Intervention
de Georges SARRE
CONSEIL
NATIONAL DU MOUVEMENT DES CITOYENS
Dimanche
18 novembre 2001
Chers
Amis,
Chers
Camarades,
Les
grandes manœuvres politiciennes ont commencé. Malgré leur aspect mesquin,
elles ont parfois quelque chose de réjouissant. Longtemps, les deux candidats
sortants ont pensé que l’affaire se réglerait entre eux. Chacun devait
seulement se contenter d’envoyer au premier tour quelques supplétifs pour se
donner des réserves. Mais, le second tour était leur exclusivité. Après les
attentats de New York, ils se sont crus plus que jamais assurés d’un simple
duel printanier dans un champ clos. Il leur suffisait d’attendre janvier, voir
février, pour se déclarer candidat et lancer une campagne-éclair. En
attendant, il leur fallait évidemment un peu amuser la galerie.
L’un
envoya sa dame de cœur. Et, Bernadette apparut aux Français pour raconter sa
vision de Jacques. Noble tâche, mais rude ! L’autre utilisa son valet de
pique. Et, l’olivier produisit un vinaigre acide au plus évident mépris de
la nature, bien sûr, mais surtout au mépris de la simple déontologie des
cabinets ministériels. Malgré de vigoureuses campagnes de promotion, nos deux
auteurs n’arrivèrent qu’à placer Loana en troisième position dans les
meilleures ventes de livres. Exploit éditorial certes méritoire ! Mais,
politiquement limité !
A
ce jeu de cartes, les Français disent de plus en plus qu’ils veulent un
joker. Nombre d’entre eux indiquent que son nom est Jean-Pierre Chevènement.
La stratégie de l’édredon vis à vis de lui ne marche plus. On ne peut plus
l’ignorer. On ne peut plus faire semblant qu’il n’existe pas. Il faut même
en parler. Il faut lui répondre.
Alors,
soudain inquiets, les deux sortants entament les premières grandes manœuvres.
L’un fait demander publiquement par l’un de ses affidés à un troisième de
devenir son supplétif, son ramasse-miettes. Jacques Chirac imagine qu’il peut
tout demander, au nom d’un compagnonnage ancien, au Président du RPF. Mais,
il serait dommage d’avoir commencé sa vie politique à seize ans dans les
maquis de la Résistance pour servir à soixante quinze ans de rabatteur du châtelain
de Sarran. L’Elysée bat aussi le rappel à toutes les bonnes volontés en
distribuant force de promesses ministérielles, voire en faisant miroiter
Matignon. A Bruxelles, Michel Barnier a entendu cet appel, qui n’est pas celui
du 18 juin. Et, là encore, au mépris de toute déontologie, notre commissaire
européen a apporté son obole sous forme d’une tribune. De même en
s’attaquant à Jean-Pierre Chevènement, Alain Madelin fait acte d’allégeance
pour le second tour, et surtout pour la suite éventuelle. Il dit que lui aussi,
un été, a démissionné du gouvernement. Il a raison d’insister car personne
ne s’en souvient. Et chacun en cherche désormais la raison. Mais, un tel départ
n’est pas une garantie d’avenir. Michel Roccard aussi a, une nuit, quitté
le gouvernement sous un prétexte obscur. De plus, en se choisissant comme
adversaire Jean-Pierre Chevènement, le petit Madelin espère devenir grand. En
contrant seulement François Bayrou, il restait chez Lilliput.
L’autre
sortant est encore plus inquiet. Après avoir laissé dire que cent candidatures
s’épanouissent, il en vient à inviter l’une des composantes de sa majorité
plurielle de ne pas présenter de candidat. Il assigne ainsi sans ménagement
excessif aux radicaux de gauche un rôle subalterne de simple utilité. Bientôt,
Lionel Jospin regrettera aussi Alain Lipietz ; Noël Mamère lui mange la
laine sur le dos. Lionel Jospin voit son électorat potentiel s’effriter
dangereusement. Alors, les socialistes se lancent dans la présentation de leur
bilan qu’ils veulent mirifique. Ils n’hésitent pas à récupérer
l’action de Jean-Pierre Chevènement sur la sécurité, oubliant tous les
obstacles qu’ils lui ont opposés, oubliant tous les arbitrages défavorables
de Lionel Jospin.
Surtout,
cette histoire de bilan est risible. Elle relève d’une cour de récréation
d’école maternelle. « Regarde le beau bilan que j’ai, et toi, tu
n’as même pas de bilan, nananère ! ! ! » chantent les
socialistes. Et, la droite de répondre : « c’est même pas vrai ;
ton bilan, il est pas beau. Et moi, j’ai dessiné un contre-bilan, nananère
aussi ! ! ! ». Cette histoire de bilan, c’est histoire
d’occuper le terrain. Ainsi, on amuse la galerie. Mais, les deux sortants
devraient prendre garde, le bilan, le contre-bilan, tout cela, c’est le passé.
Les Français s’intéressent à l’avenir, sont inquiets pour l’avenir. Ils
demandent sinon un programme précis, du moins des orientations fortes.
Enfin,
Lionel Jospin se heurte à l’appétit démesuré des verts, alors
qu’apprenti sorcier c’est lui qui les a remis en selle en 1997. Ils exigent
maintenant un groupe à l’Assemblée nationale, soit au moins vingt députés.
Si l’accord avec les verts se fait, le PS se serait piégé tout seul. Le
futur gouvernement socialiste serait l’otage d’une stratégie qui conduirait
les socialistes à boire la tisane verte jusqu’à la lie. Dans tous les
domaines, les verts imposeraient leurs exigences. Ainsi la politique énergétique
de la France serait bouleversée et le renoncement à l’électronucléaire
programmé.
Les deux sortants encouragent aussi les
attaques plus indirectes. Ainsi, on voit commencer à fleurir dans la presse
articles et tribunes qui trouvent ici Jean-Pierre Chevènement trop à droite,
et là trop à gauche. Avec des citations tronquées, avec des extraits cités
hors de leur contexte, avec la mise en avant de telle ou telle mesure hors de la
situation de l’époque, on peut faire dire à Jean-Pierre Chevènement à peu
près n’importe quoi et lui attribuer tout et son contraire. Le procédé est
ancien ; il a déjà beaucoup servi. Certes, il faut répondre, mais avec mépris
ou par la dérision. Surtout, il ne faut pas se laisser enliser dans ces médiocres
polémiques.
Les
soutiens des deux candidats pensent avoir une géniale parade, une suprême pensée.
Pour la dernière fois vraisemblablement, ils ressortent Jean-Marie Le Pen comme
par enchantement, tout à coup ; celui-ci est revenu dans l’espace médiatique.
Il présente deux avantages. Il stérilise les voix des gens qui aiment la
France et qui croient exprimer cet amour en votant pour lui. En réalité, ils
se laissent abuser par le verbe et enferment leur vote dans une impasse qui a déjà
conduit la France dans la honte et le déshonneur.
L’autre
avantage de Jean-Marie Le Pen pour les deux sortants est de précisément déconsidérer
le mot et l’idée de nation. Jean-Marie Le Pen a une conception raciale et
ethnique de la nation ; elle n’a rien de républicaine. Il rejoint la
tradition allemande et se situe très loin de la française. En revanche, il est
proche des ethnicistes corses : c’est la raison pour laquelle le Front
National n’a jamais connu de succès en Corse. Le terrain dans l’île est déjà
pris. Vous connaissez notre conception de la nation, communauté de citoyens,
qui se confond avec la République pour tendre vers l’Universel. Je n’y
reviendrai pas. Mais, chacun voit bien comment la confusion peut être
entretenue, comment les amalgames peuvent être crées, comment la calomnie peut
être répandue. En même temps, les Français sont de moins en moins dupes de
ceux qui instrumentalisent l’extrême-droite à leur propre profit.
D’autres,
naturellement, ne manqueront pas de relancer Megret et le MNR. Tout sera bon.
Jean-Pierre Chevènement va encore subir d’autres attaques. Nous allons encore
subir d’autres attaques. Vraisemblablement, certaines seront même de bas
niveau, du niveau du caniveau. Nous devons nous y attendre. Il y a des gens pour
qui le débat démocratique ne peut pas prendre de hauteur ; ils se
sentiraient dépassés. Il y a des officines pour lesquelles le débat électoral
doit être ramené dans les égouts. Nous devons le savoir. Nous devons nous y
attendre. Nous ne devons pas fléchir. C’est l’envers du succès.
Pendant
la campagne électorale, la vie continue. Le gouvernement de Lionel Jospin
s’enfonce de plus en plus dans le libéralisme, quels que soient les discours.
Les privatisations vont bon train. Avec la mise à l’encan d’une société
d’autoroute, Jean-Claude Gayssot s’inscrit dans la suite d’Edouard
Balladur et de Dominique Strauss-Kahn. Quand on voit l’avenir qui se dessine
pour EDF ou pour La Poste, avec des présidents « socialistes », on
sait que Lionel Jospin s’apprête à suivre les orientations de Bruxelles et
à faire disparaître le service public à la française. Le service universel
n’est qu’un habillage pseudo-moderne de la vieille charité.
A
Doha, la France par Europe interposée a capitulé. La politique agricole
commune est désormais menacée à terme. Notre système de protection sociale
est condamné au profit d’une médecine libéralisée, avec un secteur
performant pour les riches et quelques établissements de charité pour les
autres. Enfin, et non le moindre, l’Ecole publique, l’Ecole de la République
devient un véritable enjeu avec l'idée de mettre l'éducation sur le marché.
Une telle conception favorise les enseignements séparés, les enseignements
communautaires, les communautarismes de toute nature. A quoi sert-il d’avoir
un commissaire européen chargé de cette négociation à l’OMC, qui soit à
la fois français et socialiste ? En prolongement, nous ne pouvons pas
oublier les mesures prises qui vont dans le sens de la décomposition
linguistique de la France. Jack Lang a manifestement oublié que dans
l’appellation de son ministère il y a le mot « nationale ».
Voulant conforter le projet gouvernemental en Corse et complaire aux différents
ethnicistes, voilà qu’il veut favoriser l’apprentissage des langues régionales
par immersion. Cette méthode revient à faire du français une langue étrangère.
En référé, le Conseil d’Etat a considéré cette méthode comme contraire
à l’alinéa premier de l’article 2 de la constitution, Jack Lang est passé
néanmoins en force à l’Assemblée nationale lors du vote du budget de son
ministère.
Les
parlementaires du Mouvement des Citoyens manifesteront leur mécontentement
devant cette situation en s’abstenant lors du budget de la nation. Pour la loi
de modernisation sociale, l’expression de notre opinion a pu d’autant plus
subir la stratégie de l’édredon que nous nous sommes retrouvés en apparence
sur la même position que les communistes. Ceux-ci se sont livrés à une
gesticulation théâtrale qui relevait plus de la préparation de leur congrès
que du déroulement normal d’un débat parlementaire. Le gouvernement leur a cédé
avec quelques concessions prévues à l’avance pour faire croire qu’ils
avaient encore une existence, sinon une utilité. Mais, ces jeux tactiques de
positionnement ne servent pas l’intérêt de la France et des Français. L’économie
est atteinte de langueur. Le chômage croît à nouveau. La Banque centrale
européenne se bat contre une inflation qui ne menace pas. Il faut vite une
forte relance. Le devoir du gouvernement est d’impulser et d’entraîner l’économie.
Un
mot sur la situation internationale. Chacun la connaît. Je ne m’étendrai
donc pas. Ayant été agressés sur leur territoire national, les Etats-Unis
avaient toute légitimité pour agir, pour riposter, pour mettre hors d’état
de nuire les commanditaires de ces attentats odieux. Mais, leur intervention ne
peut dépasser certaines limites au-delà desquelles ils perdraient leur légitimité.
Maintenant que Kaboul est libéré, il faut surtout éradiquer les véritables
causes du terrorisme : la misère et l’humiliation en Afghanistan et
ailleurs. L’envoi d’un contingent militaire français pour faciliter
l’arrivée des aides aux populations est à l’oeuvre. Encore faut-il que la
coalition comporte davantage de soldats de nombreux pays musulmans et pas
seulement ceux de Jordanie et de Turquie.
Dans
la situation troublée que nous connaissons, le Mouvement des Citoyens a un cap.
Il doit constituer le plus large rassemblement possible. Il doit constituer ce pôle
républicain dont la France a besoin. La candidature de Jean-Pierre Chevènement
reçoit des soutiens venus de tous les horizons politiques de notre pays. Vous
les connaissez. Je ne vais donc pas les énumérer. Sachez seulement que nous en
attendons d’autres. Chacun avance à son rythme. Chacun vient avec sa propre
histoire politique. Ses motivations propres. Chacun expose comme il l’entend
les raisons qui l’ont conduit à ce soutien. Cette diversité dans le
rassemblement est notre richesse, le gage de notre avenir. N’oublions jamais
que le pôle républicain est un rassemblement dans lequel se trouve le MDC.
Ainsi, des désaccords sur des questions de société ne sauraient en aucun cas
constituer des obstacles. Rejetons tout sectarisme.
En
même temps, nous devons savoir créer du liant entre des citoyens qui peuvent
avoir entre eux des décennies, voire des siècles, d’hostilité. En venant,
ils savaient qu’ils rencontreraient d’autres citoyens que, jadis, ils
situaient en face de la rive gauche. En venant, ils ont franchi déjà une première
barrière intellectuelle. A nous de les aider éventuellement à faire tomber
toutes les dernières préventions réciproques. A nous surtout de ne pas créer
de nouvelles difficultés.
Des
Français pourraient être étonnés par un tel rassemblement, un rassemblement
aussi large. Pourtant, nous avons un précédent historique, celui du CNR, le
Conseil National de la Résistance. Dans le malheur de la France, des hommes et
des femmes de toute origine surent se réunir, dépasser les querelles de leurs
idéologies et définir ensemble un programme. C’est ce programme qui permit
à la France de se relever, de se reconstruire. C’est ce programme qui est
l’ossature des Trente Glorieuses. C’est ce programme que les libéraux exècrent
et combattent sans cesse depuis plus de cinquante ans. Aujourd’hui, même si
les temps sont troublés, la situation est heureusement beaucoup moins
dramatique ; Les abîmes qui séparaient alors les communistes et les
autres se sont estompés. Aussi, les obstacles au rassemblement doivent être
moins profonds, plus superficiels. Nous pouvons donc rassembler, nous devons
donc rassembler, toujours rassembler, encore rassembler, pour que la France
retrouve sa vigueur et sa grandeur aussi, pour que les Français retrouvent
confiance dans leur patrie. Avec l’homme du rassemblement, donc avec l’homme
de la Nation, constituons le plus large pôle républicain.
Ce
pôle républicain doit aussi vivre dans les départements, dans les campagnes,
dans les villes. Il nous appartient de mettre en place des comités de soutien
avec tous les autres, avec tous les républicains. Nous avons commencé. Allons
encore plus loin. Allons encore plus vite. Elargir à l’ensemble du peuple
français, accueillir les nouveaux venus et, éventuellement, les aider à se
former, établir des liaisons avec tous les secteurs d’activité, voilà les tâches
qui nous attendent dans les mois qui viennent. Organisons notre travail.
Etablissons des bilans intermédiaires, par exemple, mensuels. N’oublions pas
qu’après la présidentielle viendront les législatives. Nous nous battons
pour assurer l’élection de Jean-Pierre Chevènement à la présidence de la république.
La pré-campagne est commencée et la première phase a été accomplie dans de
bonnes conditions. C’est un sans faute.
Après
il y aura les élections législatives. Nous y présenterons le plus grand
nombre possible de candidats, mais nous verrons cela au printemps. Il faut s’y
préparer mais surtout ne rien précipiter.
A tous bon travail !