mûrs. |
B) Le projet de refondation républicaine implique la cohésion de la majorité de gauche | |
Le
MDC se veut un facteur de cohérence pour la majorité et
pour le gouvernement. Sans renoncer à nos convictions, bien
au contraire, nous avons refusé la stratégie du harcèlement.
Le courant républicain est bien vivant dans notre pays. Le Mouvement des citoyens en exprime la cohérence idéologique, mais ce courant d'idées est aussi représenté au sein du PS et du PCF, et plus encore dans l'électorat populaire. Vouloir déplacer le centre de gravité de la gauche, à l'occasion des élections européennes, c'est prendre le risque de dissoudre la cohésion de la majorité. Voilà pourquoi nous combattons non seulement la droite mais aussi ceux qui minent la gauche en dissimulant sous une contestation superficielle leurs choix profondément libéraux. |
Comment aborder l'échéance des élections européennes qui ne sont que des échéances parmi d'autres, et à bien des égards moins importantes que d'autres. Plusieurs hypothèses doivent être explorées par nous tous avec leurs avantages et leurs inconvénients, avant toute prise de décision collective. Toute campagne, que nous la menions seuls ou en alliance avec d'autres, a un coût et pas seulement financier. Les européennes aussi bien ne doivent pas borner notre horizon. Ce qui est en vue au-delà des européennes est autrement plus important. C'est là que, avec Lionel Jospin, nous pouvons jouer un rôle décisif. |
Notre
apport original a contribué à maintenir élevé
le potentiel de confiance dont bénéficie vingt mois après
sa formation le gouvernement de Lionel Jospin. L'impulsion du MDC
reste nécessaire à l'équilibre dynamique de la majorité
plurielle. Qu'elle vienne à manquer, alors menace le retour
dans les vieilles ornières d'un libéralisme gestionnaire,
plus ou moins dissimulé, le cas échéant, derrière
quelques pudiques plantes vertes.
Ayant réintroduit le paradigme républicain dans la réflexion politique, nous nous voulons tous les jours les instituteurs de la République au sein de la majorité plurielle. Il paraît que cela nous rend insupportables mais n'est-ce pas la meilleure manière d'aider le gouvernement de Lionel Jospin et Lionel Jospin lui-même à résister aux facilités de l'idéologie ou du clientélisme ? Le logique républicaine qu'en tous domaines nous mettons en avant permet de relever de manière cohérente les défis de notre temps, qu'il s'agisse des institutions, de l'école, de l'immigration ou de la sécurité. |
Certains
feignent de s'interroger pour savoir si je fais en ces matières
une politique de gauche ou une politique de droite : je m'efforce tout
simplement de faire une politique qui réponde à l'intérêt
du pays et aux attentes légitimes des Français.
Nul ne contestera, quoi qu'il en pense, que cette politique, y compris sur les sujets les plus difficiles - sécurité, entrée et séjour des étrangers - est d'abord une politique de principes. Ensuite, mais ensuite seulement, je n'aurai aucune peine à vous montrer qu'elle est une politique de gauche : pour la première fois depuis quinze ans l'immigration n'est plus au coeur du débat politique, mais l'accès à la citoyenneté. Prendre au sérieux les problèmes de sécurité c'est aussi prendre au sérieux la souffrance de ceux de nos concitoyens qui sont les plus fragiles. Dans les deux cas, servir la démocratie. Dès lors comment pouvons-nous le mieux faire valoir nos idées à l'occasion des prochaines élections européennes ? |
C) Bien que nous fonctionnions sur des logiques assez différentes, nous n'avons pas écarté d'emblée, bien au contraire, l'hypothèse d'une liste commune avec le PCF. Celui-ci, cependant, après nous avoir proposé le 19 -janvier une liste ouverte (50% PCF, 25% MDC, 25% de personnalités extérieures avec une deuxième place envisagée pour le MDC) s'est ravisé, la semaine suivante, en n'offrant plus au MDC que de participer en 4ème et 11ème position à une liste de personnalités plus ou moins médiatiques, conduite par Robert Hue et structurée par le PCF. Ce retrait a coïncidé avec l'acmé d'une campagne médiatique qui n'honore pas ses auteurs mais qui n'a pas été sans influencer par ailleurs quelques esprits malléables. | Dans le même temps, plusieurs déclarations du PCF ou de Robert Hue lui même faisaient apparaître un net rapprochement avec la manière socialiste d'aborder la construction européenne : priorité accordée à l'action dans les institutions européennes telles qu'elles sont et prise de distance avec les "souverainistes" accusés de ne pas vouloir construire l'Europe politique. En réalité, c'est l'Europe des nations et des peuples qui semble s'effacer du discours du Parti Communiste français, au moment où le Parti Socialiste, derrière Lionel Jospin, fait à nouveau référence à la nation comme cadre privilégié d'expression de la démocratie et des solidarités. |
Sans
qu'on puisse encore parler d'un chassé-croisé, on doit reconnaître
une assez complète superposition des deux discours. on ne voit
plus clairement ce qui sépare le PCF du PS : tous deux veulent
construire une Europe plus sociale et plus démocratique mais aucun
des deux n'indique plus le moyen d'y parvenir à travers le dialogue
des nations, la mobilisation de chaque peuple entrant en résonance
avec tous les autres.
Le PCF a fait son choix. Nous en prenons acte. Dès lors deux solutions se présentent à nous. Ou bien participer à une liste de la gauche républicaine dont nous aurions à fournir l'ossature, ou bien trouver un accord avec le parti socialiste et le PRG. La crainte de nous voir confondus
est naturelle. mais est-elle bien réfléchie ?
|
Ces
deux solutions ne diffèrent que par le terme : dans un cas comme
dans l'autre nous savons bien que nous devons entrer, à un moment
ou à un autre, dans un dialogue avec le P.S. qui est la force principale
de la gauche.
Nous connaissons assez le parti socialiste pour savoir qu'il est divers et que s'y côtoient mystiques et rationalistes, fédéralistes et euroréalistes. Nous participons à un gouvernement conduit par un socialiste et majoritairement composé de socialistes. Ils ne sont pas tous construits sur le même gabarit. Nous essayons de peser de notre mieux sur l'orientation générale, en apportant une cohérence républicaine dont toute l'histoire de la gauche montre qu'elle est souvent ce qui a le plus manqué, aussi bien au Front populaire face à la montée du fascisme qu'à la IVème République face à la décolonisation, si on excepte la tentative de Pierre Mendes France. Cette cohérence a aussi manqué à la gauche des années quatre-vingt - quatre-vingt-dix, face au triomphe de l'ultralibéralisme. |
C'est
cela qui fait et doit continuer de faire l'originalité de l'apport
du MDC : une vigilance, une exigence, une rigueur républicaines,
que la gauche libéral-libertaire pas plus que l'humanisme post-marxiste
ou le catholicisme social ne peuvent apporter au gouvernement.
Comment pouvons nous faire le mieux fructifier notre apport à la gauche plurielle? Voilà la question à laquelle nous devons répondre. lie suis le premier à reconnaître qu'il n'y a pas de réponse simple. Tous les éléments de réponse ne sont pas encore disponibles. Je vous propose d'y réfléchir sereinement à partir des éléments suivants. La recherche d'une alliance dynamique avec le parti socialiste ne doit pas être écartée à la légère, simplement pour affirmer notre identité : Ce n'est qu'une élection. Refuser toute alliance avec le PS au prétexte que nous y perdrions notre âme est-il bien sérieux ? C'est douter de notre âme et de sa fermeté. |
Elle
est assez trempée pour résister à une alliance avec
le parti socialiste. Au regard de tant de luttes passées,
y compris électorales, le réflexe de vierge effarouchée
témoignerait plus de notre innocence persistante que de notre capacité
à nous inscrire dans la durée. A ce compte, je ne
devrais pas être au gouvernement qui, comme vous le savez peut-être,
est dirigé par un socialiste.
Certes nous pouvons apporter une sensibilité qui, sans nous, manquerait. Donc il peut y avoir un intérêt à mettre en lice une liste de la gauche républicaine dont le MDC fournirait l'ossature mais qui serait largement ouverte à des femmes et à des hommes qui partagent nos options. Mais si je prends en compte la sensibilité qui s'est exprimée, je souhaiterais que vous preniez en compte la mienne. J'ai entendu hier plusieurs délégués s'exprimer comme si j'étais candidat pour conduire une liste du MDC. |
J'aimerais
que vous entriez dans l'ordre de mes raisons : Si je peux être présent
sur une liste de la gauche républicaine je ne pense pas qu'il serait
décent que le ministre de l'Intérieur conduise une liste
dans des élections qu'il est chargé d'organiser et qui opposent
les différents chefs de parti. Ce choix est mon choix personnel.
Il ne m'est imposé que par l'idée que je me fais de l'État
et du bon ordre qui doit y régner. Certes je pourrais résigner mes fonctions. Il m'est arrivé de le faire dans le passé mais pour des raisons de fond et pas pour être candidat. Je ne pense pas que les Français comprendraient que je quitte mes fonctions pour conduire une liste. |
Ayant
dit cela, je ne pense pas que je devrais priver le MDC, s'il décidait
de soutenir une liste de la gauche républicaine, du soutien que
je pourrais lui apporter. Je serais donc présent sur la liste
mais je ne la conduirais pas. Je considère que le choix de
notre tête de liste devrait revêtir une symbolique forte.
La proposition que je vais vous faire vous surprendra peut-être
mais je la crois de nature à faire avancer le combat de la gauche
tout entière.
Dans cette hypothèse, j'ai demandé à une personnalité qui est aussi membre du MDC et qui a bien voulu l'accepter, de conduire la liste de la gauche républicaine. |
Il
s'agit de mon compatriote Sami Naïr, puisqu'il est né à
quelques kilomètres de Belfort où son père servait
comme militaire. Professeur d'Université, ancien rédacteur
en chef des Temps Modernes, Sami Naïr est aujourd'hui délégué
interministériel au Co-développement. Sami que je connais
depuis longtemps et que j'estime, car j'ai pu constater que s'il était
capable de prendre des coups, il l'était également de les
rendre, est aussi l'auteur d'un petit livre "L'immigration expliquée
à ma fille" qui permettra à ceux qui ne le connaissent pas
encore de le faire mieux.
Soyons clairs : Sami sera, si vous le décidez, le premier parmi nos concitoyens nés de l'immigration la plus récente à conduire une liste aux européennes mais il ne la conduira pas à ce titre : Une liste de la gauche républicaine est par définition une liste citoyenne et sami Nair la conduira tout simplement parce qu'il sera le meilleur, le mieux capable de faire passer le message de la citoyenneté, au moment où nous sommes de l'histoire de la France. |
Ce
que je vous propose donc, chers camarades, est une simple application
de l'élitisme républicain. Si tel devrait être
votre choix, il vous faudrait aussi prendre la mesure de l'immense effort
financier et bien sÛr militant qu'il vous faudrait alors accomplir.
mais je ne doute pas que votre effort sera alors à la mesure de votre exigence. Prenons dès maintenant
toutes les dispositions pour être présents. Nous
arrêterons définitivement notre position d'ici quelques
semaines à l'occasion d'un Conseil national extraordinaire.
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CONCLUSION
Quel que soit notre choix, nous devons nous donner les moyens de muscler le Mouvement des Citoyens. Son autonomie, son indépendance sont précieuses. Nous offrons à la gauche une vraie capacité de ressourcement. Un grand travail est à accomplir pour rencontrer et entraîner les citoyennes et les citoyens qui sont avides de sincérité, de cohérence de désintéressement dans la vie publique. Le Mouvement des Citoyens sera à l'initiative de campagnes sur le terrain pour l'accès à la citoyenneté. |
Faire
venir à l'engagement politique de nouvelles générations,
voilà notre mission. A nous de montrer le sens moderne de
la République au travers de la vie quotidienne, de l'emploi, du
logement, de la ville. Notre discours doit s'incarner dans les réalités
vécues : l'égalité des chances, le droit à
la sûreté, l'action contre les discriminations. C'est
en relevant l'esprit républicain en France qu'on sera aussi capable
de réorienter la construction européenne.
Oui, chers camarades, l'élan que le Mouvement des Citoyens peut donner sera précieux à la gauche tout entière, et bien au-delà de la prochaine échéance électorale. Cet élan est le seul moyen de préparer les victoires futures. De ces victoires, chers camarades, soyez les artisans. n'hésitez pas : il faut donner ! |