Rencontre « La gauche et la mondialisation »

Le 5 novembre 2003 – La Mutualité

intervention de Jean-Luc LAURENT

 

En vous accueillant au nom du Mouvement Républicain et Citoyen à cette rencontre publique «  La gauche et la mondialisation », je veux tout d’abord remercier l’équipe des militants d’Ile de France qui a, avec le siège national, organisé cette manifestation.

Je veux également saluer nos parlementaires présents : Jean-Yves Autexier, Paul Loridant, Michel Scarbonchi et Sami Naïr, et nos élus parisiens avec Georges Sarre, notre porte parole.

Je souhaite aussi saluer chaleureusement nos partenaires du Pôle Républicain qui sont présents et Emile Zuccarelli Député-Maire de Bastia qui a su faire émerger, avec notre soutien actif, la voix de la Corse dans une France Républicaine.

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En cette période où la France est morose, car elle n’attend rien de la politique libérale conduite par la droite et où elle ne voit rien venir à l’horizon pour lui donner une perspective, chacun mesure la nécessité du débat.

C’est ce débat que le Mouvement Républicain et Citoyen a voulu rendre possible, en proposant cette rencontre publique aux différents partis de gauche qui ont répondu favorablement à notre initiative. Nous avons également invité ATTAC à s’exprimer pour donner son analyse et ses propositions à partir de son expérience et de ses mobilisations.

Notre débat intervient à quelques jours du Forum Social Européen que le Mouvement Républicain et Citoyen soutient. Comme d’autres partis, nous appelons les citoyens à y participer et à être présents à la manifestation du 15 novembre à Paris.

 

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La gauche a besoin de débattre car elle a connu le 21 avril 2002 une défaite sévère.

Cette défaite a été d’autant plus douloureuse que la gauche a été distancée par le candidat de la haine. C’est ainsi que l’élection présidentielle n’a pas permis l’expression d’un choix de société et s’est réduite à un sursaut républicain. L’humiliation d’avoir du laisser la place à Le Pen qui est la négation de la République, ne doit pas empêcher une analyse lucide de ce qui nous a mené à cette situation.

Le fait majeur de ce 21 avril, c’est la faiblesse des partis de gouvernement et l’essor des partis de défoulement. Aujourd’hui, entre l’abstention et les forces de rejet, c’est une majorité de nos concitoyens qui considèrent que leur vote n’a plus de sens et qu’il est préférable d’y renoncer ou de l’utiliser comme un crachat à la figure des partis de gouvernement.

La question est de savoir comment notre pays est arrivé à ce niveau de crise morale et politique. Notre conviction, au Mouvement Républicain et Citoyen, c’est que cette crise n’est pas une cause mais un résultat. Elle est le résultat de l’impuissance revendiquée de nos gouvernants face aux grands problèmes que connaît notre société. Elle est le résultat de la soumission à la construction d’un ordre économique et social dans lequel nos concitoyens ne se retrouvent plus.

Le problème de la gauche n’est pas aujourd’hui d’attendre mécaniquement l’échec du gouvernement et l’effet « essuie-glace » qui chasse presque automatiquement depuis 20 ans chaque majorité. Ce n’est pas de rechercher non plus, son plus petit dénominateur commun pour tenter de reconquérir le pouvoir.

Le problème de la gauche, c’est de s’attacher à comprendre réellement les processus qui transforment aujourd’hui notre société et dans lesquels, se coule la politique libérale du gouvernement Raffarin. C’est de voir en quoi ces processus attaquent notre modèle social, culturel et politique. C’est de prendre la mesure des dégâts que produisent ces évolutions et que le peuple – paradoxalement – paraît percevoir bien mieux que les dirigeants politiques.

Une nouvelle génération a pris à bras le corps le combat contre la mondialisation. Des mouvements comme ATTAC, qui informent les citoyens et éveillent les consciences, se mobilisent contre la mondialisation dont les règles du jeu sont maîtrisées par les Etats Unis.

 

Cette mobilisation a besoin de la construction d’une alternative politique. Les mouvements citoyens se renforcent à mesure que défilent les trains de licenciements, que s’intensifient les attaques contre les services publics et notre système de protection sociale. Mais ces mouvements n’ont pas aujourd’hui d’interlocuteurs.

Le problème de la gauche, c’est  de retrouver la confiance des citoyens pour reconquérir et exercer le pouvoir. Au Mouvement Républicain et Citoyen, nous sommes convaincus qu’elle n’y parviendra que si elle engage sa reconstruction en prenant le chemin de la refondation républicaine pour bâtir un projet efficace et solide. Ce projet doit proposer des solutions utiles pour combattre la libéralisation accélérée de notre monde.

C’est ainsi que nous donnerons un débouché aux mouvements citoyens et que la gauche sortira de sa contradiction entre la voie gestionnaire qui désespère le peuple et augmente l’abstention, et l’impasse des extrêmes qui conduisent à l’opposition à perpétuité.

A bien des égards, la crise que traverse notre pays est l’ombre portée du processus de mondialisation libérale qui se développe depuis maintenant trop longtemps déjà.

Cette mondialisation – revêtue de la vieille dépouille de l’après guerre (« de la liberté du commerce naîtra la paix ») – organise l’émergence de deux pouvoirs. D’un coté, c’est la suprématie de la finance dans le domaine économique. De l’autre, c’est la domination d’une super-puissance : les Etats Unis.

Face à cette résurgence du « droit du plus fort », la gauche doit proposer un projet alternatif qui s’oppose à la mondialisation et contre-balance en Europe l’hégémonie des Etats Unis.

Nous pensons en effet, que la base de départ indispensable pour la gauche, c’est l’analyse de la mondialisation et des réponses à lui opposer.

Cette rencontre publique que le Mouvement Républicain et Citoyen a pris l’initiative d’organiser va permettre le débat et la confrontation entre les analyses et les positions respectives de chacun.