La France ne sait plus où elle va. |
Je veux d'abord remercier les comités d'appel
devenus aujourd'hui comités de soutien qui ont créé
les conditions de la décision que j'ai prise. Dès aujourd'hui
nous sommes une force.
Comment en effet ne pas être saisi de stupeur
et de colère devant l'affaissement de ce qui nous unit, et
de ce dont nous avons la charge devant l'histoire ? Comment ne pas
être préoccupés devant l'effacement de la France,
le vacillement des principes républicains qui la charpentent,
le brouillage des valeurs qu'elle porte depuis deux siècles,
comme si la République n'était plus qu'une parenthèse
à refermer dans notre Histoire ? Où le dire mieux qu'à
Vincennes ? D'ici, l'unité de la nation et de l'Etat nous parle
du fond des âges. Dans ce grand lieu de notre Histoire, nous
mesurons mieux à quel point nos gouvernements successifs se
sont défaussés de leurs responsabilités.
La France ne sait plus où elle va. Son destin
lui échappe. Les marchés financiers mondiaux en disposent.
Notre politique monétaire se décide à Francfort,
notre politique économique à Wall Street, nos engagements
militaires à Washington. Dans quatre mois, le franc va disparaître.
Et nous voici démunis de moyens pour faire droit aux exigences
de nos concitoyens. Dans l'euphorie de la mondialisation heureuse,
nos gouvernants considéraient la croissance comme garantie
pour longtemps par l'essor des nouvelles technologies. Que la conjoncture
se retourne, comme aujourd'hui, et nous découvrons la dictature
des marchés financiers, les plans sociaux -Moulinex-, les délocalisations
industrielles -Flextronics-, le creusement des inégalités,
bref le retour à un archéocapitalisme du XIXème
siècle !
En tous domaines, nos dirigeants ont laissé effacer
les repères républicains. Ils ont bradé les valeurs
de l'Ecole Publique et découragé en Corse les Républicains.
Pour tout ce qui concerne la préparation du long
terme -planification de l'énergie et des transports, politique
industrielle, aménagement du territoire-, l'Etat, dont c'est
pourtant la tâche essentielle, s'est mis aux abonnés
absents.
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il existe une autre voie que celle où piétinent
depuis des années une droite et une gauche aujourd'hui à
bout de souffle |
Citoyennes et Citoyens, chers compatriotes, il existe
un autre chemin que celui qu'on nous propose, une autre voie que celle
où piétinent depuis des années une droite et
une gauche aujourd'hui à bout de souffle. Sans doute beaucoup
seront tentés de s'en remettre, selon les fatales habitudes
qui ont conduit le pays là où il est, au chef d'un parti,
le chef du RPR ou le chef du PS, dont le temps a usé les principes,
et dont les programmes, pour l'essentiel, se confondent. A chaque
grande échéance, ces partis ont toujours fait les mêmes
choix de renoncement : Maastricht, l'euro, l'enlisement dans les Balkans,
la déconstruction de l'Etat, la fragmentation du territoire.
Bien sûr il est arrivé à Jacques
Chirac d'invoquer l'autorité de l'Etat : c'était le
14 juillet dernier, mais c'était pour refuser de déférer
à la convocation d'un juge !
Les victimes de cette politique d'abandon sont d'abord
ceux qui n'ont pour vivre que leur travail, licenciés atteints
par les plans dits sociaux, condamnés au chômage de masse,
privés de perspectives pour eux-mêmes et pour leurs enfants,
guettés par la désespérance dans les quartiers
de nos villes où s'accumulent difficultés et handicaps.
La victime c'est aussi la démocratie ; notre
Parlement est devenu théâtre d'ombres, résigné
à ce que 80% de nos normes soient à présent édictées
hors de son enceinte.
La victime, c'est la France, nation politique par excellence,
dont le souffle est la souveraineté populaire, le désir
de vivre ensemble, la volonté de faire de grandes choses pour
l'avenir. La France, tant de fois relevée par la République,
chancelle aujourd'hui avec elle.
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Le pouvoir pour le pouvoir ! Là est le mal ! |
Le pouvoir pour le pouvoir ! Là est le mal !
C'est par là que la démocratie dépérit
! Tout l'effort de tant d'hommes et de femmes sincères, dérivé,
capté, détourné et trahi, par mille ruses, cabales,
reptations, dissimulations, mensonges, assauts de démagogie,
cynisme en bandoulière, opportunisme érigé en
doctrine, pour faire " la seule politique possible ", voilà
qui découragerait le citoyen le plus vertueux si nous n'étions
pas là, capables de tracer et de maintenir les repères
de la République. Oui, je maintiens qu'il y a une autre politique
possible que celle que nous imposent tour à tour, prisonniers
de la même orthodoxie, des mêmes dogmes, des mêmes
allégeances, des mêmes appétits, les libéraux-sociaux
et les sociaux-libéraux.
Ce destin n'est pas inexorable. Les marchés financiers
ne sont pas l'horizon de l'Humanité. Voyez nos entreprises
de haute technologie : Alcatel, Cap Gemini, massacrées à
la Bourse par les Fonds spéculatifs américains, pour
se faire ramasser demain par n'importe quel prédateur boursier
! D'autres valeurs que l'Argent meuvent le monde. Ce sont les nations
et les peuples qui sont la vraie permanence de l'Histoire. Le destin
des peuples ne se confond pas avec la marchandisation de la planète.
|
seule une détermination entière au sommet
de l'Etat peut désormais renverser le cours des choses |
Cette résignation des uns et des autres à
la fatalité d'une sorte de pancapitalisme, je l'appelle renoncement.
La mondialisation, le sens perdu de la citoyenneté,
ce sont autant de défis à relever.
Si je me tourne à présent vers le peuple,
ce n'est pas pour l'aboutissement d'ambitions personnelles ou la réalisation
d'une obsession rentrée. C'est expérience faite et après
mûre réflexion. Comme responsable politique et comme
membre du gouvernement à quatre reprises ayant eu la charge
de cinq ministères, j'ai toujours d'abord servi le pays : en
redynamisant la recherche, en construisant une politique industrielle,
en relevant l'Ecole publique, en modernisant l'outil d'une défense
française indépendante, en assumant la responsabilité
de l'ordre public, et en faisant vivre la citoyenneté. Et en
même temps, j'ai toujours cherché à enrayer la
dérive qui nous faisait dévaler la pente des abandons.
Je n'ai jamais fait la politique du pire. J'ai toujours assumé
mes responsabilités et je ne renie rien de ce que j'ai fait
et dont je vous ferai grâce. Mais je suis arrivé aujourd'hui
à la conclusion que seule une détermination entière
au sommet de l'Etat peut désormais renverser le cours des choses.
La mienne est solidement établie.
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j'évoquerai deux grands hommes qui ont marqué
mon adolescence : Mendès-France et De Gaulle |
Je crois profondément aux valeurs de la République
: Liberté, laïcité, citoyenneté, égalité
devant la loi, égalité des chances, solidarité
et indépendance des peuples. La République ne va pas
sans le citoyen. Le civisme est la forme moderne du lien social. Cette
exigence ne serait, paraît-il, pas moderne ? Mais qu'est-ce
qui est moderne ? L'exacerbation de l'individualisme au détriment
des solidarités les plus élémentaires ? La corruption,
la spéculation, la délinquance, le mépris des
fonctions assumées dans l'Etat ? Entre la République
et la loi de la jungle il faut savoir ce qui est moderne ou pas. Voilà
la question que je pose au peuple français.
Que nous propose-t-on en face du modèle républicain
? Le modèle " égaux mais séparés
" sur fond de ghettos et de quartiers réservés
?
Non ! Le modèle républicain est jeune,
porteur d'espoir en Europe et dans le monde. Les exemples sont nombreux
du danger que l'explosion des communautarismes et des identités
meurtrières fait peser sur la paix.
Notre peuple attend qu'on lui tienne le langage simple
de la vérité. Je n'évoquerai pas Périclès
qui tenait son autorité, selon Thucydide, non seulement de
ses qualité d'esprit, mais aussi -je cite- " de son éclatante
intégrité pour ce qui est de l'Argent ". Non !
plus près de nous, j'évoquerai deux grands hommes qui
ont marqué mon adolescence : Mendès-France et De Gaulle,
dont personne n'a jamais douté qu'ils parlaient en vue du bien
public, quelque différente que fût l'idée qu'ils
pouvaient s'en faire, et qui n'hésitaient pas à remettre
en jeu leur mandat quand cette idée-là était
en cause ! Car les ors de la République c'est bien, mais la
République c'est encore mieux !
|
dix orientations fondamentales et cohérentes
pour relever la République |
Eh bien, je vais vous proposer, je vais proposer au
peuple français dix orientations fondamentales et cohérentes
pour relever la République :
-
Les principes d'abord ;
-
ensuite l'Ecole ;
-
la sécurité ;
-
la revalorisation du travail ;
-
la reconstruction de l'Etat ;
-
la pleine égalité de la femme ;
-
la garantie de la retraite et de la protection sociale
;
-
l'aménagement du territoire et l'homme mis
au cur de
-
l'environnement ;
-
la création : science et culture ;
-
la France doit rester enfin une grande puissance
politique,
- dans une Europe de projets ambitieux, complément et non
substitut des nations,
- une puissance tournée vers le Sud,
- capable de proposer des règles dans la mondialisation,
- avec une défense qui soit d'abord la sienne.
|
Nos dirigeants ne veulent plus gouverner. Ils veulent
"gouvernancer": les privilèges des fonctions sans les
responsabilités. |
1. La République doit retrouver
ses principes.
La discrédit du politique a une cause essentielle
: c'est l'écart entre les paroles et les actes de ceux qui
nous dirigent à la petite semaine, sans conviction véritable,
au gré des sondages, à coup d'effets d'annonce et de
trompe l'il. Nos dirigeants ne veulent plus gouverner. Ils veulent
" gouvernancer ", selon l'expression de Pierre-André
Taguieff : les privilèges des fonctions sans les responsabilités.
C'est cette conception de la politique qui est ringarde. Nos concitoyens
réclament compétence, vérité, honnêteté,
constance. Plus la réalité est complexe, plus elle change
vite et plus nous avons besoin de principes clairs. J'en énoncerai
quatre -l'autorité de la loi, la souveraineté populaire,
la citoyenneté et l'égalité des chances- à
charge pour moi de les traduire ensuite en actions.
1. L'autorité de la loi.
La République n'est pas un régime de faiblesse.
C'est un régime de liberté, ce qui est tout à
fait différent. Elle n'accepte pas la loi de la jungle. Elle
affirme fermement l'autorité de la loi égale pour tous.
2. La souveraineté populaire.
La République lie indissolublement la souveraineté
populaire et la démocratie. La souveraineté appartient
au peuple. Elle est inaliénable. Le Peuple français
peut déléguer des compétences, à condition
que celles-ci soient démocratiquement contrôlées.
Il ne peut pas déléguer sa souveraineté, sauf
à se dissoudre lui-même. C'est tout cela qu'il faut ressaisir,
relever, rattraper. La tâche est immense. C'est à cela
que je vous convie !
3. La citoyenneté.
Notre idéal, c'est la citoyenneté active.
Mais soyons clairs : la liberté n'autorise pas toutes les dérives.
La citoyenneté implique des devoirs, envers soi-même,
envers les autres, envers la nation, envers l'Humanité. Bien
sûr, la citoyenneté signifie aussi don de soi, solidarité,
participation responsable à ce que Jaurès appelait "
la grande vie humaine ".
Promouvoir l'éveil de la conscience, faire comprendre
ce que signifient devoir, responsabilité, solidarité,
générosité, c'est, je le crois, répondre
à l'attente véritable des jeunes.
La jeunesse méprise le jeunisme, cette complaisance
et cette démagogie propres à certains de nos responsables
qui ont peur de parler à la jeunesse le langage de ses intérêts
véritables. Le moment est venu de siffler définitivement
la fin de l'époque où il était interdit d'interdire.
4. Le sens de l'égalité.
Au cur de l'exigence républicaine, il
y a enfin l'égalité, le sentiment de ce que chaque homme
porte en lui d'immenses potentialités. L'égalité
républicaine c'est à la fois l'égalité
devant la loi et la chance donnée à chacun d'épanouir
toutes ses capacités.
Rien n'est plus urgent à cet égard que
la mise en uvre d'une véritable politique d'accès
à la citoyenneté.
|
j'entends placer la transmission des savoirs et l'autorité
des maîtres au centre de l'Ecole |
2. Fixer ses missions à
l'Ecole.
Au cur de la République, il y a le citoyen
éclairé par l'Ecole. De l'école, les parents
comme les enseignants attendent que les pouvoirs Publics fixent enfin
clairement les missions : d'abord transmettre le savoir et la culture
et faire, pour le pays tout entier, le pari sur l'intelligence ; ensuite
former le jugement de nos jeunes pour qu'ils puissent faire demain
leur métier de citoyen, avec leurs droits, mais aussi avec
leurs devoirs.
Je sais l'inquiétude des parents qui voient s'affaiblir
l'outil de l'égalité des chances qu'est l'Ecole pour
leurs enfants ; je sais leur préoccupation quand ils constatent
qu'au lieu de s'ouvrir sur la vie comme on l'avait promis, l'école
a ouvert ses portes à l'irrespect, à la violence, à
l'inégalité.
Loin de perpétuer l'excessive confusion des rôles,
où la connaissance finit par être dévalorisée,
où la responsabilité se perd, j'entends placer la transmission
des savoirs et l'autorité des maîtres au centre de l'Ecole.
Une école républicaine digne de son rôle affirme
que l'acquisition des connaissances affranchit de l'ignorance et qu'elle
ne va jamais sans effort.
Cela passe par une acquisition sûre et sérieusement
évaluée des savoirs fondamentaux à l'école
primaire : Il faut cesser de disperser l'attention des élèves
par une multitude de matières, et souvent au détriment
de l'essentiel, c'est-à-dire de l'apprentissage du français,
alors que 17 % des élèves ne le maîtrisent pas
à l'entrée en classe de sixième.
|
" l'enseignement par immersion "
dans une langue régionale réduit le français à
n'être plus qu'une langue étrangère |
Il faut mettre un coup d'arrêt à la fuite
dans l'innovation permanente, au culte de l'actuel, au suivisme à
l'égard de la mode. Halte au bougisme ! Ainsi les langues régionales
peuvent faire avantageusement l'objet d'un enseignement par option.
La République comme espace commun à tous les citoyens
ne proscrit nullement l'attachement de chacun à ses racines
particulières. Ce sont les adversaires historiques de l'égalité
qui cherchent à confondre celle-ci avec l'uniformité.
A l'inverse, le protocole qui intègre à
l'Ecole publique des établissements qui pratiquent en totalité
" l'enseignement par immersion " dans une langue régionale
réduit le français à n'être plus qu'une
langue étrangère. Après le franc, c'est le français
qu'il faudrait faire disparaître ?
Comment ne pas voir que cette politique complaisante
nourrira à terme des ethnicismes qui, au nom d'une identité
mythique, se croiront demain autorisés à remettre en
cause la loi républicaine ? C'est cela la modernité
? Le FLNC, l'ETA, l'ARB, l'UCK ?
L'encouragement aux micronationalismes ethniques va
de pair avec l'uniformisation marchande du monde. Alain Madelin est
le plus sûr soutien du processus de Matignon. Est-ce un hasard
?
|
Dans une société tellement inégale,
l'unité de l'Ecole, c'est-à-dire l'unité du savoir
et des valeurs qu'elle est chargée de transmettre, demeure une
garantie de justice sociale qu'il faut préserver. |
Revenons à l'Ecole : assurer à tous les
élèves une bonne maîtrise du français,
c'est le moyen le plus efficace de remédier en amont aux difficultés
du collège. S'agissant de celui-ci, il faut savoir rompre avec
les credos d'hier pour aider chaque élève à trouver
sa voie en diversifiant les itinéraires, tout en maintenant
un socle d'exigences communes.
L'Ecole de la République est une. Elle est à
la fois creuset et ciment de l'unité nationale. Dans une société
tellement inégale, l'unité de l'Ecole, c'est-à-dire
l'unité du savoir et des valeurs qu'elle est chargée
de transmettre, demeure une garantie de justice sociale qu'il faut
préserver. Or, cette unité est menacée par tous
ceux qui, à droite bien sûr, mais parfois aussi à
gauche, se sont engagés dans une surenchère permanente
au prétexte de la décentralisation. Recrutement régional
des maîtres, autonomie et mise en concurrence des établissements,
pouvoir de recrutement donné aux chefs d'établissement,
possibilité pour eux, et même pour les enseignants, de
choisir dans les programmes nationaux ce qui répond aux besoins
locaux, intervention des parents sur les contenus d'enseignement,
telles sont les principales revendications qui, si elles étaient
satisfaites, accentueraient les inégalités, défavoriseraient
encore plus les plus démunis, sonneraient le glas de l'Ecole
de la République. Sachons mettre des bornes à la démagogie
qui depuis le discours de Rennes de Jacques Chirac emporte notre Janus
exécutif.
|
Rendons aux enseignants l'hommage qu'ils méritent.
Si l'Ecole tient, c'est grâce à eux d'abord. |
La qualité de la formation est garante de la
qualité de l'Ecole. Rendons aux enseignants l'hommage qu'ils
méritent. Si l'Ecole tient, c'est grâce à eux
d'abord. Loin de les mettre au pilori, ces piliers de la République,
confrontés en première ligne aux défis d'une
société inégale, fragmentée, violente,
doivent être soutenus fermement dans leur mission.
Pour que la France fasse monter la sève, l'inégalité
sociale devant les études devra être âprement combattue.
Je propose des mesures concernant tous nos jeunes de famille modeste,
qui ont plus d'intelligence et de dévouement que de revenu
ou d'entregent. L'Etat et les grands services publics offriront à
des jeunes étudiants recrutés par concours, une rémunération
durant leurs études, sous condition qu'ils s'engagent dans
le service public durant dix ans. Ce sera le moyen d'amener au service
de l'Etat les meilleurs, au moment où notre Fonction Publique
doit être profondément renouvelée. L'Etat jouera
son rôle au service de l'égalité, loin de mériter
l'ironique condescendance dont l'affublent les libéraux. Ce
sera le moyen d'améliorer grandement l'égalité
des chances, de favoriser l'accès de tous -et je pense aux
jeunes Français issus des vagues les plus récentes de
l'immigration- aux emplois publics.
|
l'accès aux nouvelles technologies de l'information
et de la communication |
L'inégalité se creuse entre ceux qui ne
disposent que des ressources scolaires, qui sont misérables,
et ceux qui bénéficient du soutien de leur famille.
C'est particulièrement vrai pour l'accès
aux nouvelles technologies de l'information et de la communication.
Les efforts d'équipement accomplis jusqu'à présent
dans nos établissements scolaires ne sont pas négligeables
; ils restent encore dérisoires au regard des besoins, comme
ceux de la formation des enseignants. Il ne s'agit pas de se nourrir
d'illusions sur les bienfaits du web, mais d'y reconnaître l'une
de ces innovations techniques qui, comme le téléphone
ou la voiture automobile, s'imposent au monde moderne. C'est un lourd
handicap de ne pas savoir en user.
J'ai réintroduit enfin l'instruction civique
à l'Ecole en 1985, mais il faut cesser de la confondre avec
le droit administratif. Il faut que nos jeunes se pénètrent
de l'esprit de la loi républicaine : respect de la règle
délibérée en commun, qui libère de la
loi du plus fort, débat éclairé en raison qui
affranchit des dogmes, amour de la loi inscrit dans le cur de
chacun, comme garantie de sa liberté et promesse d'égalité.
Oui, tout commence à l'Ecole, et c'est sur elle
qu'il faut fonder l'effort de renouveau républicain.
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Le droit, égal pour tous, à la sécurité
doit devenir réalité. |
3. Une citoyenneté également
partagée est le meilleur socle d'une politique cohérente
de sécurité. Cette politique ne demande que du courage.
Le droit, égal pour tous, à la sécurité
doit devenir réalité. Je m'y attacherai en écartant
les deux démons symétriques que sont la démagogie
et l'angélisme. Entre une droite tentée par le discours
musclé, masquant son inaction et son manque d'inspiration,
et une gauche encore prisonnière de dogmes sommaires flattant
sa bonne conscience, il y a place pour une politique de la réalité,
à la fois rigoureuse et juste.
Je m'étais attaché à lui donner
corps : création de la police de proximité assurant
la mutation d'une police d'ordre vers une police au service des citoyens,
encadrement des polices municipales, recrutement de policiers à
l'image des citoyens, mise en place des commissions départementales
d'accès à la citoyenneté
Pour aller plus loin, j'avais tracé, en janvier
1999 dans une longue note d'orientation, les grands traits des actions
nouvelles à mener. Vous savez le destin qui fut dans bien des
cas réservé à mes propositions : Celles où
je proposais des moyens cohérents pour réduire les noyaux
durs de la délinquance dans nos cités furent soumises
à un hallali où se mêlaient le refus de la réforme,
le laxisme et l'absence de volonté. La gauche bien-pensante
montra là son incapacité à sortir de ses ornières
et à répondre aux préoccupations populaires.
Le chantier est donc à reprendre et il est immense.
|
Il y a d'autres solutions que la prison. L'ordonnance
de 1945 -le tout éducatif-, est aujourd'hui périmée. |
La première tâche est de réussir
le plein accès à la citoyenneté de tous ces jeunes,
quelle que soit leur origine, Français pour la plupart, dont
certains croient que l'inégalité des droits les dispensent
de respecter leurs devoirs.
Ainsi, solidement assise sur l'exigence d'égalité,
une politique républicaine visant le droit égal pour
tous à la sécurité pourra être menée.
Il faut rompre avec l'indifférence ou l'impuissance des élites
devant l'insécurité subie par les plus modestes.
Les yeux ouverts sur la réalité nous montrent
l'explosion de la délinquance des mineurs et la colère
de la population devant la multiplication d'exactions qui restent
impunies. L'inadaptation de la réplique est flagrante. Le mineur
délinquant n'est généralement guère sanctionné
avant un très grand nombre de récidives. La Garde des
Sceaux nous explique qu'il y a 650 mineurs incarcérés.
Elle oublie de nous dire qu'en dessous de seize ans, ce n'est pas
possible, sauf crime. Et surtout qu'il y a d'autres solutions que
la prison. L'ordonnance de 1945 -le tout éducatif-, conçue
à une époque où la délinquance des mineurs
n'avait rien de comparable à ce qu'elle est devenue, est aujourd'hui
périmée. Il s'agit donc de la modifier, en distinguant
clairement les tâches d'éducation et la sanction, en
organisant l'échelle des réponses à la délinquance,
du simple rappel à la loi jusqu'aux sanctions plus graves.
Il est vain d'opposer la sanction à la prévention, car
la sanction qui est rappel à la règle comporte à
l'évidence une dimension pédagogique. Toute société
repose sur des limites dont le franchissement doit être sanctionné.
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Lutter contre l'insécurité que subissent
les Français exigera aussi d'améliorer la coopération
police-gendarmerie-justice. |
Une telle réforme législative doit s'accompagner
de moyens d'accueil des jeunes délinquants en péril.
Je propose de créer des centres de retenue, internats destinés
à recevoir des délinquants multirécidivistes,
à reprendre le cycle de leur éducation scolaire et professionnelle,
capables de les retenir loin du milieu criminogène du quartier,
le temps qu'il faudra pour les remettre dans le bon chemin. Je sais
qu'une certaine bien-pensance est prompte à accorder aux délinquants
des excuses absolutoires pour cause de pauvreté ou d'immigration.
Mais c'est faire injure aux gens modestes comme aux familles d'immigrés
que d'inventer je ne sais quelle prédestination à la
délinquance. La vérité est qu'en République,
un délinquant, fut-il riche ou pauvre, d'origine auvergnate
ou maghrébine, doit être sanctionné. Et que la
République se doit de tendre une main généreuse
aux familles modestes ou récemment immigrées, à
leurs enfants, dont l'immense majorité aspire à étudier,
à réussir sa vie, à trouver un métier
motivant. Aidons les à réussir, au lieu de pratiquer
des amalgames indignes !
Lutter contre l'insécurité que subissent
les Français exigera aussi d'améliorer la coopération
police-gendarmerie-justice. La tâche est rude -et je tiens à
saluer particulièrement le dévouement et le courage
de nos policiers et de nos gendarmes, au contact des réalités
ingrates qu'ils affrontent, souvent au péril de leur vie. Mais
les institutions de la République doivent travailler en harmonie
et en communauté de vues. En empêchant les situations
où police et justice se contrarient ou s'opposent, on pourra
faire reculer la délinquance, et notamment briser les noyaux
durs de celle-ci. A l'inverse, l'angélisme qui a prévalu
dans la préparation de la dernière réforme de
la procédure pénale, votée par la droite comme
par la gauche, malgré les réserves que j'ai été
l'un des rares à émettre, a réduit de plus de
10% le nombre des gardes à vue, et cela au moment même
où l'opinion s'inquiète de la montée de la délinquance.
A qui faire croire que ceci n'a pas de rapport avec cela ?
La politique pénale doit être la même
sur toute l'étendue du territoire national. Comment y parviendrait-on
si les Parquets ne reçoivent pas d'instructions comme l'habitude
s'en est prise ? L'essentiel est que ces instructions soient publiques
et guidées par le seul souci de l'intérêt général.
L'idée de rendre les Parquets autonomes, selon la proposition
de la Commission Truche, réunie à l'initiative de Jacques
Chirac, est une faute. Ceux qui sont soupçonnés souvent
à juste titre de peser sur la justice, préfèrent,
plutôt que de servir l'intérêt public, abandonner
les rênes que le Peuple leur a confiées, ou plutôt
faire semblant. Personne en effet n'est dupe des luttes d'influences
qui se déroulent au sein de la Justice, théoriquement
indépendante.
Les moyens en personnel de la police n'ont guère
évolué depuis cinquante ans, et ceux de la justice depuis
cent ans. Il faut prendre la mesure de la situation actuelle : elle
est préoccupante mais elle n'a rien d'une fatalité.
Une loi de programmation pour la police et pour la justice, une volonté
claire, de bons textes, une citoyenneté renaissante, renverseront
le cours des choses.
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Je propose de relever le salaire direct et d'améliorer
la feuille de paie, en accélérant le glissement nécessaire
et justifié, d'une partie des charges sociales vers une base de
cotisation plus large, celle de la fiscalité. |
4. Revaloriser le travail et mobiliser
tous nos atouts.
La réhabilitation de la valeur du travail est
au cur du pacte républicain. Je veux prendre ces termes
dans leur double dimension.
a) La première, c'est la rémunération
du travail. Depuis 1983, le rapport entre les revenus du capital
et ceux du travail se sont dégradés de près de
dix points. La réduction du temps de travail légal à
35 heures s'est accompagnée de la modération salariale.
Eh bien c'est à présent la feuille de paie qu'il faut
faire évoluer. La progression du salaire direct est nécessaire
au soutien de l'activité économique. Est-il normal que
la marge soit si faible entre les revenus de substitution et le revenu
d'un smicard qui ne ménage pas sa peine ? Est-ce qu'une vie
de travail, souvent dur et pénible, est vraiment respectée
quand on voit le niveau des bas salaires ? C'est bien là dessus
qu'il faut agir.
Une augmentation forte du SMIC sera rendue possible
par la généralisation des allègements de charge
et l'assouplissement des contraintes excessives liées aux trente
cinq heures. Une conférence des salaires sera réunie
pour examiner les minima de branche et les grilles salariales.
Je propose de relever le salaire direct et d'améliorer
la feuille de paie, en accélérant le glissement nécessaire
et justifié, d'une partie des charges sociales vers une base
de cotisation plus large, celle de la fiscalité. Il n'est plus
possible de soumettre l'emploi, notamment dans les petites entreprises,
au fardeau des charges sociales et fiscales. Celles-ci sont devenues
des obstacles à l'activité, des encouragements au travail
au noir, un empêchement à la création d'entreprises.
Les réductions d'impôts doivent être réalisées
avec plus de discernement. Choisies avec sagesse, elles peuvent stimuler
l'activité. Je veux en prendre pour exemple le taux de TVA
dans la restauration. Ramené à 5% -c'est à dire
au même taux que les Mac Donald's sous prétexte de cuisine
à emporter- il serait un superbe encouragement à l'embauche
dans un secteur qui cherche des salariés, à l'amélioration
des salaires, à la modération des prix. Plus globalement,
une mesure de cet ordre retentirait positivement sur le secteur de
la production agricole de qualité, sur la viticulture, et sur
un certain art de vivre à la française. Pourquoi s'y
refuser ? Parce qu'aucun gouvernement français n'a demandé
à la Commission de Bruxelles le bénéfice de cette
dérogation, alors que certains de nos voisins l'obtenaient
sans difficulté. La France, première destination touristique
mondiale, n'aurait-elle pas quelque titre pour justifier ce taux réduit
de TVA à propos d'une activité particulièrement
exigeante en main d'uvre ?
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Les travailleurs à qui, hier, le mouvement du
progrès assignait la tâche rédemptrice de la révolution
sociale, sont aujourd'hui la cible des quolibets. |
b) Relever la valeur du travail, c'est aussi, tout
simplement, mieux le considérer. Pour faire une société,
il ne faut pas que des bourgeois bohèmes : il faut des ouvriers,
des paysans, des employés, des fonctionnaires. C'est peu dire
que la considération sociale qui les entoure s'est gravement
effritée. Les travailleurs à qui, hier, le mouvement
du progrès assignait la tâche rédemptrice de la
révolution sociale, sont aujourd'hui la cible des quolibets.
Pour la pub et la mode, pour les commentateurs post-modernes, ils
sont ringards, considérés comme des freins à
l'entrée de la France dans la mondialisation heureuse. Ce sont
les Deschiens, bons à jeter aux chiens. Le mode de vie rural
est offert en dérision ; ceux qui s'adonnent à la chasse
sont vilipendés. L'ouvrier, hier icône de la gauche,
est devenu un boulet qu'elle traîne honteusement, tant elle
s'est identifiée à la vulgate libérale-libertaire.
Eh bien, la République, elle, n'ignore pas où
sont les Républicains ! Une République moderne
est une République sociale, qui rend justice au travail, à
celles et ceux qui vivent de leur travail. Elle fait passer l'amélioration
des salaires et des bas-salaires avant les stock options. Elle veille
à la pérennité des régimes de protection
sociale, à la réhabilitation de l'enseignement professionnel
et de l'apprentissage des métiers, à la construction
de véritables carrières ouvrières dans les entreprises.
Elle valorise l'acquisition de nouvelles compétences, favorisant
ainsi les mutations techniques dans l'industrie.
|
La France ne manque ni de travailleurs ni de capital.
Encore faut-il les mobiliser activement... |
c) Revaloriser la valeur du travail, c'est aussi
mobiliser nos marges de croissance.
Il existe des réserves considérables et
totalement sous-estimées de mobilisation de la population active
dans la décennie qui vient : beaucoup de femmes aspirent légitimement
à trouver une activité professionnelle, si on leur facilite
la vie par ailleurs. Il y a des millions de chômeurs qu'il faut
remettre au travail en priorité avant de songer à ouvrir
à nouveau les vannes de l'immigration. Enfin, le taux d'activité
des jeunes et des plus de soixante ans est, en France, le plus bas
d'Europe. Cela n'est pas raisonnable. On ne doit empêcher personne
de travailler, bien au contraire. La France ne manque donc ni de travailleurs
ni de capital. Encore faut-il les mobiliser activement, plutôt
que de guetter, telle Soeur Anne, la reprise venue d'Amérique,
comme certain Premier ministre, en principe socialiste, que je connais
bien. Ce paradoxe s'explique pourtant aisément : nos dirigeants
se sont défaits des leviers de commande qui leur permettraient
d'agir.
Les variables d'ajustement de l'économie nous
échappent désormais. Ou plutôt, dans le système
actuel, il n'en reste plus que deux : les salaires et l'emploi. Si
rien ne change, bonjour la stagnation salariale et les charrettes
de licenciement !
|
trois axes essentiels : le soutien de la demande, l'amélioration
de l'environnement des entreprises, le renouveau de l'action sur les structures |
Il est urgent de se ressaisir. Je propose une politique
économique fondée sur trois axes essentiels : le soutien
de la demande, l'amélioration de l'environnement des entreprises,
le renouveau de l'action sur les structures.
Pour soutenir la demande, il existe quatre leviers
: outre une revalorisation des salaires et une politique active de la
dépense publique, une politique d'argent bon marché et
le maintien d'un change compétitif d'abord. Ces deux dernières
politiques dépendent en tout ou en partie de la Banque Centrale
de Francfort. Les Européens vont découvrir tardivement
non seulement le séisme auquel l'introduction de l'euro va conduire,
et les immenses difficultés que cela créera en particulier
pour nos concitoyens les plus démunis. Malgré mes mises
en garde, nos dirigeants collectivement, préfèrent sauter
dans le noir, comme en quatorze.
Mais les Européens et les Français vont
aussi découvrir les effets néfastes d'une Banque Centrale
déliée de tout engagement à l'égard des
citoyens et de leurs représentants et qui, au prétexte
de lutter contre l'inflation, ne soutient pas la croissance et l'emploi.
Eh bien, il faut réformer les statuts dépassés
de la Banque Centrale européenne ; qu'on lui assigne comme tâche
de soutenir la croissance et l'emploi par une politique de bas taux
d'intérêt, et pas seulement de lutter contre l'inflation
! Que le gouvernement de la France prenne à témoin l'opinion
publique européenne et propose de modifier l'article du traité
de Maastricht fixant ses missions à la Banque Centrale.
Dernier levier pour soutenir la demande : l'assouplissement
du pacte de stabilité budgétaire jadis qualifié
de Super Maastricht.
|
Si le rôle de l'Etat ne peut être dans l'économie
d'aujourd'hui celui d'un inter-ventionnisme au quotidien, il reste un
acteur majeur, un stratège. |
Deuxième axe : l'amélioration de l'environnement
des entreprises.
Chacun le sait, les entreprises décident de s'implanter
là où elles trouvent une main d'uvre qualifiée,
un appareil de formation de qualité, de bonnes infrastructures
de transport, des équipements sanitaires et sociaux (ainsi
des crèches) facilitant la vie professionnelle, et bien sûr
un niveau élevé de sécurité. Pour maintenir
et accroître l'attractivité du territoire français,
il faut des services publics de qualité. Méfions-nous
du dogmatisme libéral en la matière : les accidents
de chemin de fer en Grande-Bretagne et les pannes d'électricité
dans la Silicon Valley devraient tempérer la furia des privatisations.
Orientons-nous plutôt vers des emprunts européens multi-émetteurs
pour engager la modernisation des infrastructures sur le continent
: fret ferroviaire, voie d'eau, liaison TGV, réseaux à
haut débit.
Si le rôle de l'Etat ne peut être dans l'économie
d'aujourd'hui celui d'un interventionnisme au quotidien, il reste
un acteur majeur, un stratège. Son rôle est d'assurer
la stabilité dans le long terme. Des investissements majeurs
en matière d'énergie ou d'infrastructures de communication
requièrent des décennies d'exploitation pour être
rentables. Dans d'autres cas, les coûts de développement
technologique dépassent les capacités du secteur privé.
C'est le cas dans le nucléaire, l'aérospatiale ou l'aéronautique...
Même dans les pays à affichage libéral, ces secteurs
sont largement soutenus par l'Etat. Celui-ci peut aussi faciliter
la prise de risque par les entrepreneurs, en soutenant fiscalement
les efforts de recherche, mesure que j'ai fait prendre en 1983.
Il est capital que nous portions notre effort de
recherche à 3 % du PIB dans des domaines aussi variés
que les nouvelles technologies de l'information, les biotechnologies,
l'énergie, notamment les réacteurs nucléaires
du futur et la pile à combustible, la santé, les transports,
l'agriculture et l'environnement, tout en maintenant notre effort
de recherche militaire qui, sans nous engager dans l'inutile compétition
du " bouclier anti-missiles ", doit nous permettre de maîtriser
les technologies clés, en particulier dans l'espace et la simulation
nucléaire.
Toute l'expérience du dernier demi-siècle
en France, comme celle des Etats-Unis depuis vingt ans, montre que
l'initiative publique en matière de développement technologique
est le terreau indispensable du développement économique
futur et de l'émergence de nouvelles entreprises.
Les marchés financiers ne garantissent aucun
avenir stable dans le long terme. L'économie de marché
a besoin de cadres et de normes pour se développer. Seule la
démocratie peut fonder une légitimité propre
à assurer des constructions durables. Méfions-nous des
modes passagères : chacun sait bien qu'une exigence de rentabilité
à 15 % n'est pas soutenable, quand la croissance est inférieure
à 3 %. Faut-il rappeler qu'en cas de coup dur, c'est à
l'Etat qu'on fait toujours appel, pour renflouer les Caisses d'Epargne
américaines, garantir la dette du Crédit Lyonnais, tenir
à l'Argentine, au Mexique, au Brésil, à la Russie
la tête hors de l'eau, et si c'est encore possible, sauver les
banques japonaises ?
|
La politique industrielle n'a rien perdu de son intérêt
dès lors qu'on se projette dans le moyen et le long terme. |
Troisième axe d'une politique économique
active : le renouveau de l'action sur les structures.
La maison France ne doit pas disparaître. Il est
capital de maintenir des synergies étroites entre nos entreprises.
Le contrôle des fusions boursières doit favoriser les
rapprochements stratégiques et tenir en respect les prédateurs
boursiers. Les OPE doivent être réservées aux
opérations amicales. Nos entreprises ont besoin d'un actionnariat
stable pour mener des politiques qui s'inscrivent dans la durée.
Le pôle financier public peut les aider à reconquérir
leur autonomie aujourd'hui obérée par les exigences
souvent exorbitantes des fonds de pension. En matière industrielle
l'Etat ne peut pas se mettre aux abonnés absents.
La politique industrielle n'a rien perdu de son intérêt
dès lors qu'on se projette dans le moyen et le long terme.
Ainsi, la disposition d'une énergie non polluante, à
bon marché, exige des choix dès aujourd'hui. Veut-on
brûler du gaz, du fioul ou du charbon et continuer d'émettre
des gaz à effet de serre, ou va-t-on engager les nouveaux programmes
nécessaires à la modernisation de nos filières
électro-nucléaires avec des réacteurs à
faible production de déchets ? Par quelle démagogie
ferait-on croire aux Français que la gestion sûre, durable,
et réversible, de 500 tonnes de déchets sur vingt ans
serait inaccessible, et qu'il faudrait se résigner à
produire non plus 500 mais cinquante millions de tonnes de gaz carbonique
pendant la même période ? Ces choix sont moteurs pour
l'activité, pour l'emploi et pour l'environnement. Développons
dans ce domaine une coopération avec l'Allemagne si elle le
souhaite, et si elle ne le souhaite pas, avec les Etats-Unis. Pareils
enjeux ne sauraient être mis à la merci d'une démagogie
à courte vue ou d'une exploitation des peurs, les Verts tenant
le PS en otage. Le souci de précaution doit conduire à
prévoir l'approvisionnement en énergie pour demain,
une énergie indépendante dans ses sources et non polluante
pour la nature.
|
L'explosion des nouvelles technologies et le renouvellement
des effectifs de la Fonction Publique offrent une chance exceptionnelle
de mener à bien ce grand chantier. |
5. Il faut reconstruire l'Etat
républicain et les services publics : les moderniser, non les
démanteler.
C'est là un grand sujet auquel j'ai appliqué
ma réflexion. On ne peut réformer l'Etat que si ses
tâches à long terme sont d'abord clairement fixées.
Tâches régaliennes : défense, sécurité,
justice, impôts, mais aussi transports, énergie, aménagement
du territoire, développement technologique. Tout commence par
la définition claire des missions et l'élaboration de
véritables projets de service public. L'explosion des nouvelles
technologies et le renouvellement des effectifs de la Fonction Publique
offrent une chance exceptionnelle de mener à bien ce grand
chantier.
Réformer l'Etat c'est d'abord simplifier la loi.
C'est un rôle nouveau pour le Parlement. C'est mettre ensuite
à la diète la folle machine interministérielle
qui de chaque décret d'application fait une usine à
gaz. La décentralisation commence par le coup d'arrêt
mis à la prolifération des règlements, qu'ils
soient nationaux ou européens. En tous domaines il faut mettre
de la clarté, de la lisibilité. Dressons la liste des
usines à gaz : la fiscalité nationale et locale, la
réglementation de l'urbanisme, la gestion des fonds structurels
européens, la procédure judiciaire, la liste en serait
longue. Convoquons, sous la responsabilité du Parlement, des
Commissions de réforme. Convoquons surtout l'esprit de Descartes.
Bref, ouvrons enfin ce grand chantier de la réforme de l'Etat.
|
décentralisons hardiment pourvu que ce soit dans
le respect de la loi républicaine et de la solidarité nationale |
S'agissant de la décentralisation, les orientations
de la Commission Mauroy offrent une base de travail sérieuse,
et j'ajoute consensuelle. Dans ce domaine je ne crains pas la concurrence
des démagogues car j'ai mené à bien deux chantiers
majeurs : la décentralisation des collèges et des lycées
par la loi que j'ai fait voter en 1985 et dont chacun s'accorde à
reconnaître l'éclatante réussite, et l'essor nouveau
donné à l'intercommunalité par la loi du 12 juillet
1999. Plus de cent communautés d'agglomération ont déjà
surgi : avec des compétences stratégiques, une taxe
professionnelle unique, un périmètre enfin pertinent,
nos villes disposent désormais du moyen de planifier un développement
solidaire à long terme et d'éviter -si la volonté
en existe- des ghettos à l'américaine.
On peut aller plus loin dans la voie de la décentralisation
: par exemple en dotant les inter-régions d'une compétence
propre en matière de développement technologique et
d'une part de la TIPP, afin qu'elle puissent mieux soutenir l'innovation
dans le tissu industriel. Je ne propose pas pour autant qu'on revienne
sur la délimitation des régions et pas davantage sur
l'existence des départements qui jouent un rôle important
de cohésion sociale.
Réformons intelligemment, sans casser les repères.
Mais décentralisons hardiment pourvu que ce soit dans le respect
de la loi républicaine et de la solidarité nationale.
Comme l'Etat, nos services publics doivent être
modernisés. Sachons le cas échéant demander à
Bruxelles des clauses dérogatoires.
|
augmenter de moitié en cinq ans le nombre de
places en crèches et celui des assistantes maternelles |
6. La sixième orientation
que je propose touche à l'égalité des femmes qui
doivent pouvoir mieux concilier leur vie professionnelle et leur épanouissement
familial et personnel. C'est un chantier décisif pour notre avenir.
Il y a en effet une solidarité des générations
qu'aucun gouvernement républicain ne peut laisser détruire.
Rien n'oppose, bien au contraire, l'engagement résolu
en faveur du droit des femmes, de la parité, de l'égalité
professionnelle, du libre-choix de la maternité, à une
conception évoluée et adaptée de la politique
familiale. Aujourd'hui, beaucoup de couples n'ont pas autant d'enfants
qu'ils le souhaiteraient (1,8 par femme contre 2,3 désirés,
le taux de renouvellement se situant à 2,1). Une politique
de la famille doit donc les aider à surmonter les obstacles
matériels qu'ils rencontrent et d'abord dans la vie quotidienne.
Il est possible d'augmenter de moitié en cinq
ans le nombre de places en crèches et celui des assistantes
maternelles. Un effort de cette nature, capable de résoudre
le casse-tête des jeunes mères en quête d'un mode
de garde, représente un effort de quelques milliards de francs.
N'est-ce pas là le meilleur usage de l'excédent de la
branche famille ?
|
deux injustices criantes dans notre société
: la situation des familles monoparentales et celle des jeunes auxquels
leur famille ne peut assurer de ressources pour financer leurs études |
En matière de revenus, il est temps de mettre
un terme à la dépréciation des allocations familiales.
La France peut et doit assurer le renouvellement de
ses générations : c'est à terme la seule vraie
solution au problème de la garantie des retraites et de la
protection sociale. Ce choix de l'avenir est aussi celui de la jeunesse
qui a été sacrifiée au profit de la rente dans
les années 80 et 90.
Il y a deux injustices criantes dans notre société
: la situation des familles monoparentales, c'est-à-dire des
femmes qui doivent élever leurs enfants seules, et celle des
jeunes auxquels leur famille ne peut assurer de ressources pour financer
leurs études. Je proposerai que le système des bourses
d'enseignement supérieur soit amplifié et qu'il puisse
tenir compte de l'évolution sociale vers la plus grande autonomie
des jeunes.
|
Je propose que la retraite progressive soit mise en
place, permettant à ceux qui le souhaitent de conserver une activité
réduite progressivement ou de continuer à travailler quelques
années au-delà de la limite d'âge. |
7. Septième orientation
qui découle de la précédente : nous devons et
nous pouvons garantir un bon niveau de retraite et de protection sociale.
C'est par le travail et par la croissance que nous garantirons
en effet l'avenir des régimes de retraites. La démographie
est la variable essentielle à long terme, et pour la décennie
qui vient c'est le taux d'emploi qu'il faut relever: ces deux paramètres
conditionnent presque entièrement l'équation que le
pays doit résoudre.
Mais le redressement indispensable de ces deux données
fondamentales ne dispensera pas d'autres réformes courageuses.
Le principe de la répartition ne doit pas être remis
en cause mais l'âge de départ à la retraite peut
être lié à la durée d'activité et
non à un âge-couperet. Il n'y a rien de choquant à
ce qu'un salarié entrant dans la vie professionnelle tardivement,
après des études supérieures, la quitte aussi
plus tardivement qu'un ouvrier entré tôt dans la vie
active. C'est la durée de cotisation qui doit établir
l'âge de départ en retraite. Cet âge doit cesser
de constituer une barrière. Je propose que la retraite progressive
soit mise en place, permettant à ceux qui le souhaitent de
conserver une activité réduite progressivement ou de
continuer à travailler quelques années au-delà
de la limite d'âge.
|
Il faut réconcilier l'Homme et la Nature, reconstruire
nos banlieues en substituant aux barres et aux tours de petites maisons
de ville, lutter contre le bruit et la pollution |
8. J'en viens à la huitième
orientation : Aménageons notre espace et mettons l'homme au
cur de l'environnement.
Il faut réconcilier l'Homme et la Nature, reconstruire
nos banlieues en substituant aux barres et aux tours de petites maisons
de ville, lutter contre le bruit et la pollution en favorisant non
seulement les transports en commun, mais aussi les voitures électriques
et les véhicules utilisant les piles à combustible,
privilégier les filières énergétiques
qui ne rejettent pas de gaz à effet de serre, dégager
les financements nécessaires à la priorité dont
doivent bénéficier la voie d'eau et le fret ferroviaire,
réorienter la politique agricole au bénéfice
des exploitations familiales, qui disparaissent en trop grand nombre.
Nos paysans ont besoin d'être mieux reconnus et considérés.
Que seulement 6.200 jeunes agriculteurs s'installent à la terre
chaque année doit nous préoccuper : cela signifie que
dans trente ans il y aurait moins de 200.000 exploitations agricoles
en France contre 600.000 aujourd'hui. Pour encourager l'installation
de nouveaux paysans, compte tenu de ce qu'est l'évolution des
modes de vie, il n'y a pas de secret : il faut maintenir des prix
rémunérateurs et attribuer des aides directes substantielles
correspondant au rôle utile que jouent nos paysans : qualité
des aliments, sécurité sanitaire, préservation
des terroirs et des paysages. Veillons à valoriser les espaces
ruraux qui sont un grand atout de la France. Une politique nationale
d'aménagement du territoire s'impose pour valoriser notre espace
au sein de l'Union européenne. Elle ne peut résulter
de la simple juxtaposition de vingt-deux contrats de plan Etat-région
élaborés sans vue d'ensemble. La suppression par le
gouvernement du schéma national d'aménagement du territoire
dès 1998 a été une erreur. Il y a beaucoup à
faire pour que les réseaux à haut débit par exemple
irriguent non pas seulement les zones denses, mais l'ensemble du territoire
et permettent, grâce au télétravail, de vivifier
les zones rurales.
Au-delà de la France, pensons et mettons en uvre
une véritable écologie de l'Humanité. Tous les
peuples ont droit au développement. Faisons en sorte que celui-ci
soit à la fois respectueux des cultures et des équilibres
fondamentaux de la vie, mais refusons d'en exclure les pays tard venus
à la modernité. C'est une thèse réactionnaire
! La croissance des jeunes nations reste plus nécessaire que
jamais.
|
Le peuple français éprouve un vif désir
d'images, de gestes, de mots à partager. Mais pour qu'il y ait
partage, il faut des créateurs. |
9. Science et Culture, faisons
se lever les forces de la création.
Plus que jamais, l'avenir est à inventer. Il
nous faut donc affirmer sans complexe la liberté de la recherche.
Ne confondons pas la science et la démocratie qui, elle, implique
des choix d'opportunité et par conséquent des décisions
prises à la majorité. Rien de tel ne peut exister en
matière de recherche. Sachons donc résister au retour
de l'obscurantisme, quelque parure chatoyante qu'il revête.
Le moment est venu de donner de nouveaux moteurs à la recherche.
L'initiative publique sera pour cela nécessaire. En matière
d'emploi scientifique plus qu'ailleurs peut-être, il faut mettre
en route des plans de recrutement pluriannuels : Je propose une grande
loi de programmation pour la recherche pour les années 2003-2007
portant à 3% la part de la recherche dans le PIB.
La culture et la science marchent naturellement de pair.
Une vraie politique culturelle suscite avant tout le désir
de culture. Il y a, dans ce pays, une immense ferveur en matière
culturelle : 50 millions de visiteurs dans les musées l'an
dernier, c'est énorme ! Oui, le peuple français éprouve
un vif désir d'images, de gestes, de mots à partager.
Mais pour qu'il y ait partage, il faut des créateurs. Et il
y a fort à faire pour insuffler l'énergie créatrice
et bâtir un contre-pouvoir à la loi du marché.
Refonder la culture, c'est délivrer le service public de la
télévision de la publicité, en finir avec l'Audimat,
bref, lui rendre sa liberté. C'est surtout ouvrir la culture
française sur le monde, largement, en joignant les pays francophones
aux pays de langue espagnole et portugaise, pour faire barrage à
l'uniformisation marchande. La culture n'est pas séparable
de cette franche réorientation de la France vers le Sud qui
est dans sa vocation : Il nous faut faire connaître et aimer
les créateurs du Sud, Youssou N'dour le chanteur, Youssef Chahine
le cinéaste, Ousmane Sow le sculpteur, Ahmadou Kourouma l'écrivain,
et tant d'autres qui ouvriront la France à l'avenir du monde.
Là est le génie de la France : la capacité
à brasser tous les peuples, toutes les émotions à
travers la discipline choisie d'une langue, dont Fernand Braudel disait
qu'elle était 80% de notre identité. Là est notre
rôle : affirmer l'unité de la grande vie humaine par-dessus
les fractures que creuse une mondialisation sans âme.
|
L'Histoire de France, il nous revient de la continuer.
Le moment n'est pas venu d'y mettre fin. |
10. La France est et doit rester
une grande puissance politique.
a) La France est un grand pays, qui parle au monde
entier.
Elle porte le legs d'une conception de la nation fondée
non pas sur l'origine, mais sur la volonté d'appartenance à
une communauté politique. Faisons vivre pleinement chez nous
cette conception républicaine de la citoyenneté. Proposons
là en exemple aux peuples déchirés par des haines
ancestrales.
Nous sommes fiers de la geste séculaire par laquelle
le peuple français a su donner sens à son Histoire,
même si les sommets y font voir des abîmes. Ceux qui veulent
définitivement gommer la nation parce qu'elle est un obstacle
à l'uniformisation marchande du monde n'ont de cesse que de
discréditer la France. Ne nous laissons pas prendre à
ces campagnes de " repentance " qui imputent à notre
peuple tout entier les crimes commis par Vichy ou encore l'incapacité
de la IVème République à sortir du bourbier algérien.
Ici, à Vincennes, nous assumons toute l'Histoire
de France avec ses ombres et ses lumières, mais nous ne laisserons
pas entamer le socle de confiance dont le peuple français,
comme tout peuple, a besoin pour forger son avenir.
L'Histoire de France, il nous revient de la continuer.
Le moment n'est pas venu d'y mettre fin. La France ne vas pas disparaître
avec le franc. Sa voix, longtemps encore, devra résonner puissamment
en Europe et dans le monde, au service des grandes valeurs dont nous
avons à faire fructifier l'héritage.
|
Il ne s'agit pas d'être pour ou contre l'Europe.
C'est absurde. La France est en Europe. |
b) La France doit être le moteur d'une Europe
de projets ambitieux.
Il ne s'agit pas d'être pour ou contre l'Europe.
C'est absurde. La France est en Europe. On ne peut pas être
contre le continent auquel on appartient. Il s'agit de savoir ce qu'on
veut faire de l'Europe. On nous répond par des formules attrape-tout
: " Une Fédération d'Etats-Nations ". Le Janus
bifrons exécutif, ce dieu antique à deux faces, a trouvé
sa motion nègre-blanc, mais serait bien incapable de nous dire
ce qui pourrait sortir de ce cercle carré.
L'élection de 2002 sera à cet égard
décisive car le Janus exécutif en faisant sienne l'idée
d'une Constitution européenne, a déjà accepté
de voir la France reléguée au rang d'une grande région.
Quand il y a trente peuples en Europe, on fait un traité, on
ne fait pas une Constitution, sauf à vouloir dissoudre les
peuples.
L'élargissement à vingt-sept Etats rend
absurde tout projet d'intégration fédérale. La
solidarité souhaitable des nations européennes ne doit
pas signifier uniformisation, effacement de notre personnalité
et de notre culture, dévalorisation de notre Histoire, mépris
de nos intérêts.
L'Europe que nous voulons signifie projets, dynamisme,
ambition partagée. Elle doit compléter les nations qui
la composent, et non s'y substituer. Je suis un euroréaliste.
Je sais par expérience qu'une forte volonté politique,
à condition qu'elle s'appuie sur les nations peut infléchir
la lourde machinerie communautaire.
|
plusieurs suggestions pour mobiliser les nations européennes
et créer un espace commun de débat public |
Mais je ferai plusieurs suggestions pour mobiliser les
nations européennes et créer un espace commun de débat
public :
- D'abord, étendre le droit de proposition,
qui aujourd'hui n'appartient qu'à la seule Commission, à
toutes les nations membres du Conseil européen, instance maîtresse
de l'Union.
- Ensuite rendre publiques les délibérations
et les votes au sein du Conseil.
- En troisième lieu, créer au Parlement
européen une deuxième Chambre représentative
des Parlements nationaux, lieux essentiels de légitimité.
- Loin de se perdre dans des mécanos institutionnels,
l'Europe doit s'engager dans de grands projets. La procédure
des coopérations renforcées doit devenir le cadre de
ces projets : coopération monétaire d'abord, liaisons
ferrées à grande vitesse, tunnels transfrontaliers,
voies dédiées au fret ferroviaire, mise à grand
gabarit des voies d'eau, dépollution de la Méditerranée,
sûreté des centrales nucléaires, programmes de
recherche, et développement technologique, industries aéronautiques
et spatiales, coopération universitaire.
- La France est en Europe une puissance d'équilibre
et d'ouverture.
Equilibre dans l'intérêt de toute
l'Europe et de l'Allemagne elle-même : il serait judicieux à
cet égard d'élaborer un nouveau traité de l'Elysée.
Les temps ont changé depuis 1963.
Ouverture, et d'abord vers le Sud, en resserrant
notre coopération, en particulier avec l'Italie et l'Espagne
: Nous devons affronter tant de défis communs ! Le processus
de Barcelone n'a pas tenu ses promesses ; un quart seulement de l'effort
annoncé a été engagé : raison de
plus pour nous engager résolument en faveur d'une initiative
méditerranéenne de co-développement. La croissance
et le progrès social peuvent seuls apporter à la rive
sud à laquelle tant de liens humains nous attachent, les moyens
de faire reculer la misère, terreau d'un intégrisme
fanatique qui serait une terrible régression pour ces pays
et une grave menace pour notre société.
A nous de convaincre l'Europe tout entière à
commencer par l'Allemagne que nous devons nous tourner à la
fois vers le Maghreb et vers l'Afrique au Sud, comme vers la Russie
à l'Est, pour créer un véritable partenariat
stratégique au service d'une paix durable.
|
Il n'y a pas de paix durable qui ne soit fondée
sur le respect de l'identité et de la dignité des peuples. |
c) La voix claire de la République doit se
faire entendre dans les affaires du monde.
La politique étrangère de la France doit
servir l'idéal républicain et non se laisser asservir
par les puissants. C'est vrai dans les Balkans, où manque cruellement
la voix d'une conception laïque de la citoyenneté déliée
des origines et des religions. C'est vrai au Proche et au Moyen-Orient
où la France doit aider à empêcher que se referme
l'étau d'une violence sans fin. Israël est capable de
puiser le meilleur dans la tradition de justice et de progrès
qui l'a fondé. Les Palestiniens doivent voir reconnus leurs
droits légitimes aujourd'hui bafoués. Ils ont droit
à un Etat réellement viable. Ce sera d'ailleurs la meilleure
garantie du droit à la sécurité d'Israël.
Nous devons aider le monde arabe à accomplir
cette renaissance, dont il rêve depuis deux siècles,
et à réussir son entrée dans la modernité.
En Orient aussi, c'est dans une conception laïque de la citoyenneté
que les trois religions du Livre pourront apprendre à coexister.
Il n'y a pas de paix durable qui ne soit fondée sur le respect
de l'identité et de la dignité des peuples. C'est pourquoi
la paix doit être pensée de la Méditerranée
au Golfe.
J'avais désapprouvé sans équivoque,
en son temps, la participation de la France aux opérations
américaines contre l'Irak. Avec le recul, chacun peut observer
qu'aucune des promesses lancées alors aveuglément n'a
été tenue. Il ne reste que la maîtrise américaine
sur les deux-tiers des réserves pétrolières du
monde, l'envol des prix du brut, et un embargo cruel qui a fait déjà
plus d'un million de morts. La France doit faire cesser ce crime.
Je ne serai jamais de ceux qui invitent à jeter
par dessus bord les liens particuliers de la France avec le continent
africain. L'Afrique pour son développement a besoin d'Etats,
qui soient des Etats de droit. Les recettes du libéralisme
ou de l'ultra-libéralisme n'apporteront que des malheurs sur
la terre africaine. Je propose ainsi que la France prenne l'initiative
de défier les règles de l'OMC pour sauver la vie de
millions d'Africains menacés par le sida. Il est inacceptable
que la dévotion à l'égard du droit commercial
des brevets interdise la fabrication de médicaments anti-viraux
génériques, qui coûtent pourtant 350 $ pour un
traitement d'un an, contre 10 000 $ pour les mêmes médicaments
sous licence, soit une baisse des prix de 96%. Si la France, ou si
des laboratoires français sur le sol africain, produisaient
ces anti-viraux génériques, n'aurions-nous pas le courage
de mener, contre les " panels " de l'OMC, la bataille pour
la vie ?
Le monde aspire à l'unité mais refuse
la dictature de l'Argent et la morgue des puissants. Il attend que
la voix de la France -raison, justice- se fasse entendre pour fixer
des règles équitables à la mondialisation : relèvement
de l'aide publique, effacement de la dette, accords de co-développement,
taxation des mouvements de capitaux à caractère spéculatif.
Que la République se dresse contre la loi de la jungle ! Oeuvrons
à construire avec les grands pays du Sud un monde multipolaire
et rééquilibré !
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La défense a un prix qu'il faut payer, mais elle
doit servir les intérêts de la France d'une manière
qui puisse être comprise par tous les citoyens. |
d) Refaisons enfin de notre défense la défense
de la République !
La défense a un prix qu'il faut payer, mais elle
doit servir les intérêts de la France d'une manière
qui puisse être comprise par tous les citoyens.
Il est difficile de revenir sur la professionnalisation
dont, en 1996, j'avais été l'un des seuls à annoncer
par avance les effets pervers : baisse des moyens consacrés
à l'activité des forces et surtout à leur équipement,
difficultés prévisibles du recrutement et de la fidélisation
des engagés.
L'armée française n'a pas vocation à
jouer les supplétifs. Les opérations extérieures
coûtent cher : plus de cinquante Milliards de Francs en une
décennie, au détriment bien sûr de nos programmes
d'équipement et sans bénéfice évident
pour l'intérêt national.
Il est temps de réagir enfin et de redéfinir
nos priorités :
- Réduire le niveau de nos engagements extérieurs
dès lors qu'ils ne répondent à aucune visée
politique sensée. Une Europe réellement européenne
s'efforcerait de sortir du bourbier balkanique et de recréer
un espace yougoslave associé à son développement.
- Dans la longue durée, la dissuasion reste l'outil
essentiel d'une politique extérieure indépendante ;
- Il nous faut par ailleurs préserver les moyens
de notre autonomie stratégique : programmes spatiaux, capacités
de commandement sur le champ de bataille ; renforcer notre capacité
d'agir à distance : avions de transport - avions-ravitailleurs.
- Mais aussi et peut-être surtout, penser aux
hommes sans lesquels il n'y a pas de défense qui vaille, c'est-à-dire
à la condition militaire.
La défense doit redevenir nationale. Encore une
fois, elle a un prix. La France le paiera quand elle comprendra que
la défense est l'outil d'une diplomatie indépendante
au service de la République.
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Il ne suffit pas d'un troisième homme. Il faut
un autre possible. C'est ce que je vous propose. |
Conclusion
Des tâches enthousiasmantes s'offrent ainsi à
nous, pour peu que nous ne renoncions pas à mettre l'action
au service de la pensée.
Peu à peu, notre démocratie a été
réduite à un système binaire : Chirac-Jospin,
Jospin-Chirac sans que les sujets essentiels on ne voit plus en quoi
ils se différencient, la campagne ne s'alimentant que des faits
divers, qu'il s'agisse de la chronique des affaires pour l'un, ou
de la rubrique " errements de jeunesse " pour l'autre. Il
faut sortir de ce système binaire appauvrissant pour le débat
démocratique. Il ne suffit pas d'un troisième homme.
Il faut un autre possible. C'est ce que je vous propose.
Si je me tourne vers le Peuple français, c'est
parce que je sais qu'il existe en son sein des réserves de
courage, de désintéressement, d'amour du bien public,
et pourquoi ne pas le dire, de patriotisme.
A aucun d'entre vous je ne demande d'où il vient.
L'essentiel est la direction dans laquelle nous voulons aller ensemble.
A ceux qui ont partagé les espoirs et les combats
de la gauche, pour donner à notre pays un nouvel élan,
je le leur dis franchement : ils peuvent se reconnaître dans
le combat que j'entreprends.
- Socialistes enracinés dans la République
et qui trouveront par là le moyen de rester fidèles
à l'enseignement de Jaurès et à leurs convictions
les plus profondes, plutôt que de servir éternellement
de béquilles à un système qu'ensemble -rappelez-vous-
nous rêvions jadis de transformer ;
- Communistes, qui n'ont pas renoncé à
faire fructifier le meilleur de leur héritage, quand la classe
ouvrière, à travers eux jadis, rencontra la nation.
Les uns et les autres peuvent comprendre que le monde
du travail serait réduit à l'impuissance, si la République
venait à disparaître. Il est temps de surmonter la tache
aveugle qui a fait passer tant d'hommes de gauche sincères
à côté de la nation. La gauche et la droite continueront
d'exister à l'avenir sous des formes et avec des contenus différents,
mais il y a une chose qui est au-dessus de la droite, au-dessus de
la gauche, c'est la République !
Il y a tout à gagner à mener de front
le combat pour la justice sociale et le combat pour la France.
Et de la même manière, ceux qui ont aimé
le général de Gaulle parce qu'il a incarné l'honneur
et la liberté du pays, pourquoi refuseraient-ils la main que
je leur tends sans arrière-pensée ? Cette main, elle
est tendue tout simplement à des Français qui ont raison
de vouloir conserver ce qui mérite de l'être : la nation,
sa mémoire, les valeurs qui illustrèrent notre Histoire,
les principes sans lesquels aucune société civilisée,
et à plus forte raison démocratique ne peut survivre,
et sont prêts à changer avec nous ce qui doit l'être
raisonnablement. Ils savent bien que l'héritage du général
de Gaulle a été piétiné d'abord par ceux
qui s'en réclament. Là où de Gaulle avait reconstruit
l'Etat, Jacques Chirac l'a déconstruit, par une surenchère
permanente sur toutes les modes.
La droite, aujourd'hui entièrement ralliée
à la mondialisation libérale, ne voit plus dans la nation
qu'un obstacle à contourner.
Relever d'un même mouvement la démocratie
et l'Etat républicain, redonner à la France le sens
d'une mission exemplaire, telles sont les tâches de la génération
qui vient. Ce sera difficile, certes, mais je compte que le courage,
comme en d'autres périodes de notre Histoire, sera au rendez-vous
! C'est l'appel que je lance, sans exclusive, à tous les Français.
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Je compte sur vous. J'aurai besoin de vous pendant ces
huit mois de campagne. J'ai besoin de votre engagement. Ne ménagez
pas vos efforts. |
Chacun doit le mesurer : prisonnière
du système du pareil au même, la République, c'est-à-dire
la France, peut, dans les années qui viennent, s'abîmer,
comme le soleil dans l'océan, dans un conglomérat marchand
où elle perdra définitivement son indépendance et
son âme. Ou bien elle peut, par un effort de conscience et de volonté,
rebondir et encore une fois surprendre le monde.
Pour rompre avec le système du pareil au même,
il faut -je l'ai dit- commencer par la tête. Dans le choix des
hommes et des orientations, un Président de la République
qui serait l'homme de la nation, peut exercer une influence décisive.
Une présidence absolue n'est certes pas souhaitable : le Président
de la République ne doit pas absorber tous les pouvoirs. Mais
c'est à lui de donner le sens, l'orientation générale.
Il lui faut une vision, une certaine idée de la France.
Parce qu'il est la clé de voûte des institutions,
il lui faut aussi l' expérience de l'Etat et de la vie politique.
Je crois pouvoir dire qu'il y a des hommes de valeur dans tous les partis
et qui peuvent comprendre le langage de l'intérêt public,
dès lors que celui-ci est porté au sommet de l'Etat.
Le chemin que je vous propose sera difficile et il sera
long. Je ne me dissimule pas une seconde, croyez-le, les difficultés
de toute nature auxquelles je devrai faire face. La voie que je vous
propose est la plus droite, la plus difficile, mais comme l'a dit le
général de Gaulle, tout compte fait, c'est aussi la plus
sûre. Elle consiste à compter d'abord sur nous-mêmes.
Vous pouvez compter sur ma détermination. Elle sera totale et
ne se relâchera pas car je crois dans ma chance, parce que j'ai
foi dans la France et dans la République.
Organisez-vous dès demain dans le pays pour faire
entendre la voix de l'intégrité, du courage et de l'espérance.
Trouvez l'audace de penser que nous pouvons ensemble changer le jeu
et créer une nouvelle donne. Voici comment.
Aucune campagne présidentielle ne s'est jamais
déroulée comme prévu. Il n'est pas besoin d'un
grand parti pour gagner l'élection présidentielle. Un
vaste courant de sympathie dans le pays peut suffire, si cette sympathie,
bien sûr, ne se relâche pas, mais va au contraire en grandissant.
67 % des Français aujourd'hui ne savent pas encore pour qui ils
vont voter en avril prochain. Cela donne la mesure de l'espace qui s'offre
au pôle républicain.
Ce pôle républicain qui est en train de se
former et qui se cristallisera dans les prochains mois, impressionne
déjà par son ouverture et sa capacité à
rassembler largement.
La campagne va créer sa propre dynamique. Elle
fera bouger les lignes.
Je parcourrai le pays dans les mois qui viennent, pour
me mettre plus encore à l'écoute des Français.
Je préciserai et développerai les orientations que je
leur propose pour relever la République. Bien sûr les critiques
et les attaques vont pleuvoir, mais je n'en ai cure, car je sais ce
qui les inspire.
Dans toute bataille, il y a un espace stratégique
à occuper. Si, grâce à vous, grâce à
tous ceux qui me font confiance, je peux occuper cet espace, au début
de l'année prochaine, alors je gagnerai la bataille.
Je compte sur vous. J'aurai besoin de vous pendant ces
huit mois de campagne. J'ai besoin de votre engagement. Ne ménagez
pas vos efforts. L'occasion de rebattre en profondeur toutes les données
de la vie politique française ne se représentera pas de
sitôt au cadran de notre Histoire.
Rassemblez-vous donc autour de moi : Ensemble nous relèverons
la République. Celle-ci sera demain comme hier, si vous le voulez,
la force de la France !
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