Allocution de
Georges SARRE
Conférence de
presse
Projet de loi
sur la sécurité quotidienne
Madame,
Monsieur,
Demain, 31
octobre, l’Assemblée nationale examinera en lecture définitive un projet de
loi sur la sécurité quotidienne. Les dispositions qu’il contient, et
notamment les amendements d’origine parlementaire retenus en commission, ainsi
que les amendements proposés par le gouvernement, ne peuvent qu’être approuvés.
Pour autant,
l’actualité récente montre avec force qu’un tel texte n’est que l’ébauche
d’une véritable politique de sécurité, puisque les problèmes de fond n’y
sont pas abordés. Aussi, nous entendons dénoncer fermement ce partage des rôles
que la droite et la gauche sont en passe d’opérer, sous le nez des Français.
Si nous en
sommes là aujourd’hui, c’est que la droite et la gauche, malgré les
apparences, s’entendent au fond comme larrons en foire pour dissocier justice
et sécurité. Les premiers abandonnent la justice aux seconds et les seconds
abandonnent la sécurité aux premiers. Les deux se sont depuis longtemps accordés
pour enfermer le débat dans un balancement langue de bois dont ils ont le
secret : il faut prévenir et réprimer, il faut des grands frères et des
sanctions. Purs slogans : en fait, la politique suivie est toujours celle du
ni-ni : ni claire, ni efficace!
On aura compris
que le Mouvement des Citoyens n'a aucunement l'intention de laisser à la droite
un dossier aussi important que la sécurité. Et pas non plus l'intention
d'abandonner à la "gauche en carré Hermès" celui de la justice. Le
tout répressif est clairement une politique de droite. Le tout angélisme, tout
procédural n'est pas pour autant une politique de gauche.
Un
exemple : avec le renforcement des mesures Vigipirate prévues dans le
texte que nous examinerons demain, certaines bonnes consciences nous expliquent
que l'état de droit est en péril, car on fouille les voitures et les coffres !
Que nul ne se laisse prendre au piège : ce qui gène ces messieurs,
c’est qu’on fouille les berlines des beaux quartiers car en banlieue, on se
préoccupe moins de savoir si les autos sont fouillées que de savoir si elles
sont brûlées !
Autre exemple
d’actualité : on nous dit que la loi sur la présomption d'innocence, on
n'a pas le droit d'y toucher car cela renforce l'état de droit, les droits de
la défense, bref, les droits de l'Homme ! Mais qui se soucie des droits des
victimes ?
Jean-Pierre
Chevènement ou moi-même nous élevons parfois avec véhémence contre le droit
de l'hommisme mais que l'on nous comprenne bien : nous sommes pour les droits de
l'Homme et pour les procédures qui permettent de renforcer leur protection.
En revanche,
nous n'en pouvons plus d'une formidable tartufferie qui consiste à feindre l'évanouissement
dès qu'une procédure est critiquée et à rester parfaitement indifférents au
sort des prisonniers abandonnés à la loi de la jungle, faute de gardiens en
nombre suffisants, au sort des prévenus embastillés de longs mois avant leur
procès, faute de magistrats en nombre suffisants, au sort des familles modestes
qui n'ont pas les moyens de se payer un avocat ou un notaire, faute d'une aide
juridictionnelle et juridique conséquente.
Autrement dit,
nous nous intéressons à la réalité des droits de l'Homme, à ce qui se passe
sur le terrain, pas dans les manuels de droit ! La Courneuve est pour nous plus
importante qu'Assas ! Les droits de l'Homme se défendent à Fleury Mérogis,
pas dans le Dalloz!
Oui, nous osons
le dire : nous en avons assez de tous ces Tartuffes qui manipulent de nobles
principes à des fins strictement esthétiques ou idéologiques ! Les mêmes
s'enthousiasment lorsque la France est condamnée par la Cour Européenne des
droits de l'Homme et considèrent comme une victoire éclatante pour les libertés
que notre pays paye une amende environ une fois tous les quatre ans dans un cas,
dans une seule affaire et généralement quel cas ! 9 fois sur 10, c'est un
grand cabinet d'avocat qui a monté un dossier pour un client fortuné : alors
je voudrais bien que l'on m'explique où est la gauche là dedans ? Je voudrais
bien aussi que l'on m'explique en quoi changer trois lignes dans le recueil
Dalloz ou dans les tables Lebon constitue une avancée notable des droits de
l'Homme dans un pays où certains quartiers sont devenus des zones de non droit
?
Allons plus
loin et vous comprendrez peut-être notre exaspération, lorsque les mêmes
restent sourds à nos demandes en faveur d’une augmentation sensible de
policiers, de gardiens de prison et de magistrats alors que ces mesures amélioreraient
de manière concrète le fonctionnement de l'état de droit, la protection réelle
et pas seulement livresque des droits de l'Homme. Alors, l'hypocrisie éclate au
grand jour : une certaine gauche défend en réalité des intérêts catégoriels
ou des intérêts de classe mais pas ceux que l'on croit... Une certaine gauche
se fait le porte parole des grands cabinets d'avocats parisiens et des syndicats
de magistrats ou des lobbies de profs de droits, c'est-à-dire et cela n'a rien
de péjoratif, qu'une certaine gauche se fait le porte parole de la grande
bourgeoisie parisienne. Pourquoi pas, mais qu'on ne vienne pas nous dire qu'il
s'agit d'une politique de gauche ou pire encore, que notre projet politique dérive
à droite!
Notre projet est donc de faire pièce aux
discours sans acte de la droite (tout sécuritaire sans justice et in fine sans
sécurité) comme de la fausse gauche (tout justice sans sécurité et in fine
sans justice). Un vrai discours de gauche consiste à marteler que sécurité et
justice sont indissociables, surtout que sécurité et justice expriment d'abord
les besoins pressants des couches populaires !
L'affaire du Chinois est exemplaire à
cet égard. On ne restaurera pas la tranquillité dans les quartiers sans résoudre
simultanément les deux problèmes : sécurité et justice.
Mais il suffit d’ouvrir, chaque matin,
un quotidien, pour trouver d’autres exemples. Il en est ainsi de la nécessaire
adaptation de l’ordonnance de 1945. Lorsque on apprend que des dizaines de
mineurs, organisés en bande, ont pu à plusieurs reprises, violer une jeune
adolescente alors qu’ils avaient déjà été déférés plusieurs fois devant
un juge, alors on ne peut qu’être révolté par l’hypocrisie actuelle, qui
consiste à faire croire que l’on agit en se gardant bien de le faire !
C’est pourquoi, à l’occasion de
l’examen de ce nouveau texte, les Députés du Mouvement des Citoyens n’hésiteront
pas à réclamer de nouveau des mesures fortes et décisives : doublement
du nombre de policiers et de magistrats affectés à certaines zones ou
juridictions sensibles, mise en œuvre d’une politique pénale claire sur
l’ensemble du territoire national, suspension de certaines dispositions de la
loi sur la présomption d’innocence et adaptation de l’ordonnance du 2 février
1945 en ce qui concerne la délinquance des mineurs.
Notre démarche sera pragmatique,
responsable, courageuse. Car c’est seulement ainsi que nous serons capables de
combattre cette insécurité dont tant de nos concitoyens souffrent
aujourd’hui.