Allocution de Georges SARRE

 

Conférence de presse

Projet de loi sur la sécurité quotidienne

 

Assemblée nationale - Mardi 30 octobre 2001

 

 

 

Madame, Monsieur,

 

Demain, 31 octobre, l’Assemblée nationale examinera en lecture définitive un projet de loi sur la sécurité quotidienne. Les dispositions qu’il contient, et notamment les amendements d’origine parlementaire retenus en commission, ainsi que les amendements proposés par le gouvernement, ne peuvent qu’être approuvés.

 

Pour autant, l’actualité récente montre avec force qu’un tel texte n’est que l’ébauche d’une véritable politique de sécurité, puisque les problèmes de fond n’y sont pas abordés. Aussi, nous entendons dénoncer fermement ce partage des rôles que la droite et la gauche sont en passe d’opérer, sous le nez des Français.

 

Si nous en sommes là aujourd’hui, c’est que la droite et la gauche, malgré les apparences, s’entendent au fond comme larrons en foire pour dissocier justice et sécurité. Les premiers abandonnent la justice aux seconds et les seconds abandonnent la sécurité aux premiers. Les deux se sont depuis longtemps accordés pour enfermer le débat dans un balancement langue de bois dont ils ont le secret : il faut prévenir et réprimer, il faut des grands frères et des sanctions. Purs slogans : en fait, la politique suivie est toujours celle du ni-ni : ni claire, ni efficace!

 

On aura compris que le Mouvement des Citoyens n'a aucunement l'intention de laisser à la droite un dossier aussi important que la sécurité. Et pas non plus l'intention d'abandonner à la "gauche en carré Hermès" celui de la justice. Le tout répressif est clairement une politique de droite. Le tout angélisme, tout procédural n'est pas pour autant une politique de gauche.

 

Un exemple : avec le renforcement des mesures Vigipirate prévues dans le texte que nous examinerons demain, certaines bonnes consciences nous expliquent que l'état de droit est en péril, car on fouille les voitures et les coffres ! Que nul ne se laisse prendre au piège : ce qui gène ces messieurs, c’est qu’on fouille les berlines des beaux quartiers car en banlieue, on se préoccupe moins de savoir si les autos sont fouillées que de savoir si elles sont brûlées !

 

Autre exemple d’actualité : on nous dit que la loi sur la présomption d'innocence, on n'a pas le droit d'y toucher car cela renforce l'état de droit, les droits de la défense, bref, les droits de l'Homme ! Mais qui se soucie des droits des victimes ?

 

Jean-Pierre Chevènement ou moi-même nous élevons parfois avec véhémence contre le droit de l'hommisme mais que l'on nous comprenne bien : nous sommes pour les droits de l'Homme et pour les procédures qui permettent de renforcer leur protection.

 

En revanche, nous n'en pouvons plus d'une formidable tartufferie qui consiste à feindre l'évanouissement dès qu'une procédure est critiquée et à rester parfaitement indifférents au sort des prisonniers abandonnés à la loi de la jungle, faute de gardiens en nombre suffisants, au sort des prévenus embastillés de longs mois avant leur procès, faute de magistrats en nombre suffisants, au sort des familles modestes qui n'ont pas les moyens de se payer un avocat ou un notaire, faute d'une aide juridictionnelle et juridique conséquente.

 

Autrement dit, nous nous intéressons à la réalité des droits de l'Homme, à ce qui se passe sur le terrain, pas dans les manuels de droit ! La Courneuve est pour nous plus importante qu'Assas ! Les droits de l'Homme se défendent à Fleury Mérogis, pas dans le Dalloz!

 

Oui, nous osons le dire : nous en avons assez de tous ces Tartuffes qui manipulent de nobles principes à des fins strictement esthétiques ou idéologiques ! Les mêmes s'enthousiasment lorsque la France est condamnée par la Cour Européenne des droits de l'Homme et considèrent comme une victoire éclatante pour les libertés que notre pays paye une amende environ une fois tous les quatre ans dans un cas, dans une seule affaire et généralement quel cas ! 9 fois sur 10, c'est un grand cabinet d'avocat qui a monté un dossier pour un client fortuné : alors je voudrais bien que l'on m'explique où est la gauche là dedans ? Je voudrais bien aussi que l'on m'explique en quoi changer trois lignes dans le recueil Dalloz ou dans les tables Lebon constitue une avancée notable des droits de l'Homme dans un pays où certains quartiers sont devenus des zones de non droit ?

 

Allons plus loin et vous comprendrez peut-être notre exaspération, lorsque les mêmes restent sourds à nos demandes en faveur d’une augmentation sensible de policiers, de gardiens de prison et de magistrats alors que ces mesures amélioreraient de manière concrète le fonctionnement de l'état de droit, la protection réelle et pas seulement livresque des droits de l'Homme. Alors, l'hypocrisie éclate au grand jour : une certaine gauche défend en réalité des intérêts catégoriels ou des intérêts de classe mais pas ceux que l'on croit... Une certaine gauche se fait le porte parole des grands cabinets d'avocats parisiens et des syndicats de magistrats ou des lobbies de profs de droits, c'est-à-dire et cela n'a rien de péjoratif, qu'une certaine gauche se fait le porte parole de la grande bourgeoisie parisienne. Pourquoi pas, mais qu'on ne vienne pas nous dire qu'il s'agit d'une politique de gauche ou pire encore, que notre projet politique dérive à droite!

 

Notre projet est donc de faire pièce aux discours sans acte de la droite (tout sécuritaire sans justice et in fine sans sécurité) comme de la fausse gauche (tout justice sans sécurité et in fine sans justice). Un vrai discours de gauche consiste à marteler que sécurité et justice sont indissociables, surtout que sécurité et justice expriment d'abord les besoins pressants des couches populaires !

 

L'affaire du Chinois est exemplaire à cet égard. On ne restaurera pas la tranquillité dans les quartiers sans résoudre simultanément les deux problèmes : sécurité et justice.

 

Mais il suffit d’ouvrir, chaque matin, un quotidien, pour trouver d’autres exemples. Il en est ainsi de la nécessaire adaptation de l’ordonnance de 1945. Lorsque on apprend que des dizaines de mineurs, organisés en bande, ont pu à plusieurs reprises, violer une jeune adolescente alors qu’ils avaient déjà été déférés plusieurs fois devant un juge, alors on ne peut qu’être révolté par l’hypocrisie actuelle, qui consiste à faire croire que l’on agit en se gardant bien de le faire !

 

C’est pourquoi, à l’occasion de l’examen de ce nouveau texte, les Députés du Mouvement des Citoyens n’hésiteront pas à réclamer de nouveau des mesures fortes et décisives : doublement du nombre de policiers et de magistrats affectés à certaines zones ou juridictions sensibles, mise en œuvre d’une politique pénale claire sur l’ensemble du territoire national, suspension de certaines dispositions de la loi sur la présomption d’innocence et adaptation de l’ordonnance du 2 février 1945 en ce qui concerne la délinquance des mineurs.

 

Notre démarche sera pragmatique, responsable, courageuse. Car c’est seulement ainsi que nous serons capables de combattre cette insécurité dont tant de nos concitoyens souffrent aujourd’hui.